L'écriture dans l'Antiquité

accès direct au sommaire

L'homme invente l'écriture

Aux temps préhistoriques, les hommes laissaient déjà leurs empreintes sur la roche en dessinant ou en gravant animaux, symboles et représentations humaines. Si ces premiers témoignages émerveillent  par leur qualité graphique, ils peuvent aussi être interprétés comme les débuts d’une volonté de communication et de transmission, comme les signes précurseurs de la longue histoire de l’invention de l’écriture avec laquelle débute l’Histoire. Dorénavant, la mémoire des hommes va s’écrire…
L’écriture en tant que véritable système codifié de signes ou symboles apparaît au IVe millénaire av. J.-C.  en Mésopotamie, une région du Proche-Orient. Des tablettes d’argile empreintes de signes en forme de clous constituent l’écriture cunéiforme, du latin cuneus, coin. D’abord composée de pictogrammes, c’est à dire de dessins signifiant ce qu’ils représentent, cette écriture deviendra phonétique.
En Égypte se développe presque simultanément l’écriture hiéroglyphique qui mêle habilement art et écriture. Composée de dessins à valeur figurative et phonétique, cette écriture connaîtra également des variantes cursives appelées hiératique et démotique.

À l'origine, l’écriture semble répondre à un besoin pratique d’organisation administrative qui s’établit dans ces premières cités-états où l’économie se développe autour d’un pouvoir centralisé. Les premiers documents écrits sont des listes de comptes ou des marques de propriété. Puis, très vite, l’écriture se déclinera comme instrument de culture et de pensée pérennisant jusqu’à nous les conceptions religieuses et la vie quotidienne des hommes. L’écriture restera néanmoins l’apanage d’une élite sociale pendant de nombreux millénaires.
Au IIe millénaire av. J.-C., le premier modèle d’alphabet, celui des Phéniciens de Byblos, voit le jour. Il est composé de 22 signes représentant uniquement des consonnes. Ce peuple de marchands et de navigateurs diffusera abondamment cette nouvelle invention dans le monde méditerranéen. Les voyelles seront inventées par les grecs au VIIIe siècle av. J.-C. Ils empruntent ainsi plusieurs signes à l’araméen afin de former les lettres A « alpha », E « epsilon »… Il est ensuite très vraisemblable que l’alphabet latin soit hérité de celui des grecs par l’intermédiaire des étrusques qui vivaient dans l’actuelle Toscane.

L’alphabet latin va se diffuser par la suite au rythme des conquêtes de l’Empire. En Gaule, la tradition orale est très forte et rares sont les inscriptions gauloises qui nous sont parvenues. Le latin devient la langue officielle de l’administration, de l’armée et de l’éducation mais les campagnes conservent leurs dialectes celtiques. L’Empire est lui-même bilingue avec l’utilisation du latin en Occident et du grec en Orient.
Dans cette quête de notre mémoire, de grands hommes, tels J.-F. Champollion pour l’Égypte ou M. Ventris et J. Chadwick pour la Crête, ont véritablement œuvré sans relâche dans le déchiffrement de ces écritures antiques, ouverture vers la connaissance de notre histoire.
L’épigraphie, la science des inscriptions, constitue un accès essentiel à l’univers antique. Les textes et inscriptions romaines représentent ainsi notre principale source de connaissance sur l’histoire des Gallo-Romains.
Mais l’écriture n’a pas fini de révéler tous ses secrets à l’image du disque de Phaïstos retrouvé en Crète et qui à ce jour n’a toujours pas été déchiffré…

La société Gallo-Romaine se livre !

