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Un projet de trente années

 

Curtis n'est pas dupe de la situation lorsqu’il s’engage dans son entreprise : l'une de ses premières photographies, sur la Nation navajo montre des cavaliers s'éloignant sous un ciel noir et s'intitule « The vanishing race ». Elle porte le commentaire suivant : « coupée de sa force tribale et dépouillée de ses vêtements primitifs, la race des Indiens s'enfonce dans la nuit d'un avenir incertain. C'est bien là le sentiment qui se dégage de cette première photo et qui a inspiré l'ensemble du travail de l'auteur. »

Princess Angeline Edward S. Curtis Princess Angeline  (1899) Princess Angeline Cette femme âgée, fille du chef Siahl (le chef Seattle), elle fut durant de nombreuses années une figure familière des rues de Seattle. (E. S. Curtis)
Aire : Côte Nord-Ouest  |  Tribu ou nation : Salish de la côte
Année du dépôt de la photo : 1899  |  Volume IX
Mots-clés :  portrait féminin cliché annoté
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Comme George Catlin bien avant lui et à la différence de la grande majorité de ses contemporains, Curtis va réellement s’intéresser au sort des Indiens qu'il photographie chez eux pendant une très longue période, bien plus longue que prévu...

Avant même d’imaginer son grand dessein, Curtis prend déjà des clichés figurant des Amérindiens. Ils sont effectués sur place à proximité de son studio, à Seattle et dans l’État de Washington. La photographie de la princesse Angeline, fille du chef Seattle (qu’il publiera dans son volume IX, dix-huit ans plus tard), est le portrait d’une « originale » connue pour ses gestes d’humeur à l’égard du shérif local. Pour lui faire accepter la pose, E. Curtis la paya deux dollars. À la même période, E. Curtis réalise des photos en extérieur. Evening on Puget Sound, présentée dans le portfolio IX, obtient une médaille de bronze de la Convention Nationale des Photographes à New York en 1896, pour « son excellence dans la composition, la lumière et les tonalités ».

Après être venu en aide à l'anthropologue George Bird Grinnell perdu lors d'une expédition en montagne, Curtis se voit offrir le sujet qui va monopoliser le reste de sa vie. G. Grinnell l'invite à le rejoindre dans la réserve des Blackfeet durant l’été 1900 lors d’un rassemblement où E. Curtis est le témoin privilégié de l’exécution de la danse du soleil.

Bringing the sweat-lodge willows - Piegan Edward S. Curtis Bringing the sweat-lodge willows - Piegan  - détail (1900) Bringing the sweat-lodge willows - Piegan Un groupe de jeunes cavaliers s'approchent du campement de la Danse du Soleil avec des branches de saules pour la hutte de sudation. (E. S. Curtis)
Aire : Grandes Plaines  |  Tribu ou nation : Piegan
Année du dépôt de la photo : 1900  |  Volume VI
Mots-clés :  mise en scène cavalier vie spirituelle cliché annoté
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Ce séjour le marque profondément et constitue le point de départ d’une prise de conscience chez le jeune photographe et de ce qui forma le sujet de son œuvre fleuve.

« Le spectacle de ce grand campement d’Indiens des plaines est inoubliable. Aucune maison, aucune clôture ne déparait le paysage. La vaste prairie ondulante, qui s’étendait jusqu’aux Petites Rocheuses à des kilomètres vers l’ouest, était tapissée de tipis. Les Blood et les Blackfoot du Canada arrivaient aussi pour rendre visite à leurs amis algonquins… » (E. S. Curtis)

Iron Breast - Piegan Edward S. Curtis Iron Breast - Piegan  (1900) Iron Breast - Piegan Costume d'un membre des Bulls, une société ancienne disparue depuis de nombreuses années. (E. S. Curtis)
Aire : Grandes Plaines  |  Tribu ou nation : Piegan
Année du dépôt de la photo : 1900  |  Volume VI
Mots-clés :  portrait masculin portrait en pied coiffe, costume cliché annoté
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Un certain nombre de photographies sont réalisées durant ce rassemblement et composent une partie (la plus ancienne) des prises de vue présentées dans le portfolio VI dédié aux Piegans. Elles se composent de portraits posés d'hommes (Piegan Dandy ; Gambler), de vues des campements ou de scènes de chevauchées que Curtis fait rejouer par les Indiens.
Curtis, à cette période de sa vie, est persuadé que l’avenir d’un photographe professionnel réside dans une spécialisation de son activité. La visite chez les Blackfeet est rapidement suivie d’un voyage dans les réserves du Sud-Ouest qui initie le projet The North American Indian qu’il va engager avec les encouragements de Grinnell.

 
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