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Edward Sheriff Curtis est né en 1868 à White Water dans le sud du Wisconsin, à l’époque où s’achèvent les guerres indiennes. Aucune archive ne témoigne d’un contact particulier entre le jeune Curtis et les Indiens qui aurait pu le prédestiner au projet central de sa vie.

The mussel gatherer Edward S. Curtis The mussel gatherer  - détail (1900) The mussel gatherer Note : Une femme légèrement penchée ramasse des moules sur le bord d'un rivage.
Aire : Côte Nord-Ouest  |  Tribu ou nation : Salish de la côte
Année du dépôt de la photo : 1900  |  Volume IX
Mots-clés :  paysage vie quotidienne
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Suquamish Woman Edward S. Curtis Suquamish Woman  (1899) Suquamish Woman Les Suquamish faisaient partie des tribus de Puget Sound. (E. S. Curtis)
Aire : Côte Nord-Ouest  |  Tribu ou nation : Squamish
Année du dépôt de la photo : 1899  |  Volume IX
Mots-clés :  portrait féminin cliché annoté
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Son père, d’abord fermier puis épicier, exerçait également une activité de prédicateur. Cette mission le conduisait, souvent accompagné de son fils, à parcourir de longues distances à cheval dans les terres encore sauvages du Minnesota. Le jeune Edward conservera de ces voyages le goût pour les grands espaces. En 1887, Curtis et son père partent sur les terres de l’État de Washington au nord-ouest des États-Unis. Un an plus tard, la famille au complet y déménage pour s’y installer définitivement. Son père meurt de pneumonie peu de temps après et Curtis devient soutien de famille à vingt ans, cumulant divers travaux pour subvenir aux besoins de sa mère, de son jeune frère et de ses deux sœurs.

Il trouve néanmoins les ressources pour acheter son premier appareil photo. En 1891, Curtis débute une carrière de photographe professionnel à Seattle où il ouvre, avec un associé, un studio rapidement très prisé et y réalise des scènes de genre vendues en carte postale et des paysages romantiques. Il effectue également des portraits mis en scène pour répondre à sa clientèle férue d’un exotisme alors à la mode. Il se plaît également à photographier les Indiens mais sans encore penser à leur dédier un ouvrage aux proportions encyclopédiques.

Poussé par ce goût pour les grands espaces, E. Curtis réalise également de nombreuses photos en extérieur et il n’hésite pas à emporter son encombrante chambre de prises de vue dans les montagnes avoisinantes. C’est d’ailleurs, lors d’un de ses déplacements au Mont Rainier en 1897 qu’il fait une rencontre déterminante pour la suite de son travail. En portant secours à une expédition égarée, il fait la connaissance de George Bird Grinnell, journaliste et anthropologue. En remerciement, ce dernier lui propose de participer à la mission Harriman de 1899, en Alaska. Par amitié, Curtis répond, l'année suivante, à l’invitation de Grinnell et l’accompagne à un grand rassemblement d’Indiens blackfeet.

Sun dance encampment - Piegan Edward S. Curtis Sun dance encampment - Piegan  - détail (1900) Sun dance encampment - Piegan Cette assemblée tribale pour la Danse du Soleil de 1898 comprenait environ deux cent trente tipis, incluant un grand nombre de Blakfeet et de Bloods du Canada. La scène a lieu dans la réserve piegan, dans le nord du Montana, près de Browning. (E. S. Curtis)
Aire : Grandes Plaines  |  Tribu ou nation : Piegan
Année du dépôt de la photo : 1900  |  Volume VI
Mots-clés :  paysage habitat vie spirituelle cliché annoté
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À partir de cette date, le photographe se lance sur la piste des Amérindiens avec l’ambition de constituer une référence encyclopédique qui leur soit consacrée.

Adoubé par le président Roosevelt, Curtis lève les fonds nécessaires pour publier son premier volume. Au final, il se sera consacré au projet du début du siècle, date des premières prises de vue intégrées ultérieurement aux différents volumes, jusqu'en 1930, date de publication du dernier et vingtième volume dédié aux Indiens d'Alaska. Au total : 2 000 photos seront publiées sur un total estimé à 40 000 clichés, auxquels il convient d’adjoindre des milliers d’enregistrements sonores et la somme importante de textes documentant les tribus rencontrées.
En termes de vente, la (trop) longue et coûteuse collection ne trouva pas son public et se solda par un échec commercial. Seuls quelques 227 exemplaires complets seront vendus. En 1930, l’œuvre marquée d'un pictorialisme passé de mode ne fait plus sensation et reflète le peu d’intérêt porté à l’histoire et au devenir des peuples amérindiens.
Usé par la lourdeur économique de son projet, poursuivi par de nombreux créanciers, fatigué physiquement et moralement, il est hospitalisé deux ans après le terme de son projet. Guéri, il se réfugie chez sa fille Beth et y demeure les 20 dernières années de sa vie, travaillant ponctuellement comme photographe de plateau à Hollywood. Il décède en 1952 dans l’indifférence générale, la rubrique nécrologique que publie le New York Times faisant juste état de la perte « d’un très bon photographe de Seattle ».

 
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