Les inscriptions funéraires, encore appelées épitaphes, peuvent être inscrites sur des mausolées ou des stèles. Elles sont gravées en lettres capitales et utilisent différentes abréviations et formules usuelles tenant compte de l’espace offert par les supports. Paradoxalement, ces textes dédiés aux morts nous apportent de précieuses informations sur la vie quotidienne des défunts.
Ces inscriptions débutent le plus souvent par une dédicace aux Dieux Mânes, protecteurs des morts, et à la mémoire du défunt dont le nom et la filiation sont indiqués. L’étude des noms, l’onomastique, permet ainsi d’évaluer le degré de romanisation de la population en observant par exemple le maintien de noms à consonance gauloise.
Le défunt est également identifié par les fonctions qu’il a occupées de son vivant, ce qui peut conduire à l’observation de  données historiques variées sur la société gallo-romaine. On peut ainsi retracer la vie d’un personnage important, étudier le statut d’une cité…

Stèle funéraire de Julia Maxumilla, Musée de Poitiers

« Stèle funéraire de Julia Maxumilla, Musée de Poitiers : deux symboles ont été ajoutés à l’inscription : un miroir reflétant un portrait féminin, sans doute celui de la défunte et l’ascia, herminette en bois, dont le sens reste encore énigmatique. »

Mausolée de Caius Iulius Victor, Musée de Saintes

C.IVLIOCONGONNETODUBNIF VOLT VICTORI[ .......]
PATISNEPOTI P[.]AEFECTO FABRVMTRIBUNO MILITUM COHOR

[................]
ROMAE ET AUG[..]TI AD CONFLUENTEMuac. C IVLVS VOLT
VICTOR FI[....---]

"À Caius Julius Victor, fils de Congonnetodubnus, de la Voltinia, petit-fils d'Agedomopas, préfet des ouvriers, tribun militaire de la cohorte des ..., prêtre de Rome et d'Auguste au Confluent, Caius Julius Victor, son fils."

Le nom d’un citoyen romain se décompose en trois parties : le prénom, suivi du gentilice ou nom, puis du surnom ou cognomen : cela forme la tria nomina. On observe sur cette inscription que les noms du père et du grand-père sont d’origine gauloise alors que le propriétaire possède une tria nomina parfaitement romaine ce qui indique donc une romanisation progressive de cette famille.

Être citoyen romain fut longtemps réservé aux seules familles romaines, puis au fil des conquêtes plusieurs familles se romanisèrent et purent accéder au statut de citoyen. Outre l’adoption de la tria nomina, être citoyen romain permettait d’accéder à plusieurs types de droits dans la vie civile, politique et religieuse.

Épitaphe de Caius Fabius Sabinus, Musée de Poitiers

D M E[t] M
GF SABINICAM
PANITEANENSIS
EQR HARVSPICI
SVI TEMPORISSIN
GVLARIQVANLV
MVDVGFSABIN[i]A
NVS FIL PATRI RAR[i]S
SIMO ET AMANTIS
SIMP SIC SIBIFIERI
ANTEQVAM DECE
DIT REBVS VMANIS
IPSE MANDAVIT

"Aux dieux Mânes et à la mémoire de Caïus Fabius Sabinus de Tranum en Campanie, chevalier romain, l'haruspice le plus distingué de son temps qui a vécu 58 ans, 5 mois, 5 jours : Caïus Fabius Sabinianus son fils au meilleur et au plus chéri des pères, lui-même a commandé avant sa mort de lui élever un monument."

Cet homme à la tria nomina bien romaine faisait partie de l’ordre des chevaliers et occupait la fonction d’haruspice. Les haruspices étaient des devins qui lisaient présages et avenir dans les entrailles d'un animal sacrifié.

Épitaphe de Claudia Varenilla, Musée de Poitiers

CL.VARENILLAE.CLVARENI.COS.FILIAE
CIVITAS PICTONVM FVNVS LOCVM STATVAM
MONIMENT.PVBLIC.M CENSOR PAVIVS LEGAVG PRPRPRO
VINC AQVITAM.COS DESIG MARITVS HONORE CONTENTVS
SVAP.C.PONEND CVRAVIT

"À Claudia Varenilla, fille du proconsul Varenus, la cité des Pictons a voté des funérailles, une statue, un monument public et son emplacement. Marcus Censor Pavius, époux de Varenilla, lieutenant de l'empereur, propréteur de la province aquitanique, consul désigné, se contentant de l'honneur, a voulu que ce monument fut érigé par ses soins et à ses frais."

