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Approches ethnographiques

Le travail de Curtis s’intègre d'une manière complexe à son époque : le photojournalisme et l'ethnologie sont à leur début et Curtis se sent l’âme d'un anthropologue ce qu'il n'est pas réellement. Plus aventurier qu’universitaire, il se formera, en autodidacte, sur le terrain et avec l’aide de ses relations, George Grinnell en tête. Il est par contre un talentueux photographe de studio doté d'une indéniable compétence technique.

Invocation - Sioux Edward S. Curtis Invocation - Sioux  (1907) Invocation - Sioux Les sanctuaires sont le plus souvent de gros blocs de pierre roulés ou d'autres rochers qui, par on ne sait quel hasard, ont été chargés d'une signification mythique ; les prêtres et chefs de guerre s'y rendent afin d'invoquer l'aide des pouvoirs surnaturels. Le gros bloc de pierre sur lequel se tient le supplicateur aurait le pouvoir de révéler au guerrier l'issue du raid qu'il projette. Sa surface porte ce que les Indiens nomment l'empreinte du pied humain, et c'est à cette particularité qu'il doit d'être devenu sacré. (E. S. Curtis)
Aire : Grandes Plaines  |  Tribu ou nation : Sioux
Année du dépôt de la photo : 1907  |  Volume III
Mots-clés :  masculin portrait en pied mise en scène vie spirituelle cliché annoté
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Two Whistles - Apsaroke Edward S. Curtis Two Whistles - Apsaroke  (1908) Two Whistles - Apsaroke Note : Né en 1856. Il appartient aux Mountain Crow du clan Not Mixed et à l'organisation Lumpwood. Il n'a jamais réussi un coup mais il s'est, aidé de deux autres membres de son clan, emparé d'une centaine de chevaux de Sioux et ce, à l'âge de dix-huit ans. [...] Il jeûna une première fois à l'âge de vingt-six ans. La première nuit, il vit, en rêve, une coiffe de guerre sioux ; le jour suivant, il incisa la chair de ses bras pour y dessiner huit empreintes de sabots et la nuit venue, la lune s'adressa à lui pour lui indiquer un territoire peuplé en abondance de bisons et de chevaux. Lors du soulèvement provoqué par le chaman Wraps Up His Tail, à Craw Agency en 1887, Two Whistles fut blessé par balles au bras et à la poitrine. Ses blessures nécessitèrent l'amputation du bras au-dessus du coude. (extrait du volume IV). Le faucon attaché sur la tête de cet indien Absaroke est une manière de porter le symbole de son esprit protecteur. Dans certaines tribus des Plaines, les Indiens avaient pour coutume de se mettre sous la protection d'un animal.
Aire : Grandes Plaines  |  Tribu ou nation : Absaroke
Année du dépôt de la photo : 1908  |  Volume IV
Mots-clés :  portrait masculin coiffe, costume vie spirituelle cliché annoté
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L’ethnologie et le photojournalisme se développent alors en tant que disciplines imposant rigueur scientifique pour l'une et traitement objectif de son sujet pour l'autre. Témoin de son époque, Curtis aurait pu montrer les difficultés des peuples rencontrés face à leur acculturation, leur privation de liberté.

Confronté à des Indiens aux cheveux courts, vêtus de vêtements occidentaux, pour beaucoup convertis au christianisme, devant les terres vidées de leurs bisons et colonisées par l’homme blanc, Curtis ne remet pas en cause son projet et préfère appliquer les conceptions pictorialistes de la photographie en opposition à un traitement plus objectif. Il scénarise et compose ses prises de vue, faisant rejouer devant la caméra d’hypothétiques raids guerriers, agençant les sujets dans le paysage pour amplifier les effets dramatiques ou privilégiant les portraits posés au cadrage particulièrement serré isolant ainsi la personne de son environnement.

 

Il s’accroche à la description des Indiens qu’il imaginait durant leur âge d’or quitte à « s’arranger » avec la réalité tangible qu’il perçoit pourtant :

Les conditions sont encore si précaires que l'auteur a du mal à aborder ce thème avec sérénité. (E. S. Curtis)

Pour autant, Curtis veut avant tout constituer un travail d'anthropologie, associant à la photographie, l’enregistrement des chants et des dialectes et couchant par écrit les mœurs et l’histoire des tribus rencontrées.

 


Sa volonté de se rendre dans chaque réserve, d'entreprendre de longs et coûteux voyages se combine au souhait de rencontrer les tribus les plus préservées de toute assimilation. Il écrit dans son premier volume :

« La tâche ne fut pas aisée. Parfois les Indiens se montraient empressés à partager leur savoir, mais le plus souvent ce n'était qu'après de longs jours de patience que mes assistants et moi-même arrivions à surmonter les superstitions, le conservatisme et le secret qui caractérisent les peuples primitifs face aux étrangers. Une fois la confiance des Indiens gagnée, le travail n'était pas achevé, il nous fallait abattre une à une les barrières qu'ils avaient su dresser avant de percevoir la signification des rites et des cérémonies ésotériques... » (E. S. Curtis)

L’apport ethnographique est donc bien plus présent dans les écrits des volumes qui font la part belle à la description des coutumes et modes de vie et à une transcription des dialectes et des chants que dans les photographies des portfolios.

Basket maker Edward S. Curtis Basket maker  - Détail (1912) Basket maker Les femmes du groupe Skokomish sont particulièrement habiles à confectionner des paniers souples et flexibles. Ces vanneries constituaient des monnaies d'échange entre tribus indiennes. (E. S. Curtis)
Aire : Côte Nord-Ouest  |  Tribu ou nation : Skokomish
Année du dépôt de la photo : 1912  |  Volume IX
Mots-clés :  vie quotidienne portrait féminin objet usuel cliché annoté
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