Un regard, une œuvre : Diane et Callisto, plat ovale du musée de Parthenay

Les symboles

 
 

Plat ovale figurant Diane et Callisto Détail d'un édifice religieux Deux témoins de la scène Une source Un masque Une tête d'aigle Un homme décochant une flèche de son arc

Plat ovale figurant Jupiter (sous les traits de Diane) et Callisto

Collection du musée municipal de Parthenay
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Plat ovale figurant Diane et Callisto Deux angelots Un filet d'eau Une source Un adolescent bandant son arc Un masque Un aigle

"Jupiter, sous les traits de Diane, et Callisto", estampe de Pierre Milan

École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris (n° d'inv. Est. 242)
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La scène principale, autour de laquelle gravitent de nombreux éléments symboliques, semble figurer deux femmes enlacées dans une situation de séduction ou d’intimité. Une scène de tendresse féminine qui n’est pas dénuée d’une connotation saphique surtout vue à notre époque. En effet, au XVIe siècle, les conventions et les mœurs d’usages rendaient inconcevable l’idée même d’une représentation des rapports homosexuels.

Pour autant s’agit-il vraiment de deux femmes ? Les divers symboles disséminés autour des deux figures principales permettent d'orienter la lecture de cette composition. Cette dernière n'est pas une création originale du céramiste. En effet, il a repris dans les très grandes lignes la composition de l'estampe exécutée en 1520 par Pierre Milan (exemplaire conservé à l'École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, reproduit avec son aimable autorisation). Des différences sujettes à interprétations existent néanmoins montrant que le céramiste a pris quelques libertés vis-à-vis de la gravure de P. Milan.

A-t-il agit par incompréhension de certains des symboles placés par le dessinateur ou s’agit-il d’une simple réappropriation ? Faute de documentation sur le plat et son auteur la question reste posée.

 

 

Putti, détail du décor sur le plat en céramique mention légale Putti, détail du décor de l'estampe 1.À gauche, deux jeunes personnages semblent placés en tant que témoins. Sur la gravure, le doute ne semble pas permis, les personnages sont clairement deux jeunes enfants ailés : il peut donc s’agir de la représentation de deux putti, utilisés ici pour renforcer l’aspect galant de cette scène. On peut aussi penser qu’il s’agit d’Éros, dieu de l’amour et de son frère Antéros, celui qui s’oppose aux passions par l’antipathie et qui gène les amours monstrueuses. Sur le plat, les visages restent juvéniles, les corps dénudés, mais l’absence d’ailes pose question. Si le céramiste s’est éloigné de la représentation d’Éros et d’Antéros (par méconnaissance ou sciemment ?), la présence à proximité de la source et du motif floral plus bas peuvent aussi laisser évoquer la représentation de deux naïades, compagnes de Diane et Callisto, prenant leur bain.

 

Éros et son arc, détail du décor sur le plat en céramique mention légale Éros et son arc, détail du décor de l'estampe 2. À droite, un jeune homme s'apprête à décocher une flèche et vise le couple des jeunes femmes. Cette figure présente à l’identique sur le plat et la gravure pourrait faire penser à Éros avec son arc, l'instrument régulateur des passions dont il use avec maîtrise et habileté. Sur la gravure d’origine et d’une manière moins évidente, sur le plat, la présence d’Éros et de son frère en putti s’oppose à cette identification. Il faut donc y voir un autre personnage du mythe : Arcas, le fils de Callisto devenu chasseur et qui tentera de tuer sa mère transformée en ourse par Junon (cf.le mythe). La présentation de l’instant de la séduction serait donc associée à la présence anachronique du jeune homme pour une vision plus globale du mythe incluant le destin stellaire de Callisto et de son fils (métamorphosés avant le matricide en Grande et Petite Ourse).

 

Aigle, détail du décor du plat mention légale Aigle, détail du décor de l'estampe 3. Dissimulée derrière la jambe d'Arcas, presque invisible sur le plat mais bien plus présente sur la gravure, la tête d'un aigle apparaît. L'animal, symbole de pouvoir et traditionnellement le Roi des Cieux, est aussi l'un des attributs de Jupiter, le Roi des Dieux. C'est d'ailleurs sous cette forme que Jupiter procéda à l'enlèvement de Ganymède. L'artiste livre ici un précieux indice pour qui connaît le mythe relaté dans Les Métamorphoses d'Ovide. Il ne s'agit donc pas de deux femmes entre elles, mais de Callisto abusée par Jupiter sous les traits de Diane tandis que l’aigle placé aux côtés d’Arcas semble bien être une affirmation de la parenté du jeune archet et du roi des Dieux.

 

Masque, détail du décor du plat mention légale Masque, détail du décor de l'estampe 4. La divine duplicité est soulignée dans les deux versions de cette représentation par un symbole discret mais éloquent. Diane/Jupiter pose un pied sur un masque de théâtre, placé ici à des fins symboliques pour révéler la nature mythologique de la scène et le mensonge de Jupiter fait à Callisto.

 

Source, détail du décor du plat mention légale Source entre les rochers, détail du décor de l'estampe Filet d'eau s'écoulant sur un rocher prés de la main de Callisto, détail du décor de l'estampe 5. Sur la gravure, une source semble apparaître entre les rochers derrière Diane/Jupiter pour se prolonger en un mince filet à côté des doigts de la main droite de Callisto. Sur le plat, le céramiste renforce la présence de l’eau et la fait ruisseler sous la cuisse dénudée de Callisto. Cette source peut être interprétée comme un signe supplémentaire, celui, traditionnellement admis, de la vie, de la jeunesse et de l'amour, du renouvellement permanent de la nature. Mais comme c'est aussi une évocation de la nature, elle peut également être un moyen d'évoquer les nymphes, esprits des éléments naturels auxquels Callisto appartenait sans pour autant être une des naïades (les nymphes des cours d'eau qui séduisaient et attiraient les jeunes hommes).

 

Église, détail du décor du plat mention légale 6. Signalons enfin l’apport par le céramiste, en haut à gauche de la composition, d’un édifice semblable à une église. L’ajout de ce type de bâtiment était généralement utilisé pour affirmer le caractère sacré de la scène figurée. Sa présence reste sujette à questionnement. La scène étant plus mythologique que sacrée, sa présence n’est sûrement pas symbolique ; peut-être s’agit-il d’une sorte de marque d’origine de la céramique, par exemple la stylisation de l’Abbaye-aux-Dames de Saintes. Si tel était le cas, ce détail constituerait une indication sur sa provenance, la Saintonge étant l’un des centres possibles de production. Mais ceci ne constitue qu’une hypothèse et n'est peut-être qu’un simple ajout purement esthétique.

     
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