Cette épitaphe est dédiée à l'épouse d'un personnage de rang sénatorial, gouverneur d'Aquitaine.

Respect des croyances religieuses !

Les inscriptions religieuses peuvent prendre la forme de dédicaces aux dieux gravées sur différents supports dont témoignent les ex-voto. Il s’agit d’une pratique courante consistant à effectuer des offrandes en reconnaissance d’un vœu exaucé par une divinité. Ces inscriptions nous apportent une réelle source de connaissance sur les croyances et pratiques religieuses des populations. Durant la conquête romaine, on observe une certaine tolérance religieuse vis-à-vis des dieux gaulois traditionnels qui coexistent et se mélangent aux grands dieux romains, ce que l’on nomme le syncrétisme religieux. Néanmoins, les romains interdisent les sacrifices humains et ne reconnaissent pas la fonction des druides. Le culte de Rome et de l’empereur sont portés en exergue mais un climat conciliant entre religions semble être maintenu.

Hydrie en bronze portant une dédicace au dieu Mercure, Musée de Poitiers

« Hydrie en bronze portant une dédicace au dieu Mercure Adsmerius, un génie bachique est représenté tenant le thyrse et une grappe de raisin.»

Bracelet en or, Musée de Poitiers

« Bracelet en or portant une inscription votive dédiée à Mars, Mercure et Venus.»

Base de statue d’une divinité féminine avec dédicace à Apollon Matuix, Musée de Poitiers

NVMINI.AVGVSTORVM
ET.TVTELAE
APOLLINIS.MATVICI(s)
LEGITVMVS.MAGNI.LIB.
D.S.D.

"À la divinité des Augustes et à la tutelle d'Apollon Matuix, Legitimus, affranchi de Magnus, a élevé [cette statue] à ses frais."

Cette dédicace loue à la fois le culte impérial (les Augustes concernés étant probablement Marc-Aurèle et Lucius Verus), la Tutelle, déesse protectrice romaine, et le dieu Apollon Matuix. Les dauphins ornant les côtés du trône se rapportent à Apollon, dieu marin. Le génie ailé debout sur un serpent figurant à l’arrière du trône pourrait être l’évocation du Python de Delphes tué par Apollon. Apollon Matuix serait ainsi un dieu romano-celtique dont le surnom gaulois pourrait signifier « Le tueur d’ours ».

Scandale : politique et propagande !

Les inscriptions officielles et publiques gravées sur des supports de toutes natures, textes de lois, décrets, dédicaces, peuvent nous apporter de nombreux renseignements sur la vie politique et les institutions.
Parfois l’intérêt administratif est également mis au service d’une propagande politique efficace et habilement diffusée.

Base honorifique de Marcus Sedatius Severianus, Musée de Poitiers

M.SED.C.F.IVL.RVFINOQ
SEVERIANO QVA EST.
SICILIAE TRIBVNOPLE
CIVITAS C
PATRON

"À Marcus Sedatus Iulius Rufinus Severianus fils de Caius, de la Tribu Quirina, Questeur de la Province de Sicile, Tribun de la Plèbe."

Marcus Sedatius Severianus  joua un rôle politique important notamment en tant que questeur, c'est-à-dire magistrat financier d’une province romaine. Tribun de la plèbe dont la tribu est nommée, ce personnage menait une part active dans la vie quotidienne de son territoire. 

