Châtellerault. Dessins d'hier, photos d'aujourd'hui

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Introduction

Dans ce dossier, venez découvrir une série inédite de dessins au lavis de Châtellerault des années 1920 à 1940 réalisés par René Duvau. Grâce à la reconduction photographique réalisée par le Club photo du Centre social des Minimes, vous pourrez observer les différentes transformations de la ville et ainsi vous plonger dans l’histoire châtelleraudaise.
Ces divers documents ont par ailleurs fait l’objet d’une exposition temporaire « Châtellerault. Dessins d’hier, photos d’aujourd’hui » présentée à la salle de La Redoute du 7 octobre au 9 novembre 2008.
Ce dossier est une véritable invitation à la découverte de l’histoire et du patrimoine de Châtellerault, de son originalité, son caractère et de la nécessité de le protéger. Une Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (une Z.P.P.A.U.P.) a été créée sur la ville de Châtellerault .

René Duvau

René Duvau est né le 31 août 1883.
Il est le fils de Jules-Benjamin Duvau, avocat, maire de Châtellerault de 1888 à 1896 et député.
Nous savons que René a été étudiant au début du XXe siècle ; peut être a-t-il fait des études de droit comme son père. Il a vécu une grande partie de sa vie dans la maison familiale située sur le boulevard Blossac.
Nous avons peu d’éléments sur sa vie personnelle et professionnelle excepté le fait qu’il a été conservateur du musée municipal de 1928 jusqu’aux années 1950.
Grâce à ses nombreux dessins de Châtellerault et de ses alentours que nous possédons, nous pouvons supposer sans trop de crainte, que M. René Duvau était un passionné de dessin et véritable artiste.
Il décède le 30 octobre 1963 à Châtellerault.

L’hôtel Alamant

L’hôtel Alamant ou du Châtelet fut construit par Nicolas Alamant sur la seigneurie du Chastelet, d’où ses deux noms.
On ne connaît pas la date exacte de sa construction. Le bâtiment aurait été construit par l’architecte Jacques Androuet du Cerceau (1) au XVIe siècle.
Cet hôtel particulier est un des premiers exemples de la Renaissance française dans le Poitou. Nicolas Alamant, ambassadeur pour François Ier, souhaite se faire bâtir une résidence dans le style architectural qu’il a observé au cours de ses missions en Italie.
L’édifice était divisé en plusieurs bâtiments, s’articulant autour d’une cour fermée. L’aile la plus importante donnait sur l’ancienne porte Sainte-Catherine, passage très fréquentée à cette époque notamment par les pèlerins.
Durant les guerres de Religion (1562-1598), l’hôtel Alamant est le théâtre des combats entre Catholiques et Protestants. En effet, ces derniers s’y enferment pour se protéger. Des impacts de balles, témoins de cette époque, sont encore aujourd’hui visibles sur la façade.
À partir de1600, l'hôtel est mis en location et est vendu en 1623.
Cinq religieuses des Filles de Notre-Dame s'y installent en 1640. L’hôtel Alamant devient le premier couvent féminin de Châtellerault. Les chanoinesses y proposent une instruction gratuite pour les jeunes filles.
À partir de 1789, l’hôtel devient propriété de la ville et en 1793 s’y installe une fabrique d’armes blanches. Mais en 1795, la municipalité décide de le transformer en prison et y adjoint une salpêtrière (fabrique de poudre à canon).
La prison ferme en 1926 et la Société des Antiquaires de l’Ouest de Poitiers l’achète afin de sauvegarder le bâtiment. L’ancienne salpêtrière est remplacée par l’hôpital général, transféré de Châteauneuf en 1847. Les malades étaient essentiellement des ouvriers de la Manu ainsi que des militaires.
Pourtant à partir des années 1950, l’hôtel se délabre considérablement. Pendant la décennie suivante les trois ailes, correspondantes à l’ancienne prison, sont détruites, et l’hôpital Camille Guérin s’étend peu à peu.
Aujourd’hui, seul subsiste une partie de l’aile ouest de l’ancien l’hôtel Alamant.

