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© Maison de Pierre Loti, Alienor.org, Conseil des musées www.alienor.org

Égyptoloti

 

 

DÉPART EN ÉGYPTE

Première escale, décevante, de quelques heures à Port-Saïd en 1870, traversée du désert du Sinaï en 1894, et enfin la révélation de 1907. Pierre Loti a dû attendre longtemps le guide qui pouvait le conduire à la découverte de l'Égypte pharaonique et l'introduire dans l'Égypte moderne et musulmane.

Mustapha Kamel Pacha est déjà un leader nationaliste incontesté lorsque Juliette Adam, égérie politique française, le présente à son ami Loti. C'est Kamel qui offre à l'écrivain le regard qu'il espérait, mélange subtil de réminiscences de l'imaginaire enfantin et d'angoisses proprement lotiennes : quête spirituelle, confrontation de l'antique et du moderne.

Le voyage trouve son aboutissement dans sa transcription littéraire. Et si La Mort de Philæ célèbre l'exotisme, le récit témoigne également de l'engagement politique de son auteur.


VISITE GUIDÉE EN ÉGYPTE

Loti entame le 21 janvier 1907, jusqu'au 3 mai, un voyage classique le long du Nil. Mais son séjour est ponctué de découvertes inattendues : visites nocturnes au Musée du Caire ou dans les palais de Thèbes, passage à la Mosquée Al-Azhar. Échappant au rythme des bataillons Cook 5 (agence de voyage britannique) de l'un et l'autre sexe, éternellement empressés, Loti se promène. Et n'hésite pas à décrier les hordes de touristes, assimilés aux colons et qualifiés d'envahisseurs. En Égypte, comme il le fit en Turquie, Loti dénonce toute atteinte à l'intégrité du pays. Loin de chanter les louanges du progrès et de la colonisation, il préfère s'investir auprès des leaders nationalistes.


ÉGYPTE IMAGINÉE

Une partie de l'imaginaire de l'écrivain découle des adaptations que Pierre Loti (de son vrai nom Julien Viaud) fait des grands mouvements de mode qui traversent son enfance. L'engouement égyptomaniaque n'épargne pas même Rochefort : Julien y puise la matière de ses évasions. Enfant secret, Julien se réfugie dans un univers mystérieux, dont il détient seul les clefs. Ainsi du code cryptographique inspiré de l'écriture égyptienne et qu'il utilise pour rédiger son premier journal intime.

Le Petit Palais égyptien, dont les hiéroglyphes racontent la fascination pour la mort et l'aspiration à la vie éternelle, préfigure, quant à lui, la création de la Chambre des Momies.

Dans ses cahiers d'écolier s'ébauche aussi son goût du travestissement, celui de la personne, de la vérité, des apparences. Réinvestissement de l'enfance ? Le déguisement d'Osiris, que Pierre Loti portera en 1887 chez Juliette Adam, Julien Viaud le crayonne à plusieurs reprises dès son plus jeune âge.

La civilisation égyptienne constitue un des mythes puissants qui fascinera l'homme sa vie durant. L'Égypte est propice à la rêverie vagabonde, l'enfant la pare de toutes les vertus, quand l'adulte, tout en cherchant encore à en percer les mystères, s'évertue aussi à pénétrer son âme moderne.


ÉGYPTOMANIE

Les campagnes napoléoniennes réveillent l'intérêt pour l'Égypte en Europe. Elles inspirent Le Voyage dans la Basse et la Haute Égypte (1802, Dominique Vivant-Denon, premier conservateur du Musée du Louvre) et La Description de l'Égypte (20 volumes, 1809-1822, collectif), qui deviennent immédiatement des ouvrages de référence pour tous les chercheurs français, anglais, allemands, suisses dont les travaux s'orientent alors vers l'Égypte. Mais à cette période, l'égyptomanie se traduit le plus souvent par le pillage organisé des antiquités égyptiennes, avec le consentement du vice-roi Méhémet Ali.

La découverte du secret des hiéroglyphes par Champollion en 1822 ouvre la voie de l'égyptologie, désormais reconnue comme science. Les plus grands musées européens présentent des sections égyptiennes et les archéologues prennent le pas sur les aventuriers.

En littérature, Le Roman de la momie (1858, Théophile Gautier) connaît un large succès. Il reflète un idéal d'éternité et de perfection artistique auquel sont sensibles tous les artistes qui font le voyage en Égypte.

La vague égyptomaniaque envahit le quotidien, les magasins de bimbeloterie se multiplient. À Paris, Loti aperçoit à une devanture une momie qui [lui] fait une envie terrible. L'architecture, la sculpture, le mobilier reprennent des motifs de sphinx et de papyrus. Les Expositions Universelles sont prétextes à l'élaboration de décors fastueux. Pour l'Exposition de 1867, alors que Pierre Loti prépare à Paris l'entrée à l'École Navale, l'archéologue Mariette fait édifier un Parc égyptien avec un temple antique, précédé d'une allée de sphinx, orné de peintures et de hiéroglyphes.

En 1909, lorsqu'il publie La Mort de Philæ, Loti est l'un des derniers représentants de l'égyptomanie du 19e siècle.


LE ROMAN D'UN ENFANT

CHAPITRE XXV

L'Égypte, l'Égypte antique, appelée aussi à exercer sur moi, un peu plus tard, une sorte de fascination bien mystérieuse, je la retrouvai pour la première fois, sans hésitation ni étonnement, dans une gravure du Magasin pittoresque. Je saluai comme d'anciennes connaissances deux dieux à tête d'épervier qui étaient là, inscrits de profil sur une pierre de chaque côté d'un étrange zodiaque, et, bien que ce fût par une journée sombre, il me vint, j'en suis très sûr, l'impression subite d'un chaud et morne soleil.