Ce document, ainsi que les épitaphes de Caius Fabius Sabinus et Claudia Varenilla précitées viennent à l'appui de l’hypothèse proposant d’identifier la cité de Poitiers comme capitale de la Province d’Aquitaine au IIème siècle ap. J.-C.. En effet, la cité qui atteint son apogée à cette époque semble assez importante pour disposer par ailleurs d’un haruspice originaire d’Italie ; elle apparaît bien comme le lieu de résidence du gouverneur de l’Aquitaine. Ce rang expliquerait aussi pourquoi l’épouse d’un gouverneur, Claudia Varenilla, reçut des honneurs funèbres à Poitiers.

Borne milliaire d’Antonin, Musée de Poitiers

IMP.CAES DIV[ihadri]
ANI.FIL DIVI T[raiani]
PARTHIC NERO [s divi]
NERVAE PRON[eptael]
HADRIAN ANT[oninus]
AVG PIVS PMT [2 p III cos]
III [pp]
FIN XI [lim X]

"L'empereur César, fils d'Hadrien divinisé, petit-fils de Trajan le Parthique divinisé, arrière petit-fils de Nerva divinisé, Titus Aelius Hadrianus Antoninus Auguste le Pieux, pontife suprême, en sa troisième puissance tribunicienne, consul trois fois, père de la patrie. Jusqu'à la frontière : 11 lieues | | Depuis Limonum : 10 lieues."

L’empereur Antonin est mis à l’honneur par ses titres et sa filiation. Cette borne était liée à la route Poitiers-Bourges.
Les bornes milliaires témoignent de la progression de la civilisation romaine et du développement du réseau routier dans les territoires conquis. En bordure de routes, ces bornes indiquent des informations kilométriques, mais dépassent leur fonction première et deviennent des éléments de propagande diffusant le nom de l’empereur et l’administration romaine.

Statère d'or de Philippe II de Macédoine, Musée de Poitiers

«Statère d'or de Philippe II de Macédoine. Au droit : tête laurée d'Apollon / Au revers : bige conduit par un aurige au galop ; à l'exergue, inscription grecque (Philippou).»

Monnaie gauloise attribuée aux Pictons, Musée de Poitiers

«Monnaie gauloise attribuée aux Pictons. Au droit : tête humaine, la monnaie Pictonne apparaît comme une interprétation du statère de Philippe II de Macédoine / Au revers : cheval androcéphale et main ouverte, interprétée comme symbole des Pictons.»

Outre leur fonction purement économique, les monnaies en diffusant l’image de l’empereur constituent des supports privilégiés de propagande impériale.

Images de marque !

De nombreux objets de la vie quotidienne portent des inscriptions, marques de fabrique ou de propriété.
Les inscriptions inscrites sur des objets d’usage courant nous permettent notamment d’étudier les échanges commerciaux et d’observer la romanisation de la société gallo-romaine.
Les marques d’ateliers sont le plus souvent réalisées avant la cuisson des céramiques à l’aide d’un poinçon sous la forme d’une estampille. Appliquées sur le col ou la panse, elles apposent le plus souvent le nom du producteur mais parfois aussi celui du négociant ou encore du contenu. Certains verres sont soufflés dans des moules portant en creux le nom de l’artisan ou de l'officine dont il dépend.

Anse d’amphore, Musée de Poitiers

P ANNIVS RVFVS (restitution)

[fait par P Annius Rufus]

Fond de vase, céramique sigillée, Musée de Poitiers

ATEI

[d’Ateus]

Pots en verre, Musée de Poitiers

CNAIO

[fait par l’officine de Cnaius] (marque incomplète, lettres estampillées à chaque angle)

Une autre forme d’inscription, le graffito, pouvait être réalisée après cuisson sur la terre cuite.
Le graffito, signature manuelle, était le plus souvent effectué par le propriétaire et utilisateur de l’objet en question.

Fragment d’un pot, Musée de Poitiers

PVERORVM

[des enfants]

Pied de vase, Musée de Poitiers

VIRILIS FECIT / ACITAPVLVS CAN

[Virilis a fait / vase à vinaigre (ou gobelet de jeu)]

Col d'un pot, Musée de Poitiers

PAVL[us]

[Paulus ou Paula]

À vos stylets !