(1) Les Androuet du Cerceau sont une grande famille d’architectes. Jacques Ier (1510-1585), originaire d’Orléans, est l’auteur du livre Les Plus Excellents Bâtiments de France, qui reste encore aujourd’hui la principale source pour l’étude de l’architecture française de la Renaissance. Il est également l’architecte de l’hôtel Alamant.
Son fils aîné, Baptiste (1544-1602), architecte d’Henri III, participe à l’élaboration du Pont-Neuf à Paris, avec l’aide de son frère Jacques II.
Charles, derniers fils de Jacques Ier, arrivé à Châtellerault en 1594, est un des architectes de l’hôtel Sully mais aussi du Pont Henri IV que son fils René termine.

L’hôtel Alamant : que de noms !

Alaman
Lallemend
Allemend
Allamand
Allamant
Alamant
Alamand
Autant d’orthographes liées à la transmission orale qui déforme les noms d’un même hôtel.
Faute d’archives comportant le nom du premier commanditaire et datant de la construction du bâtiment, nous ne pouvons trancher.
En effet, la plus ancienne archive concernant l’hôtel est un bail de 1600 signé du propriétaire sous le nom Allemend.
Depuis une trentaine d’années, un ‘’d’’ a été ajouté à Alaman sans raison particulière.

Autre nom pour ce même édifice : Chastelet ou Châtelet. C’est l’emplacement sur lequel il est construit que l’on appelle Châtelet, et avant la fin du XVe siècle sans doute Chastelet. Ce terme désignant « un petit château » ne peut pourtant aucunement qualifier la demeure puisque le nom est antérieur à l’habitation.

Aujourd’hui, le bâtiment conserve ses deux noms qui sont l’hôtel Alamant et l’hôtel du Chastelet.

Des religieuses très appréciées...

" [...] ou plutost ce fut le bonheur des habitans de Châtellerault qui y conduisit ces stes filles dont le principal point de l’Institut est d’instruire et d’élever chrétiennement les jeunes filles. Elles tiennent des classes ouvertes pour les externes et prennent des pensionnaires qu’on leur envoye de tous costés et principallement de la ville de Poitiers qui abonde (sic) en monastère de filles, tant on est persuadé de la régularité de ces religieuses et des soins extraordinaires qu’elles prennent de l’éducation des filles; Dieu bénit leurs travaux. Il n’est pas possible d’exprimer le bien, l’utilité et les avantages que cet établissement a procuré et procure a la ville de Châtellerault, par les instructions que ces bonnes religieuses ont donnés et donnent tous les jours aux filles qui sont confiées à leurs soins, notamment celles des artisans auxquelles outre les principes de la religion et de la piété qu’elles ont de commun avec les filles de famille, elles apprennent à faire toute sorte d’ouvrages de la main qui les mettent en état de gagner leur vie honnestement, leur procurent de bons établissement et aux personnes de condition, des filles habilles pour leur service. On peut dire avec vérité que cet établissement est un de ceux dont la ville de Châtellerault a reçu le plus d’avantages ; ces bonnes religieuses sont sous direction du Seigneur Evesque ; elles ont conservé toute la ferveur de leur institut et servent d’édification par leur régularité, à tous ceux qui les connoissent."

Extrait des Mémoires chronologiques pour servir à l’histoire de Châtellerault, d’Antoine Roffay des Pallu, 1739 (édition de Res Universis, dans ‘’Monographie des villes et villages de France’’, Paris 1992), p.99-101, cité dans l’Hôtel Alamant de Gwénaël Murphy, PSR éditions, 1999.

Autour de l’Hôtel Sully

Selon la tradition, l’hôtel aurait été construit, à la fin du XVIe siècle, pour le marquis de la Béraudière, seigneur du Rouhet (1), par l’architecte Charles Androuet du Cerceau (2). L’hôtel se serait donc appelé hôtel du Rouhet dans un premier temps, avant de porter le nom de Sully. Il est construit avec les même pierres que celles des parties immergées du pont Henri IV. Ces dernières ont été extraites de la carrière de Damassault dans la forêt de Moulière.

En effet, le gouverneur du Poitou, Maximilien de Béthune, duc de Sully, principal ministre d’Henri IV, y réside durant l’assemblée préparant la rédaction de l’Édit de Nantes, en 1597. Le bâtiment est un des premiers à être construit entre cour et jardin.
Au XIXe siècle, le bâtiment est restauré dans le style néo-renaissance, à la demande de son propriétaire, Adrien Creuzé Latouche (3), par l’architecte Favreau. C’est à cette époque que les deux cheminées de l’hôtel seront installées et les vitraux (signés et datés par le maître verrier Lobin) posés.
La mairie de Châtellerault l’achète en 1952 et y installe le musée de la ville.
Le bâtiment ainsi que tous les décors sont inscrits à l’Inventaire des monuments historiques.

