Art roman en Poitou-Charentes : les éléments architecturaux

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"L'art roman se présente comme un rapport strictement établi entre le mur nu et le mur décoré  ; en d'autres termes, la sculpture y est elle aussi, le mur"
Henri Focillon, 1931, L'art des sculpteurs romans.

 

 

IntroductionIntroduction

Dans l’art roman, les sculptures décorent généralement les parties structurelles de l’édifice et s’adaptent aux cadres qui ne sont pas toujours propices à une représentation réaliste, d’où les nombreuses déformations. La sculpture s’intègre dans le programme architectonique. L’art des architectes et des maçons et celui des sculpteurs et des peintres sont intimement liés : il y a parfait accord entre le mur, le décor et la fonction des deux. L’ornementation souligne les articulations et met en avant la capacité des architectes à construire des murs et des voûtes en pierre.

La voûte en berceau construite comme une succession d’arcs en plein cintre ou brisés exerce sur les murs une poussée continue qui tend à les faire verser vers l’extérieur. Pour résoudre ce problème accru par les fenêtres ouvertes dans les murs et les fragilisant, les architectes ont eu recours à l’intérieur à des arcs doubleaux qu’ils font reposer sur des colonnes surmontées de chapiteaux et à l’extérieur à des contreforts toujours placés au droit des colonnes intérieures. Ces contreforts sont souvent reliés entre eux par des arcs qui reprennent le rythme de l’élévation intérieure de l’édifice. La sculpture se déploie sur tous ces emplacements structurels et participe ainsi à l’architecture.

Les chapiteauxLes chapiteaux

Le chapiteau et son tailloir qui transmettent à la colonne porteuse la poussée de la voûte à l’intérieur de l’édifice ou le poids des voussures des ouvertures à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice sont les éléments où se déploie le décor.
Le chapiteau se compose d’une corbeille surmontée d’un tailloir qui reçoit l’arc doubleau de la voûte ou la voussure de l’ouverture de la fenêtre et du portail. L’astragale, simple moulure, fait la jonction entre le chapiteau et le fût de la colonne. À l’époque romane elle est partie intégrante du chapiteau. le décor sculpté se déploie sur la corbeille et le tailloir.
La corbeille est généralement au départ un cube dont on a rabattu les côtés. Mais elle peut être également ronde. La structure est soulignée par le décor. La sculpture respecte la masse du chapiteau et souligne les lignes de pesée.

Certains chapiteaux ont été conçus pour servir de support à un décor peint en trompe-l’œil. Pour d’autres, la peinture venait souligner les reliefs. Il ne faut pas oublier que la sculpture romane était généralement polychrome. La restauration récente de la façade de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers a révélé de nombreuses traces de polychromie.

Beaucoup de chapiteaux sont décorés de feuillages s’inspirant de l’acanthe de l’antiquité. Leur corbeille est couverte de tout un réseau de palmettes, rinceaux et fleurons qui en soulignent la structure aux angles.

Dans les entrelacs et les rinceaux de feuillage, sont apparus hommes, animaux ou monstres. Ils sont une fois encore disposés sur la corbeille du chapiteau pour en souligner la structure.

Enfin le chapiteau « historié » de scènes diverses raconte des histoires tirées de l’Ancien et du Nouveau Testament ou de la vie quotidienne. Ils sont la grande invention de l’art roman. Leur verve est particulièrement pittoresque en Poitou-Charentes. Ils disparaîtront à l’époque gothique.

Les tailloirs qui sont en fait le couronnement du chapiteau sont généralement aussi sculptés de motifs géométriques ou végétaux, voire quelquefois d’animaux.

Les colonnes sont généralement lisses et ont la forme d’un quatre-feuilles, c'est-à-dire que leur fût est cantonné de quatre demi-colonnes. Elles ont un rôle structurel puisqu’elles sont le prolongement des arcs de la voûte de la nef, de celle des bas-côtés et de celui reliant deux colonnes.

Mais en Saintonge où le décor a été particulièrement luxuriant, elles peuvent être décorées de motifs géométriques, de cannelures en spirales, rinceaux et entrelacs imitant la vannerie.

Les frisesLes frises

Sous les arcades aveugles que l’architecte a dressées sur ses façades, pour évoquer l’organisation intérieure de l’édifice, des scènes viennent s’inscrire. L’une des plus célèbres et des plus énigmatiques de la région Poitou-Charentes est celle du cavalier dont l’énigme iconographique n’a toujours pas été résolue : empereur Constantin, Charlemagne, cavaliers de l’Apocalypse ou encore ? ...

Sous les arcatures des façades sont également placées des personnages en pied ou assis,  apôtres, évêques, saints locaux. À Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, deux étages d’arcatures sont ainsi « habités » par des statues au modelé réaliste et vivant.

Au dessus des arcades des voussures et dans les écoinçons, se déroulent de véritables frises en haut-relief. Sur certaines façades comme à Saint-Jouin-de-Marnes, elles sont placées sur un petit socle sans décor et paraissent suspendues dans l’espace.

Les voussuresLes voussures

L’extérieur des édifices est rythmé par tout un jeu d’arcatures dans lesquels viennent s’ouvrir fenêtres et portails où se déploie le décor. Au fil du temps et sous l’influence de la cathédrale d’Angoulême, les façades se couvrent de sculptures.

En Poitou-Charentes, très rares sont les portails surmontés d’un tympan où se déploient de grandes pages d’histoires sculptées. Les quelques tympans sont de dimensions modestes par rapport aux autres régions et décorés généralement d’une seule figure, habituellement un animal.

Le décor se cantonne dans les voussures couvrant l’embrasure des fenêtres et des portails. Généralement appareillées en rouleaux, elles forment des ressauts formés de claveaux sculptés.

Quand la figure suit la courbe de la voussure, elle est très allongée et peut parfois loger sur plusieurs claveaux. Mais quand elle suit le rayon de la courbure, elle devient trapue pour loger dans l’épaisseur de la voussure. Là encore, la sculpture est en étroite relation avec l’architecture qui détermine les axes et les proportions. Mais elle se dégage tellement de son fond qu’elle est presque une ronde-bosse.

Les cornichesLes corniches

Les corniches saillantes reçoivent la charpente du toit et couronnent les murs ou reçoivent les arcatures qui rythment les façades. Les modillons généralement taillés indépendamment viennent régulièrement la soutenir comme s’ils étaient des têtes de chevron. Là se déploient des figures fantasmagoriques, bestiaire, figures grimaçantes, ou des scènes de la vie quotidienne. Il y en a tant que le grand historien de l’art roman en Poitou, René Crozet, a renoncé à les cataloguer.

Exceptionnellement, des dalles sculptées sont accrochées dans les murs extérieurs, rarement entre les modillons, plus souvent dans les murs où, libérées de toutes liaisons avec l’architecture, elles s’exposent comme des peintures de chevalet.