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 Du pagne au paréo
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Du pagne au paréo

Ce premier grand thème fait référence à l'adoption occidentale d'une pratique vestimentaire connue sur tous les autres continents depuis très longtemps : le pagne ou le paréo. Ce vêtement devenu universel cache en réalité une diversité de techniques de fabrications et de modalités de port suivant les cultures.

Tapa océaniens

Le tapa est devenu le terme générique employé par les navigateurs européens du XIXe siècle pour désigner les étoffes d'écorce connues dans toute la Polynésie, dans le sud du Vanuatu, les îles Salomon sur les côtes et dans le nord-ouest de la Nouvelle-Guinée.

Fabrication du tapa en Océanie

Le principe de fabrication consistait dans un premier temps à récupérer le liber (fibres interne de l'écorce d'arbre) de l'arbre à pain, du banian ou du mûrier à papier et de les tremper afin de les assouplir. Les fibres étaient ensuite récupérées et battues sur une longue poutre en bois (de deux à trois mètres) ou sur une petite table basse au moyen d'un battoir aux formes variables.
Dans les îles de la Société, par exemple, la tête du battoir était constituée par quatre faces comprenant des rainures plus ou moins serrées. D'autres comprenaient des motifs qui s'imprimaient sur l'étoffe au moment du battage.
Cette opération, exclusivement féminine, permettait l'obtention de bandes par agglutination des fibres, qui étaient à leur tour assemblées selon le même principe. L'ornementation de l'étoffe pouvait être réalisée par trempage puis par impressions de motifs au pochoir, par frottage ou par exécution de dessins à main levée. En Polynésie occidentale, des matrices d'impression étaient parfois utilisées. Les pigments provenaient de matières végétales et minérales. La teinture noire (kesa) aux Fidji était par exemple obtenue à partir de la graine d'Aleurites mollucana et l'écorce de palétuvier donnait une couleur brune.

Fonction du tapa

Le tapa avait diverses fonctions (linceul, marqueur de propriété, etc.) dont celui de vêtir notamment à l'occasion de cérémonies importantes (mariage). L'accumulation d'étoffes était une marque de richesse et de statut. Portées à la taille ou en ponchos (tiputa tahitien), les étoffes non décorées étaient utilisées tous les jours tandis que les belles étoffes blanches parfois ornées étaient réservées aux classes supérieures. Au XIXe siècle, l'influence européenne se fait sentir avec l'apparition de motifs figuratifs telles les fougères. L'utilisation du tapa n'est plus exclusive. Des coopératives poursuivent la production avec des modifications de motifs. Aujourd'hui, les tissus d'importation ont supplanté le tapa traditionnel qui est néanmoins toujours utilisé dans les contextes d'échanges cérémoniels.

Les pagnes africains

Le pagne africain est une étoffe rectangulaire pouvant servir aussi bien de vêtement que de couverture. Pour ce qui est du vêtement, il se caractérise par la diversité des techniques de fabrication et des matériaux.

Fabrication des pagnes africains

Comme en Océanie, la technique du tapa est connue de certaines populations africaines tels les Pygmées d'Afrique centrale ou les Mangbetu de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre). Les hommes sont chargés du battage des fibres au moyen de battoirs en bois ou en ivoire et les femmes du décor de l'étoffe (impressions aux doigts, réalisation de motifs figuratifs ou géométriques).

Mais, la majorité des pagnes est tissée. Quatre types de fibres textiles existent : le coton (bourre filée par les femmes), la laine (poils de chameaux, chèvres ou moutons), la soie (chrysalide du bombyx sinon de l'araignée) et le raphia (fibres du palmier Raphia farinifera originaire de Madagascar) bien que l'utilisation de la laine et de la soie reste très limitée.

Le tissage est une activité quasi exclusivement masculine, réservée à une certaine catégorie d'individus qui maîtrise des connaissances ancestrales. Il est pratiqué sur des métiers verticaux ou horizontaux. Une fois tissée, la pièce d'étoffe fait l'objet d'une teinture réalisée par application ou immersion (avec parfois l'utilisation de la réserve à la cire dite technique du batik). Les pigments ont une origine végétale. Le bleu est obtenu à partir des feuilles d'indigo transformées en boules ; la sève et l'écorce d'un arbuste (sorbier au Bénin), la noix de ngola (tukula) ou le sorgho pilé donnent le rouge ; le jaune provient de la racine de gingembre sauvage tandis que le noir est obtenu à partir du charbon de bois.

Fonction des pagnes africains

Utilisé comme vêtement, le pagne est porté enroulé autour de la taille ou sous les bras pour les femmes. Sa qualité et les modalités de port rendent compte d'un statut. Les pagnes en raphia rouge dit ntango en Afrique centrale étaient par exemple portés autour de la taille par les chefs à l'occasion de leurs funérailles. Le lembe lembe, petit pagne féminin en raphia court, servait lors des danses funéraires. Chez les Kuba de la République Démocratique du Congo, les ntshak (longues étoffes en raphia tissé et à décor appliqué) servaient de pagnes à la famille royale et à l'aristocratie lors des cérémonies. Il arrivait également autrefois que le dignitaire inaugure, au moment de son intronisation, de nouveaux motifs symbolisant des contes, des proverbes ou des évènements historiques. Aujourd'hui, les pagnes industriels de type wax, importés des Pays-Bas, évoluent au gré des modes mais témoignent toujours du statut de l'individu.

Les pagnes américains

L'utilisation du pagne dans les Amériques semble avoir été moins répandue que sur les deux autres continents extra-européens. Néanmoins, plusieurs populations d'Amérique du nord et du sud fabriquent ce type de vêtement.

Fabrication des pagnes américains

Les matériaux sont très diversifiés suivant les endroits. Dans le sud-est et le sud-ouest des États Unis, les Amérindiens portent des pagnes en peau, en coton, en écorce ou encore en poils de bison. En Amérique du Sud, les fibres textiles les plus utilisées sont le coton, le liber de palmier, les orties, les fibres de la famille des broméliacées ; la verroterie ou les plumes sont davantage privilégiées. Les fibres de palmier (tucum) sont tordues à la main ; en revanche les fibres de coton sont filées au fuseau.

Fonction des pagnes américains

Les pagnes américains sont portés quotidiennement aussi bien par les hommes que par les femmes au niveau de la taille et maintenus par un lacet de coton. Mais suivant la nature des matériaux, certains pagnes sont réservés à un sexe plutôt qu'à l'autre. Les pagnes en plumes sont, par exemple, exclusivement portés par les hommes au cours des fêtes. Ceux en liber de palmier sont féminins chez les Karaja et masculins chez les Tukano (Brésil).

Le paréo européen

Le paréo est apparu en Europe à la suite des voyages d'exploration dans le Pacifique ; les navigateurs rapportaient à leurs femmes ces étoffes que portaient les Polynésiennes. Le paréo entre réellement dans la mode vestimentaire balnéaire avec l'avènement des premiers congés payés. Il fait référence dans l'imaginaire collectif au paradis terrestre polynésien. Ainsi parée, la femme s'identifie à la Vahiné des îles. Porté autour des hanches ou noué derrière le cou, sa fabrication est très éloignée des productions artisanales polynésiennes (coton, couleurs vives et motifs naturalistes).

Le mode d'impression pour reproduire les motifs sur les textiles est la sérigraphie, c'est un mode industriel. Cependant, les créations de motifs restent toujours manuelles et certains dessins sont même sculptés dans du bois afin d'obtenir des textures plus authentiques.


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