(1) Marquis de la Béraudière, seigneur du Rouhet : François de la Béraudière, marquis de l’Ile-Jourdain, seigneur de Rouet, chevalier de l’Ordre du Roi, guidon de la compagnie de M. de Montpezat, lieutenant de la vénerie des rois Charles IX, Henri III et Henri IV, et gouverneur pour Sa Majesté en son duché de Châtellerault. Il avait épousé Jeanne de Lévis, fille de Claude, chevalier, baron de Cousans, et d’Henriette de Montpezat.

(2) Charles Androuet du Cerceau (?-1606) : fils du célèbre architecte Jacques Androuet du Cerceau, graveur des Plus Excellents Bâtiments de France. Il est comme son père architecte. Il a participé à la conception du Pont Henri IV de Châtellerault.

(3) Adrien Creuzé Latouche : descendant de Jacques-Antoine Creuzé Latouche , député de la Vienne à la Convention. La famille Creuzé Latouche était une famille influente de Châtellerault.

De Châtellerault à Nantes

Depuis l’abjuration royale en 1594, les protestants se réunissent en assemblées politiques et nationales pour rédiger leurs plaintes et leurs mécontentements afin de les donner au roi.
Plusieurs réunions ont lieu dans tout l’Ouest de la France de 1593 à 1598. La plus longue de ces assemblées s’est tenue à Châtellerault du 16 juin 1597 au 5 juin 1598.
Pendant ces douze mois, Maximilien de Béthune, duc de Sully, conseiller du roi et surintendant des finances assiste aux différentes séances. Il loge pendant son séjour dans un hôtel particulier du centre ville. Cette demeure porte aujourd’hui son nom, c’est l’Hôtel Sully.
C’est au cours de ces dernières assemblées que la liste des garanties que les protestants espèrent obtenir d’Henri IV est établie.
Ce compromis est présenté au roi à Nantes, le 13 avril 1598 et est signé le 24 du même mois. Ce texte est plus connu sous le nom d’Edit de Nantes. Avec lui, les relations entre catholiques et protestants s’apaisent.

Les cours du centre ville

La rue de la Taupanne est située sur la rive droite de la Vienne. Elle débute rue Abel Orillard et se termine rue Bourbon.
L’origine de ce nom est celtique ; il signifie « déversoir ». En effet, le Tabary, ruisseau descendant des coteaux d’Antoigné, y formait primitivement un ravin avant de se déverser dans la Vienne.

Hôtel de la Galère

L’hôtel de la Galère tirait son nom, selon la tradition orale, d’une galère qui se serait échouée.
L’établissement avait son entrée sur l’ancienne rue Sainte-Catherine devenue en 1919 l’avenue Jean-Jaurès.
Dans les années 1970, des travaux d’élargissement transforment la rue et lui donnent son aspect actuel.

Les rues du centre ville

La rue de la Basse ville se situe dans l’ancien faubourg Sainte Catherine. Elle commence sur le quai du 8 mai 1945 et se termine avenue Jean-Jaurès.
Elle aurait été nommée ainsi car elle indiquait un hameau situé au pied des remparts, en aval de la Vienne. La rue signalait donc le point le plus bas de la ville !

La Maison Descartes

La maison Descartes est construite vers 1500 par Pierre Rasseteau, ancêtre de René Descartes. Ce dernier y passe une partie de son enfance avant de partir étudier à La Flèche (commune de la Sarthe) puis à Poitiers. Le bâtiment est acquis en 1925 par la Mairie et est classé monument historique en 1927. La Société cartésienne qui avait pour but de faire connaître la pensée du philosophe s’y installe en 1934. Après la restauration extérieure, la maison Descartes a retrouvé son aspect d’origine, notamment avec la suppression du balcon XVIIIe, donnant sur la rue Bourbon.

