Une école locale d'art roman en Poitou-Charentes ?

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Des parentés mais des nuances

Comme au sein d’une même fratrie où se révèlent ressemblances et dissemblances, les édifices romans de  la région Poitou-Charentes manifestent une parenté certaine, mais des nuances qui les différencient très nettement les uns des autres. Peut-on parler d’une école ?

Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que l’art roman a été redécouvert, apprécié et commencé à être étudié. Des méthodes d’analyse ont été établies par les travaux des érudits locaux, "antiquaires" comme ils avaient plaisir à se faire appeler (la Société des antiquaires de l’Ouest a été créée en 1834), d’architectes comme Lassus ou Viollet-le-Duc ou de chartistes comme Lasteyrie. C’est alors que la notion d’écoles locales a été établie.

Pour qu’il y ait école, il faudrait qu’il y ait enseignement. Or aucun texte ne permet de dire qu’il y ait eu enseignement et systématisation des techniques. Aussi, les historiens d’art, René Crozet, François Eygun, se sont attachés à montrer toutes les nuances.

Aujourd’hui Marie-Thérèse Camus définit au sein d’un même édifice des ateliers qui ont pu intervenir dans d’autres édifices tel l’atelier "à feuilles grasses" dont la première manifestation se voit dans la crypte de Saint-Maixent. Son déploiement se fait à partir de Saint-Hilaire de Poitiers et de Charroux pendant une vingtaine d’années (environ 1060-1080). Mais on retrouve les caractéristiques de cet atelier  en Normandie, en Berry, en Italie et en Espagne.

Les solutions architecturales

Au XIe siècle, la France se couvre d’un "blanc manteau d’églises" en pierre qui ne brûle pas aussi facilement que le bois. Mais les voûtes en pierre posent le problème de leur poids et de la pénétration de la lumière dans l’édifice. Les murs doivent donc être percés de fenêtres, ce qui les fragilise.

En Poitou où sont conservés les édifices les plus anciens, les architectes résolvent le problème de la stabilité en épaulant la voûte en berceau de la nef centrale par les voûtes des bas-côtés élevés presque aussi haut. Mais ils sacrifient l’éclairage direct de la nef  car les fenêtres ne peuvent être ouvertes que dans les murs des bas-côtés.

Les voûtes sont au début en berceau, quelquefois étayé par des arcs doubleaux au niveau des piles, en berceau brisé ou encore d’arêtes essentiellement sur les bas-côtés.

Plus tard au XIIe siècle, la cathédrale d’Angoulême adopte le couvrement par files de coupoles du proche Périgord. Ce système permet de ne pas fractionner l’espace intérieur en plusieurs nefs et d’éclairer directement l’édifice. Il est adopté en Angoumois et en Saintonge mais reste très rare en Poitou.

Les piles qui reçoivent la poussée des voûtes sont généralement composites. Elles comprennent autant de colonnettes qu’il y a de nervures à porter et se présentent comme un faisceau s’élevant jusqu’aux nervures des voûtes qu’elles portent.

Le  plan des édifices est généralement composé d’une nef  flanquée de bas côtés, d’un transept plus ou moins saillant et d’un cœur à déambulatoire sur lequel s’ouvrent des chapelles rayonnantes. Sur la croisée du transept couverte d’une coupole sur trompe s’élève le clocher.

Mais en Angoumois et en Saintonge le plan est bien souvent beaucoup plus simple.

La sculpture

En Poitou, où l’on édifie des églises dès le XIe siècle, la décoration sculptée est conçue en fonction de l’architecture. Cantonnée aux modillons et chapiteaux, elle est simple et harmonieuse.

Au XIIe siècle, la cathédrale d’Angoulême innove. Sa façade est structurée par l’architecte et animée par le sculpteur selon un programme iconographique réfléchi. Elle fait florès en Poitou (Notre-Dame-la-Grande à Poitiers) et en Saintonge qui porte à l’extrême l’exubérance décorative.

Le décor sculpté envahit toutes les parties de l’édifice, à l’intérieur comme à l’extérieur. Chevets, flancs, façades se couvrent d’arcatures, ce qui multiplie cordons, modillons, archivoltes et chapiteaux où viennent se nicher la sculpture.

La luxuriance du décor est sans doute une conséquence de la qualité de la pierre de la région, tuffeau au nord et calcaire ailleurs. Son grain est facile à travailler. Elle se débite aisément en petits parallélépipèdes rectangles qui se prêtent à la sculpture bloc par bloc. Dans les autres régions de pierre plus dure comme la Bourgogne, le débit en plaques longues permet de grandes plages sculptées des tympans qui sont pour ainsi dire inexistants en Poitou-Charentes.

Les thèmes

Parmi les thèmes romans communs à l’époque, les plus répandus dans la région Poitou-Charentes sont les motifs géométriques, les éléments végétaux stylisés,  une faune étrange, démoniaque, horrifiante, le combat des vices et des vertus. Le thème du cavalier est particulier à la région et pose le problème de sa signification.

Les particularités

La croyance en la vie au-delà de la mort a développé dans la région des édifices curieux comme l’octogone de Montmorillon qui serait un ossuaire ou les lanternes des morts dans les cimetières. Les tombes présentent la forme particulière de l’enfeu à bâtière.

Les peintures murales

La peinture murale a joué un très grand rôle dans le décor. Sur la voûte de la nef de Saint-Savin, le programme iconographique savant raconte et enseigne l’histoire de l’ancien testament, tandis que dans la crypte se déploie le martyre des saints Savin et Cyprien.  La sculpture était également rehaussée de couleurs. La façade de Notre-Dame-la-Grande était entièrement peinte. Certains chapiteaux étaient laissés lisses pour le décor peint.

Conclusion

L’art roman en région a duré pendant tout le XIIe siècle alors qu’ailleurs s’élevait dès la fin de la première moitié du siècle des édifices gothiques. Le style a évolué. Qu’y a-t-il de commun entre la dalle sculptée en méplat représentant le départ pour la chasse et le haut relief aux apôtres d’une sensibilité déjà gothique conservés l’un et l’autre au musée de Poitiers ?