Un regard, une œuvre : Diane et Callisto, plat ovale du musée de Parthenay

L'objet

 
 

Plat ovale à décor moulé figuratif
N° inv. 2006.16.7.
Dimensions : hauteur 5,5 cm ; longueur 25 cm ; largeur 18,5 cm
XVIe - XVIIe siècles

Faïence fine à décor moulé

Façonné dans une argile fine crème, ce petit plat de forme ovale de 25 cm de long sur 18,5 de large, présente sur sa face interne, un décor moulé couvrant la totalité du fond. On y voit une scène galante de deux femmes enlacées. Le marli (rebord), légèrement évasé, séparé du fond par un léger bourrelet, est plat et lisse. Ce plat est supporté par un petit pied creux.

Une glaçure plombifère fluide, polychrome et brillante recouvre la totalité de l’objet. Elle habille le marli d’un décor gaufré à dominante bleutée cerné de brun et de vert. Ces mêmes couleurs forment les dominantes de la scène historiée. L’application des rehauts d’oxydes métalliques est néanmoins maladroit avec de nombreux débordements des teintes.

Le revers quand à lui présente le même décor sur  toute sa surface, pied  compris.

Les glaçures polychromes alternant le vert, le marron et le jaune lui donnent un aspect marbré imitant en cela les pièces de vaisselle qui étaient réalisées en jaspe.

Cette faïence n’a pas d’usage alimentaire, elle appartient à une vaisselle d’apparat destinée à être vue dont la production se développe à la Renaissance. Elle rivalise avec les productions italiennes, les majoliques italiennes à istoriato du XVIe siècle, qui avaient lancé les premières le goût pour ces « objets tableaux ». En France, à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, les potiers parmi lesquels figure Bernard Palissy élaborent des faïences historiées moulées qui sont le résultat de recherches innovantes. Il s’agit de tableaux en relief dont le mode de fabrication par moulage permet, à l’aide de matrice, la réalisation en série.

L’origine de ce plat n’est pas encore clairement établie. Plusieurs ateliers (en Saintonge, au Pré d’Auge, à Versailles…) ont réalisé ce type de modèle, à commencer par celui de Bernard Palissy. La scène figurée sur le plat semble reprise de nombreuses fois, nous la retrouvons, dans une composition identique, au musée Bernard d'Agesci de Niort, sur un autre plat où seuls diffèrent le traitement des teintes et la décoration du marli plus travaillé en une frise de motifs floraux. Il est a noté que les deux plats proviennent du même fonds collecté par Michel Rullier, fonds acquis par les musées de Poitou-Charentes en 2006.  Enfin, on trouve dans les collections du Louvre, une pièce à la composition similaire et qui est attribuée à Palissy…

 

 

Les suiveurs de Palissy

Ce plat, par son décor et son inspiration, est attribué traditionnellement à Bernard Palissy (1510-1590). En réalité, il s’agit probablement d’une œuvre à placer dans l’héritage du célèbre naturaliste et céramiste protestant du XVIe siècle. Des « émailleurs sur terre » ont produit dans plusieurs centres :  à Paris, à Versailles, à Rouen et dans la Saintonge. Au début du XVIIe siècle, les ateliers de Fontainebleau (ateliers d’Avon), du Beauvaisis et de Normandie (pays du Pré d’Auge, célèbre village de potiers près de Lisieux) sont encore actifs pendant la durée du règne de Louis XIII.

Seules des analyses poussées de la terre et des glaçures permettraient de comparer le plat aux  œuvres des différents centres de productions pour affiner son origine.

Ces faïences à décor moulé ont connu un vif succès et beaucoup de musées en possèdent.

Les modèles présentent des sujets allégoriques ou mythologiques, bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament mais aussi des sujets profanes comme la famille d’Henri IV ou des natures mortes aux nombreux moulages de reptiles, de crustacés (les rustiques figulines). Diffusée grâce à la gravure dans tous les arts décoratifs, les compositions ont été copiées, déclinées mais aussi interprétées et réadaptées par des modeleurs pour les versions en terre cuite.

Il était d’usage de rapprocher ces œuvres de l’époque de la Renaissance, mais toutes n’appartiennent pas à la période d’activité de Palissy, de ses fils et de ses proches collaborateurs, leur production s’est étendue jusqu’au XVIIe siècle avant de ressurgir au XIXe siècle.  L’art de Bernard Palissy fut redécouvert, imité et admiré à partir des années 1850 et partagé par nombre de céramistes qui, dans le courant historiciste caractéristique du XIXe siècle, s’intéressèrent à l’œuvre de cet artiste et cherchèrent à reproduire et s’inspirer des œuvres de la Renaissance. Parmi les premiers suiveurs, on trouve les céramistes installés à Tours auprès de Charles-Jean Avisseau (1796-1861), à Angoulême avec Alfred Renoleau (1864-1930) ou à Parthenay à la faïencerie d’Henri Amirault (1834-1914).

     
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