Si l’étude des documents écrits est riche d'informations, les instruments de l’écriture constituent également des sources précieuses sur la diffusion de l’écriture dans l’Empire romain.
En Mésopotamie, lorsqu’apparaît l’écriture, c’est l’argile qui constitua le premier support rapidement suivi par l’utilisation du papyrus en Égypte. Dans le monde romain, deux systèmes d’écriture coexistèrent.
Pour les correspondances et documents officiels, les Gallo-Romains utilisaient des tabulæ ceratæ, des tablettes en bois dont la surface évidée était remplie d’une couche de cire fondue. Le plus souvent rassemblées par deux, elles pouvaient se replier protégeant alors les faces écrites et formant ainsi un livre appelé codex.

Tablettes en bois, Musée de Saintes

Pour graver ces tablettes, les Gallo-Romains utilisaient des instruments pointus appelés stylets confectionnés en bois, en os ou en métal et parfois décorés avec grand soin. Certains stylets portent une extrémité aplatie pour étaler la cire et faire des corrections. Il existait aussi des spatules qui permettaient de lisser la cire sur une grande surface.

Stylets en os et en bronze, Musée de Poitiers

Les Gallo-romains écrivaient aussi à l’encre et utilisaient divers accessoires.
Les Gallo-Romains écrivaient également à l’encre noire et rouge, mélange solide de noir de fumée et de gomme dilué à l’eau pour la couleur noire. Ils utilisaient un calame taillé dans une tige de roseaux et se servaient d’encriers en matériaux divers (terre cuite, verre, métal) parfois décorés de motifs mythologiques. D’autres accessoires accompagnaient l’écrivain des temps antiques tels certains objets identifiés comme des règles ou des tire-lignes. Garant de l’intégrité d’un document, des boîtes à sceau métallique étaient remplies de cire et servaient à sceller le lien entourant un envoi.

Tire-ligne, Musée de Poitiers

Règles, Musée de Poitiers

Encrier, Musée de Saintes

Boîte à sceau, Musée de Poitiers

Les Gallo-Romains possédaient également différents instruments destinés aux disciplines scientifiques.
Pour compter, on utilisait des petits cailloux appelés calculi qui étaient placés dans des cases. On disposait aussi de compas se rapportant à la géométrie mais aussi au traçage des lignes d’écriture.
Un objet appelé dodécaèdre suscita diverses interprétations. Un spécimen en argent découvert à Genève portait gravés les noms des signes du zodiaque, ce qui laissait supposer que sa fonction était dirigée vers des pratiques divinatoires. Aujourd’hui, les avis convergent interpréter les dodécaèdres en bronze, creux, comme des instruments de géomètre.

Calculi, Musée de Poitiers

Compas, Musée de Poitiers

Dodécaèdre, Musée de Poitiers

Qui sont les Gallo-Romains ?

On donne le nom de « Gallo-Romains » aux habitants ayant vécu en Gaule depuis la conquête de Jules César en 51 av. J.-C. jusqu’à l’avènement de Clovis en 486 ap. J.-C.
À cette époque la Gaule ainsi nommée par les Romains est une région correspondant à la quasi-totalité de la France jusqu’aux limites de la chaîne alpine au nord de l’Italie et comprenant également la Belgique et une partie de l’Allemagne jusqu’au Rhin.
Dès le IIe siècle av. J.-C., le sud du pays appelée la Provincia comprenant notamment les régions actuelles de la Provence et du Languedoc est déjà sous influence romaine. Le reste du territoire porte le nom de Gallia comata, « la Gaule chevelue » peut-être en raison des cheveux longs de ses habitants…
En 52 av. J.-C., la conquête de la Gaule par Jules César s’achève après la défaite de Vercingétorix, jeune chef gaulois, à la bataille d’Alésia. La Gaule chevelue est divisée par Auguste en trois provinces : la Lyonnaise, l’Aquitaine et la Belgique qui forment les Trois Gaules chacune dirigée par un gouverneur romain. La Provincia prend alors le nom de Narbonnaise.
Les habitants de la Gaule, les Celtes, vont peu à peu connaître une véritable fusion avec la civilisation romaine. Cette romanisation touchera de nombreux domaines de la vie quotidienne à des rythmes et degrés différents selon les régions et les époques. 

