Menu      ►

En pays fali, un ethnologue charentais au nord Cameroun

La société Fali

Sexe et fécondité

Sexe et fécondité (page 1/4)

Certains ornements perlés pouvaient être portés par une petite fille ou petit garçon voire des jeunes gens non mariés pendant les fêtes. Quand ils étaient portés par un jeune garçon, ils étaient mis sur un pagne. Ceci s'explique par le fait que l'enfant naissant est asexué. Ce n'est que lorsque ce dernier est présenté aux ancêtres (il est conduit à cette occasion à proximité du grenier sacré du lignage), vers l'âge de six mois, que l'on précise la nature véritable de son sexe. Le prêtre, après avoir sacrifié un coq pour un garçon ou une poule pour une fille, orne le cou de l'enfant d'un fragment de la plante sacrée, une vigne sauvage (vitis quadrangularis, "dalengu") ayant macéré dans une calebasse puis verse cette eau sur la tête tout en prononçant le nom choisi par le père qui révèle le sexe de l'enfant. L'enfant reçoit plusieurs noms, celui donné par son père, celui donné par ses camarades (surnom) et le titre adjoint après l'initiation.

Le mariage chez les Fali se fait obligatoirement entre deux êtres de clans différents (exogamie). Il s'agit au départ d'un contrat scellé dès la naissance par une dot et qui devient ensuite une alliance plus étroite. L'engagement entre les familles n'est pas toujours suivi d'effet car les jeunes gens en âge de se marier sont en droit de refuser l'épouse ou l'époux proposé. Les fiançailles ont lieu vers l'âge de huit ans pour les filles et dix à douze ans pour les garçons. Le garçon commence alors à travailler pour mériter sa future épouse en aidant notamment son futur beau-père dans les travaux agricoles et domestiques et offrant des cadeaux (colliers, bracelets, nattes...).

Lorsque la fille est en âge de se marier, vers 16-17 ans, on organise une cérémonie de présentation aux ancêtres dans l'enclos sacré de son clan. Le fiancé vient faire sa demande officielle qui, si elle est acceptée, est suivie de la donation de la dot (bandes de coton, chèvres, moutons, vêtements et bijoux) qui scelle le contrat et dédommage les parents d'une perte aussi bien affective que productive. Le mariage a plus une dimension sociale que religieuse et le divorce est autorisé, la plupart du temps à la demande de la femme. Dans le cadre de la polygamie, les hommes peuvent multiplier les épouses alors que les femmes ont des maris successifs.

1

Sexe et fécondité (page 2/4)

Les productions artistiques les plus connues des Fali sont sans doute les poupées de fécondité ou de fiançailles ham piru ("enfant de bois"). Elles sont fabriquées par le fiancé et offertes par ce dernier à sa fiancée lorsque le mariage est décidé entre les familles. Le mariage pouvant être convenu tôt dans la vie de la jeune fille, il n'était pas rare (mais ce n'est plus le cas aujourd'hui) de croiser des jeunes filles portant ces poupées dans le dos (à la manière d'un bébé) pendant plusieurs années avant le mariage et jusqu'à la naissance de leur premier enfant.

Le corps est en bois, couvert de perles de verre rouges et jaunes, de cuir, cauris et amulettes. Chaque composant possède une double valeur esthétique et prophylactique. Le montage bruyant a pour fonction de repousser les mauvais esprits (ceux notamment qui empêcheraient la fécondité des femmes), les amulettes titchelu en corne de chèvre prises dans du cuir contiennent des plantes médicamenteuses qui protègent la femme et le futur nouveau-né, les cauris souvent assimilées au sexe féminin appellent à la fertilité du couple en complémentarité avec la forme phallique du corps de l'objet. On ajoute parfois à cette composition des accessoires comme un sac en cuir semblable à celui porté par les garçons et de petits bâtons ferrés.

Cette poupée représente le premier né du futur couple. Ce dernier est toujours de sexe masculin, car les garçons étaient davantage souhaités pour le premier enfant. C'est l'ornement sommital des poupées, figurant les mèches de cheveux tressés des petits garçons tu lokchom qui donne le sexe de l'objet.

Une variante de ces poupées réalisée avec des épis de maïs ham maïta ("enfant de maïs") existe également. Elle est fabriquée par des femmes mariées ayant eu des enfants et donnée à une amie sans enfants (ou ayant peu d'enfants). Elle est de même portée dans le dos.

Les poupées de fécondité ou de fiançailles sont toujours en usage de nos jours, bien que moins portées.

2

Sexe et fécondité (page 3/4)

Jusque dans les années 1980, les femmes faisaient usage de porte-bébés raw ham ("berce bébé") confectionnés dans des peaux de chèvre. Portés sur le dos ils étaient attachés sur la poitrine par les pattes souvent renforcées par une tresse de fibres végétales : les pattes inférieures s'attachaient autour de la taille et les pattes supérieures l'une sous l'aisselle et l'autre sur l'épaule, nouées ensuite sur le devant (bandoulière).

Les femmes les fabriquaient pendant leur première grossesse ; le père sacrifiait et mangeait la chèvre quand la grossesse était certaine puis il tannait la peau et la femme achevait la fabrication par l'adjonction de décorations. C'était donc une production du couple qui attestait que l'enfant était le leur.

Les ornements, nombreux, peuvent être de différentes natures, comme des graines et cornes d'antilope (collectées par le mari), ainsi que des grelots en fer, cornes de chèvre et une poupée en fibres de haricot et perles de verre. Le bruit des graines et grelots est destiné à éloigner les mauvais esprits. D'autres sont parés de tiges de graminées pyrogravées, cauris et perles en plastique.

L'enfant pouvait rester dans le porte-bébé jusque vers l'âge de deux ans, même s'il marchait.

3

Sexe et fécondité (page 4/4)

Les femmes, mère, grand-mère ou tante, fabriquent toutes sortes de jouets pour les enfants, comme les poupées Ham Wote en fibres de tiges de haricot partiellement teintées et garnies de perles de verre. Les bras et les jambes sont représentés par des bouquets de fibres tressées ornés aux extrémités de perles, de même que le nombril et le sexe (ce sont des garçons). Bien que stylisées, ces poupées reprennent avec précision les attributs propres aux enfants comme pour augmenter l'identification de ces derniers à leur jouet. Le collier de perles porté par les enfants est en effet figuré de même que la ceinture prophylactique de perles. Les cheveux sont symbolisés par un bouquet de fibres tressées terminées par des perles, évocation des coiffures en boulette fali. Enfin, pour accentuer encore ce réalisme, le corps de l'objet a été passé à l'ocre rouge, à la manière des corps des Fali recouverts, jusque dans les années 1970, d'une ocre rouge grasse servant à les hydrater et les protéger du soleil.

Les autres jouets sont en terre cuite. Si le travail de la terre est l'apanage des femmes (confection des poteries et statuettes rituelles), les jouets en terre cuite sont, eux, produits par les hommes. Ils peuvent être de nature anthropomorphe ou zoomorphe.

4