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En pays fali, un ethnologue charentais au nord Cameroun

La société Fali

Musique et rites funéraires

Musique et rites funéraires (page 1/3)

La musique occupe une place très importante dans la vie sociale et religieuse des Fali.

Il existe tout un champ de mélodies libres, de chansons satiriques et d'improvisations vocales ou instrumentales mais en dehors de cela, la musique est une expression des valeurs religieuses et sociales et demeure régie par des règles.

La musique vocale comprend des chants de travail (une simple phrase répétée et rythmée par des tambours), les chants satiriques, les chansons d'amour accompagnées ou non à la harpe et les chants de guerre. Dans la musique instrumentale il faut distinguer celle dont le caractère est sacré de la musique profane.

Les Fali ne classent pas leurs instruments selon leurs structures mais selon leur usage : "ceux de la mort" tambours à trois et quatre pieds et sifflets de bois et d'écorce simples ; "ceux de l'amitié et de l'amour" harpe arquée, flûte droite et tube à anche vibrante ; "ceux des génies" sifflet à deux trous et sifflets simples en terre cuite ; "ceux du chef" trompe et cornes ; "ceux de la guerre" sifflets simples, trompe et tambour d'aisselle et "ceux des ancêtres sacralisés" bracelets sacrés, cloche double et sistre.

Considérés comme des êtres vivants, les instruments sont différenciés également d'un point de vue sexuel. Cette nature réside soit dans leurs parties constitutives, soit dans les sons qu'ils émettent.

Enregistrement de musiques fali recueilli par Jean-Gabriel Gauthier.

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Musique et rites funéraires (page 2/3)

La mort n'affecte que la partie matérielle de l'individu. Les rites funéraires ont pour but de rendre hommage au défunt et permettre à son âme de quitter le corps dans des conditions satisfaisantes pour rejoindre le séjour des ancêtres.

Le cadavre est d'abord lavé, parfois enduit d'ocre puis installé assis, les bras projetés vers l'avant. La tête est en premier lieu enfermée dans une peau de chèvre par le forgeron (c'est lui qui a également la charge de dépouiller l'animal tout de suite après la mort de l'individu), le sexe de l'animal est placé au niveau de la bouche du défunt et les quatre pattes sont ramenées vers le haut de la tête pour former une sorte de chignon. La protection de la tête a deux fonctions : empêcher le souffle vital de s'échapper par les orifices naturels et préserver l'intégrité du crâne, réceptacle de la pensé et du savoir. Le corps est ensuite enveloppé dans de longues bandes de coton et parfois de lanières en peau de bœuf. Le mort est alors prêt à rejoindre ses ancêtres devenus les Manu immortels "plus près de Dieu". L'enveloppement du cadavre permet de conserver sa forme et d'emprisonner les forces mauvaises qui pourraient se jeter sur les assistants. Leur manipulation est du ressort des forgerons à qui incombent toutes les tâches funéraires.

L'enveloppement dure en moyenne une journée et une nuit, il s'effectue dans un enclos de nattes couvert, près de l'habitation du défunt. Pendant ce temps, non loin de là, ont lieu les danses funéraires autour des deux tambours sacrés en bois et peau de chèvre, l'un masculin Tondji Mdom longiligne et tripode et l'autre féminin Nondji Mdom à quatre pieds, plus petit, rond et teinté à l'ocre rouge. Les deux tambours ont des rythmes différents, ils sont une métaphore de l'acte sexuel pour recréer la vie mise à mal par la mort. Ils dialoguent avec les joueurs de sifflets toujours joués par cinq qui leur tournent autour et sont accompagnés des danses qui prennent la forme d'un cercle d'hommes et d'un cercle de femmes imbriqués, nouvelle métaphore de l'acte sexuel.

Durant les funérailles d'un chasseur, le corps est appuyé sur les massacres des animaux qu'il a tués (gros gibier) et qui ont soigneusement été conservés à cet effet. Au cours des danses funéraires, les femmes de la famille (sœurs, tantes, cousines, parenté consanguine et non d'alliance) du défunt posent les massacres exposés sur leurs têtes pour célébrer les hauts faits du défunt afin qu'il reste un grand chasseur pour l'éternité. Aujourd'hui, le gros gibier a pratiquement disparu de la région, ce rite est donc tombé en désuétude.

Le corps, une fois préparé et après les différents rituels, est introduit dans un puits funéraire, dans la même position. Un mois plus tard, on célèbre la fête du mort hatshu wuta qui marque la réincarnation du défunt en ancêtre manu. Il pourra alors passer son éternité sous la terre et revenir parmi les vivants par le truchement du masque.

Le masque tiwot tu manu sort à plusieurs occasions, pour les funérailles (il guide le mort vers l'au-delà), un mois après le décès et pour les initiations des garçons. Les femmes n'ont, en principe, pas le droit de le voir. Quand il est usé, il pourrit dans une case mais on en prélève quelques fibres pour les mettre sur le nouveau qui est considéré comme le même. Suivant les clans, le masque et la cloche sont conservés dans des cases à part ou entre des rochers.

La cloche double mdom mbala précède en effet le masque lorsqu'il vient chercher le défunt pour l'amener chez les ancêtres ou lorsqu'il vient présider les cérémonies d'initiation des adolescents. Elle est frappée avec des défenses de phacochère par le forgeron.

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Musique et rites funéraires (page 3/3)

Trois ans après leur mort pour les hommes et quatre pour les femmes ont lieu les funérailles secondaires. Elles consistent à prélever le crâne du défunt et à le placer dans une poterie cachée dans la brousse. C'est dans le crâne que pourront revenir les trois éléments qui constituent l'âme tripartite : la pensée, le savoir et le souffle vital, lorsque les vivants feront appel à eux.

Des poteaux funéraires, effigies autrefois sculptées du chef de famille défunt, étaient plantés à l'emplacement de sa case afin qu'il veille sur sa famille. Cette pratique a disparu dans les années 1970.

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