Vaisselle d'Antran, Musée de Poitiers

"Vaisselle d’Antran : patère à libation et œnochoé de bronze, produits en Italie. Ce dépôt daté de 10-15 ap. J.-C. témoigne de la romanisation des Pictons, preuve qu'ils se familiarisèrent très tôt avec le mode de vie "à la romaine"."

Dieux gaulois et romains

Les Romains et les Gaulois sont des peuples polythéistes : ils croient en plusieurs divinités. Pour adorer leurs dieux, ils pratiquent la divination, font des offrandes et communiquent avec eux par l’intermédiaire de prêtres aux appellations différentes. Pour les Romains il s’agit des augures et haruspices qui interprètent les messages des dieux. Les premiers observent le vol des oiseaux et les seconds lisent dans les entrailles des animaux. Pour le peuple gaulois, ce sont les druides, hommes savants, qui sont chargés des affaires religieuses.
Les Romains construisent des temples et organisent des fêtes pour leurs dieux principaux :

  1. Jupiter : dieu céleste, roi des dieux.
  2. Junon : épouse de Jupiter, déesse du mariage.
  3. Mars : dieu de la guerre.
  4. Vénus : déesse de l’amour et de la beauté.
  5. Diane : déesse de la chasse.
  6. Mercure : messager des dieux, passeur.
  7. Bacchus : dieu du vin et de la fête.

Les Gaulois adoraient le plus souvent des divinités liées à la nature :

  1. Epona : déesse cavalière.
  2. Taranis : dieu du ciel et du feu.
  3. Teutatès : dieu des guerriers.
  4. Esus : dieu de la terre et des forêts.

Malgré leurs différences, les dieux gaulois et romains se côtoient au sein du panthéon gallo-romain. Cette assimilation durera pendant toute l’époque romaine (pour en savoir plus : http://www.alienor.org/publications/divinites/).

Statuette de Mercure en bronze, Musée de Poitiers

Production de céramique en Gaule romaine

De nombreux ateliers de production de poteries étaient répartis sur l’ensemble du territoire de la Gaule. La fabrication de céramiques sigillées bénéficiait ainsi d’une certaine renommée dans tout l’Empire.
La céramique sigillée est une poterie de luxe de couleur rouge d’un aspect brillant parfois décorée de motifs variés associant animaux, végétaux, personnages et scènes mythologiques diverses. Cette céramique tire son nom du latin sigillum signifiant « sceau » et faisant référence aux poinçons des potiers utilisés pour signer leurs réalisations.
L’un des ateliers les plus célèbres découverts en Gaule est sans doute celui de la Graufesenque dans l’Aveyron. On a mis au jour, entre autre, un grand bâtiment en pierre dont la structure centrale de cuisson devait atteindre sept mètres de hauteur ! Cet atelier resta en fonction environ une quarantaine d’années de septembre à avril. Environ 30 000 vases pouvaient y cuire en même temps, ce qui nécessitait alors des tonnes de bois, du pin de préférence (pour plus d'informations : http://www.graufesenque.com).
À Lezoux, dans le Puy-de-Dôme, se situait également un autre grand centre de production de céramiques de la Gaule, particulièrement renommé pour sa vaisselle sigillée exportée dans l'Empire. La ville de Lezoux vous invite à découvrir l’univers des potiers gallo-romains au nouveau musée départemental de la céramique (www.puydedome.fr ; rubrique « découvrir le Puy-de-Dôme »).

Vase de Germanus, Musée de Poitiers

"Vase en céramique sigillée de Germanus, potier à la Graufesenque, en Aveyron, Ier s. ap. J-C."