Temples et églises de Châtellerault

L’église Saint Romain

L’église Saint Romain est le plus ancien édifice de la ville.
Elle a été fondée au IXe siècle par un des premiers vicomtes de Châtellerault.
Au XIe siècle, l’église est donnée à l’abbaye de Saint Cyprien de Poitiers. Elle devient ainsi un grand prieuré bénédictin où la population châtelleraudaise assistait aux offices religieux. Il semblerait que dès le XIIe siècle les moines aient laissé la place à une paroisse.
Saint Romain est la principale église de la ville jusqu’au milieu du XVIe siècle. Les combats entre les Catholiques et les Protestants, pendant les guerres de Religions (1562-1598), causent de nombreux dégâts à l’édifice. Suite à ces événements, l’église est restaurée et sa façade subit des transformations.
Après la Révolution, l’église est désaffectée et convertie en habitation.
Aujourd’hui, l’édifice conserve ses absidioles au sud, une partie de ses contreforts-colonnes et un mur orné d’arcatures (situé dans la rue Saint Romain). Le musée de Châtellerault conserve des colonnes de cette église.

Notre-Dame

À la fin du XIIe siècle, le chapitre de Notre-Dame s’installe autour d’une chapelle située près du château primitif. Ces chanoines, au nombre de dix, avaient comme particularité de ne pas avoir fait vœu de pauvreté. Richement dotés par le diocèse, ils étaient propriétaires "d’un vaste patrimoine foncier". La communauté est restée pendant sept siècles et ainsi a fait vivre la plus riche paroisse de Châtellerault.
Lorsque les Rois de France étaient de passage dans la ville, ils venaient se recueillir dans cette église.
À partir de 1791, suite au nouveau découpage administratif de la France par les révolutionnaires, la paroisse Notre-Dame a été supprimée. L’église a été vendue en 1798.
Aujourd’hui, il reste peu de d’éléments de cette église romane.

La statue de l’église Saint-Jacques

Cette statue d'1,70m en bois peint du XVIIe siècle représente Saint Jacques Le Majeur en pèlerin. Son costume est caractéristique des habits du "jacquet" avec tous ses attributs : la coquille Saint-Jacques, le bourdon, la gourde et la pèlerine.
Encore aujourd’hui, Châtellerault est une étape du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, et les pèlerins s’arrêtent pour prier devant cette statue à l’Église Saint Jacques

La Cour du Prêche

La Cour du Prêche est aujourd’hui une cour entourée d’habitations. Mais au XVIe et au XVIIe siècle, l’endroit abritait un temple protestant.
En effet, le 23 mars 1589, Henri de Navarre (futur Henri IV) autorise la construction d’un temple. Ce dernier est alors édifié dans l’actuelle Cours du Prêche.
La fin du XVIe est une période où les tensions entre Catholiques et Protestants sont encore vives. La signature de l’Édit de Nantes, en 1598, permet aux deux parties de coexister dans une relative tolérance. L’arrivée au pouvoir de Louis XIV, en 1661, marque un tournant. Le jeune roi lance une politique de conversion des protestants au catholicisme à travers le royaume. Il fait dresser la liste des reconvertis et décrète par l’arrêt du 17 juin 1682 que, s’ils reviennent au temple, celui-ci sera démoli. L’arrêt du 17 juin 1683 confirme le premier et ajoute que les enfants de reconvertis doivent être obligatoirement élevés dans la religion catholique.
Pour finir, il révoque l’Édit de Nantes en 1685. S’en suivent toute une série d’abjurations plus ou moins forcées.

Pour quelle raison le temple protestant a été détruit ?

Le 22 décembre 1684, sans se soucier des arrêts royaux, les ministres de la R.P.R. (les pasteurs de la Religion Prétendue Réformée) Monceau de Moulinard, Benjamin de Brissac et Jean Brumaud, laissent entrer au temple de la cour du Prêche deux enfants de moins de 14 ans dont les parents avaient abjurés.
Prévenu, l’intendant du Poitou, Lamoignon de Basville, par un arrêt du Présidial daté du 15 mai 1685, condamne les trois pasteurs fautifs à être exilés à six lieues (24 km) de Châtellerault et à une interdiction d’exercer pour toujours.
Les parents des deux enfants, [Job Beaupoil qui était archer de la maréchaussée et Gabriel Boyer qui était fabricant de montres,] ont payé, quant à eux, de fortes amendes. Une amende de trente livres pour l’un et cinq livres pour l’autre.
Les protestants de Châtellerault sont condamnés à démolir leur temple sous quinzaine. Ils refusent. Le 3 juin suivant, le temple, toujours débout, est livré à la démolition ; Les matériaux sont vendus au profit de l’hôpital et des pauvres. Le prieur de Saint-Romain achète la plus grande partie de la charpente pour réparer l’église Saint-Romain.

