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En pays fali, un ethnologue charentais au nord Cameroun

La société Fali

Mobilier et vie quotidienne

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Les couleurs et motifs en usage dans les vêtements sont très proches des décors réalisés sur les parois des maisons. Ces dernières sont en effet peintes de figures géométriques et, plus rarement, de scènes figuratives animalières ou anthropomorphiques.

Le terme générique pour désigner l'habitation dans son ensemble est ba.

Le hoyu est la cour intérieure couverte que possède, devant sa case personnelle, hoy tibuelgu, chaque épouse d'un ménage polygame et à plus forte raison l'épouse unique d'un ménage monogame. C'est là que se passe l'essentiel de la vie familiale. Le nombre de personnes à loger et non la richesse conditionne le nombre de cases et leur importance. L'habitation se compose de plusieurs cases rondes construites en pisé et toit de paille reliées entre elles par une clôture de paille tressée. Des arbres sont plantés pour apporter ombrage et décoration à cet ensemble. Les cases sont rapprochées les unes des autres de manière à dégager un espace libre au centre. L'habitation dans son ensemble comprend cinq éléments : l'entrée atikalat, la chambre de l'homme ara, la case de la femme hoy tibuelgu, une cuisine kanamju et deux types de grenier intérieur : le kulu fermé latéralement par une plaque de terre cuite, il sert de placard et le doyu dont l'ouverture est située au sommet. On y grimpe par une petite échelle et il est essentiellement réservé aux réserves de mil. Dans les ménages polygames, chaque épouse dispose d'une unité d'habitation complète. L'habitation comprend aussi en son sein un grenier sacré kulu manu, celui de la femme (si elle est l'aînée du lignage), dans lequel sont conservées les pierres gaw lasingji qui représentent les ancêtres féminins du lignage. Le grenier sacré des hommes est toujours placé près de l'habitation du chef de lignage. Il comporte une ouverture médiane pour y pénétrer, fermée par une plaque de terre ou une natte. La décoration des murs varie en fonction des lignages mais ils sont presque toujours constellés de points blancs, le blanc étant la couleur du deuil et de la mort.

Les annexes de l'habitation comprennent les greniers extérieurs danki titu, constitués de nattes superposées fixées sur des pieux entre lesquelles on stocke les épis de mil ou installe les bergeries et les poulaillers. Lorsqu'une personne décède, on laisse la maison tomber en ruine car cette dernière reste sa propriété, par delà la mort. Par raison d'économie, c'est une pratique qui tend à disparaître.

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L'ameublement des maisons est réduit aux choses essentielles : tabouret, nattes, lits et poteries. Dans l'entrée atikalat sont placées une ou deux nattes, une peau de chèvre, de bœuf ou de panthère pour recevoir les visiteurs.

Les tabourets sont disséminés un peu partout. Il en existe de deux sortes, l'un badju kinu cylindrique ou tronconique, simple ou double, de forme typiquement Fali sculpté dans une pièce de bois monoxyle et l'autre d'inspiration peul. Leur fabrication est assurée par les hommes mais l'usage quotidien est plutôt féminin.

Dans la chambre, le mobilier se réduit à des nattes et un lit qui peut être de quatre sortes : un lit de terre séchée solidaire de la case qui pouvait contenir un ou deux creux à la base destinés à mettre des braises durant la saison fraîche, une couche constituée par une planche légèrement incurvée supportée par quatre pieds (typiquement fali), un lit formé par des branches soigneusement lissées s'appuyant sur des pieux fourchus et un lit en tiges de mil emprunté aux Peuls, le tara. L'appui-nuque simple ou double gin ite aho vient parfois compléter cette modeste literie. L'usage de ces derniers a cependant disparu progressivement en 1960-1970, lorsque les Fali ont cessé de réaliser des coiffures en boulettes d'argile. Les oreillers en mousse ou en toile remplie de kapok les ont aujourd'hui remplacés.

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Avant l'introduction de la culture attelée qui est réservée aux hommes, les travaux agricoles étaient marqués par la complémentarité des tâches masculines et féminines : aux hommes les défrichages et le traçage des sillons à la houe ainsi que les semailles, aux femmes le sarclage. Aux hommes la récolte du mil et aux femmes le portage des épis ainsi que la récolte des autres productions agricoles, en particulier des arachides, culture presque exclusivement féminine. Au moment du mariage, la femme reçoit une parcelle de terre qu'elle cultivera seule ou aidée de ses filles. Les produits en sont sa propriété exclusive : elle peut en faire ce que bon lui semble et le profit qu'elle peut en tirer lui appartient en propre. À son décès, cette parcelle rejoint celles du mari qui font partie des terres claniques.