École et études en Gaule romaine

En Gaule romaine, les enfants se rendent à l’école sous l’autorité du maître dès l’âge de 7 ans jusqu’à 12 ans pour y apprendre la lecture, l’écriture et le calcul.
À 12 ans, ils peuvent continuer leurs études chez le grammairien où ils se familiarisent avec les grands auteurs grecs et latins  jusqu’à l’âge de 15/16 ans. Pour les plus fortunés, les études se poursuivent chez le rhéteur qui enseigne le droit, l’histoire, la géographie et la rhétorique, c'est-à-dire l’art de prendre la parole en public.
Seuls les enfants des familles les plus aisées avaient accès à l’éducation, ensemble chez le maître d’école ou bien chez eux avec un précepteur pour les plus riches.
 Les chiffres et nombres romains s’écrivent à partir de lettres majuscules :
I = 1 ; V = 5 ; IX = 9 ; X = 10 ; XI = 11 ; L = 50 ; C = 100 ; D = 500 ; M = 1000
Exemple : 2009 = MMIX

Stèle d'écolier, Musée de Saintes

"Stèle représentant un jeune garçon tenant de la main droite un cartable et de la gauche un objet qui semble être un étui à stylets."

Sources

Bibliographie générale (sélection) :

Abauzit (P.), Feugère (M.), « Les boîtes à sceau circulaires à décor zoomorphe riveté d’époque romaine », Revue Archéologique de l'Ouest, 46, CNRS Editions, 1995, p. 41-57.
Ayala (G.), Bérard (F.), et al., Rencontres en Gaule romaine, Strasbourg, 2005.
Beyer (D.), Bornemann (D.), Hergott (H.), et al., Des Signes et des mots, L’écriture, des origines au Moyen Âge, Trésors inédits des collections strasbourgeoises, Musées de Strasbourg, 2003.
Bozic (D.), Feugère (M.), « Les instruments de l’écriture », Gallia, 61, Paris, 2004, p. 21-41.
Coulon (G.), La vie des enfants en Gaule romaine, Paris, 1998.
Coulon (G.), "Artistes et artisans en Gaule romaine", L'Archéologue, 49, août-sept. 2000, p. 4-29.
Flutsch (L.), Passé-Présent, Lousonna ou l’Antiquité d’actualité, Strasbourg, 2004.
James (S.), Rome la conquérante, Paris, 1990.
Jean (G.), L’écriture mémoire des hommes, Paris, 1987.

Bibliographie régionale (sélection)

Tilhard (J.-L.), Les céramiques sigillées du Haut-Empire à Poitiers d'après les estampilles et les décors moulés, S.F.E.C.A.G, Marseille, 2004.
Foy (D.), Nenna (M.-D.), dir., Corpus des signatures et marques sur verres antiques, I, La France, A.F.A.V., Aix-en-Provence / Lyon 2006.
Hiernard (J.), "La ville antique", in Histoire de Poitiers, sous la direction de R. Favreau, Ed. Privat, 1985, p. 21-67.
Simon-Hiernard (D.), avec la collaboration de F. Dubreuil, Verres d'époque romaine.Collection des Musées de Poitiers, Regard sur les collections, Poitiers, 2000.
Maurin (L.), avec la collaboration de M. Thauré et Fr. Tassaux, Inscriptions latines d'Aquitaine (I.L.A.). Santons, Bordeaux, 1994.

Générique

Conseiller scientifique:
Dominique Simon-Hiernard, responsable des collections archéologiques antiques et médiévales, musées de Poitiers.

Remerciements:
Gaby Scaon, conservateur du patrimoine, musées de Saintes.
Maud Gradaive, assistante de conservation, musées de Saintes.
Sarah Hess, assistante de conservation, musée archéologique de Saintes.

Rédaction, réalisation graphique et technique: :
Audrey Saulières.
Alienor.org, Conseil des musées.