MARECHAL Yvette, Châtellerault d’hier à aujourd’hui, Châtellerault, Société des Sciences de Châtellerault, 2004, p. 150

Des couvents disparus

Les Cordeliers

Le nom "Cordelier" est celui que donnait le peuple aux moines Franciscains par allusion à la corde qu’ils portaient à la ceinture. Cet ordre vivait d’aumônes et de prédication.
Les Cordeliers se sont établis à Châtellerault au milieu du XIIIe siècle. Leur communauté était située derrière l’actuel lycée Berthelot, dans l’ancien château-Vieil (ancien château des vicomtes). Pendant les guerres de Religions (1562-1598), le couvent a fait l’objet de nombreuses dégradations. Au XVIIe siècle, la Contre Réforme Catholique recherchait la rigueur dans les pratiques religieuses. Les Cordeliers, ordre austère, ont donc connu un grand succès. En 1790, suite à une décision de l’Assemblée Constituante, les quatre derniers moines doivent se disperser. Le couvent est ensuite vendu.

"Pendant les guerres de Religion, on raconte que deux hommes revenaient des champs en suivant le pont ; l’un tenait dans son chapeau une pièce d’or que, par plaisanterie il avait enlevée à son camarade ; l’autre suivait en réclamant sa pièce. Lorsque le premier arriva devant le couvent des Cordeliers, le portier de ce couvent l’invita à entrer pour boire un verre de vin. L’homme accepta ; la porte se ferma sur lui et aussitôt on entendit des hurlements et des cris de détresse. Pour quel motif ? L’homme prétendit qu’on lui avait enlevé sa pièce d’or et qu’on s’était mis à le battre. Son compagnon arrivé devant le couvent, poussa des cris, affirmait que les Cordeliers assassinaient son camarade parce qu’il appartenait à la religion réformée. Le peuple s’ameuta, voulut forcer la porte du couvent. Les moines prirent peur et sonnèrent le tocsin. Toutes les églises de la ville firent de même et on eut pu craindre les graves conséquences d’un conflit, si les officiers de justice d’une part, les ministres protestants de l’autre, n’étaient pas parvenus à calmer les esprits."

Extrait de Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique, I.198. Cité dans Le Glâneur Châtelleraudais, juin 1934 n°4, p. 1 à 3, Les Cordeliers de Châtellerault, par l’Abbé Longer.

Le couvent des Capucins

Les Capucins sont des religieux obéissants à la règle de Saint François d’Assise. Leur mouvement a été créé au XVIe siècle.Leur nom vient du mot « capuce » qui est le capuchon pointu très ample dont ils se couvraient la tête.
La fondation du couvent des Capucins à Châtellerault serait due à l’initiative de la duchesse de Montpensier, également duchesse de Châtellerault.
L’installation des Capucins, en avril 1612, dans le faubourg Sainte Catherine est liée au mouvement de la Contre Réforme. Ces religieux sont des moines prêcheurs c'est-à-dire qu’ils parcourent les routes, les églises et les couvents pour montrer les erreurs de la doctrine protestante et pour enseigner la parole de Dieu.
Les Capucins, excellant dans la gestion des ressources naturelles (captage d’eau de source), créent sur leurs terres un jardin d’agrément.
En 1632, les moines s’impliquent fortement dans la lutte contre la peste qui frappe Châtellerault.
Ils sont dispersés, en 1790, après moins de deux siècles de présence sur le territoire châtelleraudais.