Dans d'autres champs d'activité la séparation est plus nette, les hommes ont la charge de filer et tisser, de fabriquer les cordes, paniers, nattes, de tanner les peaux et de chasser. La construction des habitations leur incombe mais ce sont les femmes qui vont chercher l'argile et l'eau nécessaires à l'élévation des murs. Elles fabriquent également les poteries - la Terre étant le principe féminin, le travail leur en est réservé -, taillent les pierres utilisées pour écraser le mil et les arachides, gardent et éduquent les enfants en bas âge, ont la responsabilité des tâches ménagères.

Avant le mariage, les jeunes gens peuvent agir librement dans les différents domaines hormis le tissage. Les enfants s'occupent du bétail. Les jeunes garçons aident leur mère aux corvées d'eau, en principe réservées aux femmes qui peuvent participer aux réparations d'urgence dans la maison, par exemple après une tornade en saison des pluies.

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Les femmes ont l'apanage de la production des céramiques faites de terre, élément femelle par excellence et mère de l'humanité. La poterie est un "ventre" et considérée comme femelle.

Il existe trois techniques de production : on creuse la motte d'argile disposée sur un plateau tournant avant d'égaliser ses parois à la main ; on monte la céramique au colombin ou bien on moule sur une ancienne poterie. On lisse la panse des poteries avec un estaque. Les poteries sont faites, en principe, au début de la saison des pluies mais en fait tout au long de l'année suivant les besoins. Appelées à recevoir un contenu, elles sont une métaphore de la terre s'apprêtant à recevoir graines et pluie.

Les poteries fali sont particulièrement élégantes. Elles n'ont jamais d'engobe et portent un décor uniquement sur l'extérieur ou à l'intérieur du col.

Toutes les femmes sont potières mais certaines, plus douées que d'autres, en font une activité plus dense.

Il existe des poteries de toutes tailles et formes, depuis l'imposante pela utilisée pour les réserves d'eau jusqu'aux fines et délicates amphores djongo. Les marmites peleka servent à la cuisson de la bouillie de mil. D'autres sont destinées à la préparation des sauces, qui sont remuées avec un bâton à sauce. Ce bâton est fabriqué par la mère pour sa fille lorsque cette dernière se marie, ce sera son insigne d'autorité. Si une femme se sépare de son mari, elle emporte son bâton à sauce. Au décès de la mère, c'est la fille aînée qui en hérite. Il est rare que les femmes travaillent le bois mais cet objet est produit et utilisé par les femmes exclusivement.

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Les poteries à bière de mil prennent place dans la phase finale de la fabrication de la bière. Les Fali cultivent toujours différentes variétés de mils notamment pour la bière brassée à l'occasion des rites de passage, fêtes d'amitié ou de retrouvailles, les funérailles et les rituels d'hommage aux ancêtres.

Le mil rouge est écrasé en farine puis transformé en pâte épaisse par adjonction d'eau bouillante. Cette pâte est mêlée à du levain, étalée et mise à fermenter (on l'arrose régulièrement pour qu'elle reste souple). Au bout de 2 à 4 jours (selon la saison et le climat), on fait bouillir de l'eau, on verse la pâte dans une poterie puis on met de l'eau bouillante dessus et on mélange avec la mouvette en branche d'acacia. Les femmes font la pâte fermentée et font bouillir l'eau (ce sont elles qui vont chercher l'eau) mais ce sont les hommes qui mélangent la préparation dans la poterie.

La bière est bue par tous y compris les enfants lors des fêtes, les personnes âgées, elles, en boivent plus souvent car cette boisson est censée les fortifier et les maintenir en vie.

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Les Fali sont des agriculteurs pratiquant, à l'occasion – et de moins en moins – la chasse et la cueillette. Pendant des siècles, ils ont aménagé les montagnes pour y cultiver le sorgho, le mil, les haricots, le sésame ou les arachides (ces dernières ont été introduites dans la région en 1935 par l'administration française et se sont remarquablement adaptées aux habitudes alimentaires des habitants). À partir des années 1960, ils descendent dans le piémont où ils procèdent à des aménagements sur billons qui leur permettent d'obtenir, en saison des pluies, ignames, taro, manioc et patates douces.