La belle conduite des Capucins pendant la peste de 1629 – 1632

La peste noire éclate à Châtellerault en 1629.
La première phase de l’épidémie dure jusqu’en 1631. Pendant cette période, la maladie apparait sporadiquement.
La deuxième phase, pendant laquelle la peste se propage rapidement, débute en octobre 1631. Pour éviter la contagion, les pesteux sont transportés par deux corbeaux (*), un par bateau sur la rive gauche de la Vienne, au Sanitat (aujourd’hui, le Sanital). Au Sanitat, ces deux civils étaient chargés de subvenir aux besoins des malades, de les porter en terre et de les ensevelir s’ils venaient à décéder.
Après le décès des deux corbeaux civils, personne ne s’est présenté pour les remplacer. C’est alors que les frères Capucins ont accepté cette lourde tâche devenue de plus en plus périlleuse. Dès octobre 1631, deux Pères Capucins sont allés au Sanitat pour s’occuper des contagieux et administrer les sacrements aux pesteux. La ville avait alors dégagé une somme de 40 livres de son budget afin de vêtir ces moines.
Les Capucins ont rempli parfaitement leur mission. Pour les remercier de leur service rendu à la population, il a été ordonné qu’il leur soit versé 50 livres pour la réparation de la toiture de leur église qui était en mauvais état.
Leur dévouement auprès des malades force la reconnaissance des Châtelleraudais. D’ailleurs, une délibération du Corps de ville du 18 juillet 1634, évoque « la belle conduite des Capucins » lorsque l’épidémie était la plus forte.

(*) Corbeau : nom donné aux personnes s’occupant des malades de la peste.

De château en château

Le Château de Châtellerault

Le château a été construit, en 1423, par Jean VII d’Harcourt (1). Son enceinte comprenait une partie des remparts qui surplombaient la Vienne.
Lorsque la vicomté est transmise à un membre de la famille royale, Châtellerault devient un duché et le château une ‘’demeure royale’’.
Ainsi, il a été habité par Anne de France (fille de Louis XI) puis il a appartenu à Louise de Savoie, mère de François Ier. En 1541, les noces de Jeanne d’Albret, nièce de François Ier, y ont été célébrées.
À partir de la Révolution, les trois-quarts des bâtiments furent détruits : bâtiments du XVIe siècle, les jardins et dépendances. Au XIXe siècle, après restauration, le château devient un hôtel particulier.
En 1946, la ville acheta le bâtiment afin d’y installer dans un premier temps le musée Paul-Chéron-de-la-Martinière, puis la bibliothèque municipale.

(1) Jean VII d’Harcourt : est comte d’Harcourt, ainsi que vicomte de Châtellerault. Il est mort en 1452 et est inhumé au couvent des Cordeliers.

Les noces salées

Les noces de Jeanne d’Albret (nièce de François Ier, future mère d’Henri IV et reine de Navarre) et du duc Guillaume III de Clèves est un épisode marquant de l’histoire châtelleraudaise.
L’événement se déroule du 9 au 19 juin 1541. Ce mariage politique est imposé par le roi François Ier. Il avait comme principal objectif de donner à la France un allié supplémentaire face à la puissance de plus en plus importante du roi d’Espagne, Charles Quint.
La future mariée, âgée de 13 ans, refuse cette union, ce qui lui vaut d’être fouettée par sa gouvernante. Elle finit par accepter ‘’contre son grey’’.
Le 9 juin sont célébrés les fiançailles et le lendemain le mariage. Tous les favoris de la Cour étaient présents. Pour l’occasion, ‘’une grande toile d’argent’’ est dressée pour y loger le roi et toute sa suite. Les fêtes se succèdent sans interruption pendant les 10 jours.
Les dépenses entraînées par cet événement sont considérables et les caisses du Royaume sont vides. François Ier décide alors de mettre en place la gabelle (l’impôt sur le sel) en Poitou. Les Châtelleraudais nomment ces noces ‘’Noces Salées’’. Suite à une défaite, le duc de Clèves renonce à son alliance avec la France. Le mariage est donc annulé par la Pape.

- Alfred Hérault, Histoire de Châtellerault, T.2, P.142, note 2.
- Marechal Yvette, Châtellerault d’hier à aujourd’hui, p.87.

Le château du Verger

Le château de Verger est à l’origine une maison forte, construite en 1312. Il a appartenu à de grandes familles telles que les Pidoux et a reçu la visite du roi Charles VII (1422-1461). La Fontaine aurait écrit la fable ‘’Le petit poisson et le pêcheur’’ sur un banc en pierre, aujourd’hui disparu. En 1971, la Mairie décide de l’acheter afin d’ouvrir le parc au public et de conserver ce monument. Aujourd’hui les douves et le pont-levis n’existent plus, le château est composé de deux pavillons identiques reliés par un corps de logis.