Les Fali cultivent également des espèces utilitaires comme le coton pour la confection des vêtements (l'indigo vient du Nigeria). La culture du coton a d'ailleurs fait accéder les Fali à l'économie de marché car il est devenu un produit de vente et de rente permettant d'obtenir de l'argent pour l'achat de produits alimentaires et de biens manufacturés (vaisselle, lampes à pétrole, lampes électriques, vêtements, radios...) et le paiement d'impôts. Cependant, cette culture à plus grand rendement a d'une part, par l'usage de pesticides, eu des conséquences sur la faune et d'autre part provoqué le déboisement de nombreuses aires. Par ailleurs, la mise en jachère des terres a, quant à elle, imposé d'aller de plus en plus loin et créé un semi-nomadisme qui bouleverse les structures traditionnelles.

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La vaisselle traditionnelle fali, avant l'introduction de la vaisselle d'importation en métal était en calebasses (comme toutes les courges, originaire d'Amérique) de différentes tailles et formes selon les usages. C'est une production familiale masculine.

Les calebasses tungtu féminines ou masculines servent à boire la bière de mil. Les enfants en possèdent une également pour boire la bière de mil lors des cérémonies ou consommer la bouillie de mil.

Le corps de l'objet peut être orné de motifs décoratifs pyrogravés.

Celles de plus grande dimension séo servent de contenant à sauce ou à condiment. Il existe également des louches ou cuillères habta pour prendre la sauce dans la marmite et la verser dans la calebasse ou bien pour la bouillie des bébés.

Le repas commun du soir est préparé par une des épouses. Chacun prend avec les doigts un morceau de la boule de mil et le trempe dans la sauce. L'alimentation est simple, peu diversifiée et relativement équilibrée grâce à d'anciennes habitudes de cueillette. Cependant, la période de soudure qui correspond à la saison des pluies peut être une période de pénurie quand la récolte de l'année passée est consommée et que celle de l'année en cours n'est pas encore faite.

Pendant la saison sèche, les haricots, pois de terre, citrouilles, patates douces, pousses de l'arbuste tinbengsen, maïs et riz peuvent remplacer le mil, les fruits du baobab dino et du tamarin, complètent le repas qui une ou deux fois par semaine peut comporter un peu de viande ou de poisson séché acheté au marché.

Le repas est pris, pendant la saison des pluies, soit en commun soit individuellement dans la cour couverte de l'habitation ou dans l'une ou l'autre des différentes cases. Durant la saison sèche, il est par contre toujours pris à l'extérieur, dans la cour ouverte.

Le repas rituel est porté aux ancêtres. À la différence du repas ordinaire qui peut varier, ce dernier ne change pas. Il se compose de mil, de sésame et d'arachides. Aucune fête ne peut par ailleurs se donner sans la bière de mil bolo.

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Hommes et femmes mangent exactement la même chose, la femme enceinte ajoutera par contre à son alimentation, pour des raisons religieuses, la consommation de graines de concombres et de citrouilles, les premières figurant l'élément mâle, les secondes l'élément femelle. On habitue dès l'âge de trois mois l'enfant à manger du mil sous forme de bouillie claire qui s'épaissit progressivement pendant les six mois suivants. On l'habitue de même aux autres aliments jusqu'à son sevrage complet, vers l'âge de deux ans.

Mil et arachides sont broyés dans des meules dormantes en granit récupérées par les Fali sur les montagnes des différents massifs. Ces meules auraient été fabriquées, selon la tradition orale, avant que les Fali ne soient installés dans la région. En fait, elles remontent à un néolithique difficile à dater. Dans la cuisine se trouve le kanamju ou table à moudre, construction en terre séchée sur armature de bois affectant la forme d'une table dans laquelle sont incrustées ces meules de granit pour broyer le mil ou les arachides. Suivant leur profondeur, on obtient une farine plus ou moins fine. Elles sont accompagnées de molettes volantes actionnées à deux mains.

Presque tous les aliments sont bouillis mais la viande, en particulier le poulet, ou le poisson peuvent être sautés avec des oignons. Les arachides sont consommées bouillies dans les champs pendant les travaux agricoles mais la plupart du temps elles sont transformées en pâte pour épaissir les sauces. Seul le maïs peut-être grillé à l'imitation des gens du sud du Cameroun. Rien n'est consommé cru, sauf quelques papayes qui poussent dans les habitations ou les fruits sauvages réservés aux enfants.

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