Le banc de La Fontaine

"Dans un angle, voisin de la route qui mène à La Roche-Posay, un cabinet de verdure au centre duquel est fixé un guéridon de pierre de forme octogonale et, à côté, un banc fait d’une lourde pierre à demi affaissée".

Extrait du Bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest, dans l’article ‘’La Fontaine à Châtellerault’’ de Léon Petit.

Lors de l’exil de son oncle, Jean de La Fontaine passe par Châtellerault. Il y a de la famille comme son cousin Pidoux, propriétaire du Château du Verger. C’est après un dîner qu’il aurait rêvé de la fable du Pêcheur et du petit poisson qu’il aurait écrit sur un banc en pierre dans le parc du Verger.

LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR

Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie ;
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c'est folie :
Car de le rattraper il n'est pas trop certain.

Un Carpeau, qui n'était encore que fretin,
Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
« Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin ;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière. »
Le pauvre Carpillon lui dit en sa manière :
« Que ferez-vous de moi ? je ne saurais fournir
Au plus qu'une demi-bouchée.
Laissez-moi carpe devenir :
Je serai par vous repêchée ;
Quelque gros partisan m'achètera bien cher :
Au lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encore cent de ma taille
Pour faire un plat : quel plat ? croyez-moi, rien qui vaille.
— Rien qui vaille ? Eh bien ! soit, repartit le Pêcheur :
Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire. »

Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras :
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.

JEAN DE LA FONTAINE

Les jardins de Châtellerault

Jardin des Trois Pigeons est le nom donné par René Duvau au jardin public ; sans doute parce qu’il se situe tout près du quartier commerçant des Trois Pigeons.
Le square Blossac est un des jardins publics de Châtellerault. Il est ouvert en 1874. Le jardin est scindé en deux au début des années 1960, lors du percement d’une nouvelle voie nord-sud, aujourd’hui les avenues Robert Schumann et Pierre Abelin.

Bibliographie

- "Les rues de Châtellerault", Bulletin de la Société des Sciences de Châtellerault, n° 112, 1er trimestre 2008, p. 26 à 36 et n° 113, second trimestre 2008, p. 26 à 35.

- Pauly C. et Dubout J-P, Châtellerault et son pays. D’églises en châteaux, Alan Sutton, 2006.

- Murphy G., Petite histoire de Châtellerault, Geste éditions, 2006.

- Maréchal Y., Châtellerault d’hier à aujourd’hui, Société des Sciences de Châtellerault, 2004.

- Le Patrimoine des Communes de la Vienne, Tome 1, chapitre sur le canton de Châtellerault, Flohic éditions, 2002.

- Les lieux de l’histoire châtelleraudaise, Revue d’Histoire du Pays châtelleraudais. Sur les cimetières, routes, gares, quais, Palais de Justice, promenades, hôpitaux, temples, églises. Publication du centre châtelleraudais d’histoire et d’archives. 2001.

- Murphy G., L’Hôtel Alamand, cinq siècles d’histoire châtelleraudaise, PSR éditions, 1999.

- Deviosse J. et Roy J.-H., Châtellerault, La nouvelle République, 1986.

- Renouard M.l, Châtellerault, Ouest-France, 1986.

- Pineau J., Châtellerault et sa région, la forêt de moulière, Imprimerie P.Oudin et E.Beaulu, Poitiers, 1979.

- Petit L., "La Fontaine à Châtellerault", BSAO, 1965.

- Astié A., "Le banc de La Fontaine", le Glâneur Châtelleraudais n°29, 1942.

- Cabanot J., Petit glossaire pour la description des églises, Dax, 1995.

Générique

Conseiller scientifique:
Sophie Brégeaud-Romand, conservateur des musées et du patrimoine du Pays châtelleraudais.

Rédaction :
Sophie Brégeaud-Romand, conservateur des musées et du patrimoine du Pays châtelleraudais, co-commissaire de l’exposition temporaire « Châtellerault. Dessins d’hier, photos d’aujourd’hui ».
Virginie Naudin, médiatrice culturelle, co-commissaire de l'exposition temporaire « Châtellerault. Dessins d’hier, photos d’aujourd’hui ».
Marine Maquin, stagiaire en médiation culturelle, co-commissaire de l'exposition temporaire « Châtellerault. Dessins d’hier, photos d’aujourd’hui »

Réalisation graphique et technique: :
Audrey Saulières.
Alienor.org, Conseil des musées.