Une céramique particulière : la faïence

« La céramique est un mot d'origine grecque - keramos – qui signifie « argile ». Ce terme générique désigne l'ensemble des objets fabriqués en terre qui ont subi une transformation physico-chimique irréversible au cours d'une cuisson à température plus ou moins élevée. La céramique est le premier « art du feu » à apparaître, avant le travail du verre et du métal, au cours de la préhistoire. Utilitaire ou expression artistique, elle reflète les changements des modes de vie et témoigne des progrès techniques (maîtrise des quatre éléments naturels - la terre, l'eau, le feu et l'air.) Elle restitue les coutumes, les habitudes alimentaires et les pratiques cultuelles d'un peuple à une époque donnée. Objet du quotidien, sujet d'étude ou œuvre d'exception, la céramique demeure une source inépuisable d'inspiration. » 1

Elle possède des caractéristiques très différentes selon la nature de ses composants et la température de cuisson. On distingue plusieurs catégories : poteries poreuses, terres vernissées, poteries siliceuses, grès, faïences, porcelaines tendres ou dures...

Celle qui nous intéresse ici est la faïence stannifère. Selon Alexandre Brongniart2, il s'agit « d'une céramique à pâte argilo-calcaire recouverte d'un émail stannifère (à base d'étain) cuit dans un deuxième temps et décoré ou non à l'aide d'oxydes métalliques. » En pratique, les pièces de faïence sont façonnées, c'est-à-dire moulées ou tournées à partir d'une argile commune. Celle-ci a auparavant été broyée, nettoyée, lavée, de manière à obtenir un mélange homogène ; elle a reposé ensuite plusieurs mois : c'est le pourrissement.

Après le façonnage et le séchage, la pièce est cuite une première fois dans la chambre du dégourdi3 à la température d'environ 800°. On obtient alors un biscuit. Cette température permet à l'objet de conserver sa porosité, nécessaire à l'émaillage.

À la sortie du four et après refroidissement, le biscuit est trempé dans un bain d'émail imperméabilisant, additionné d'oxyde d'étain, qui possède la propriété de rendre la glaçure blanche et opaque. La couleur de la pâte étant dissimulée, la faïence présente un fond blanc idéal pour recevoir des décors peints, cuits soit au « grand feu »4, soit au « petit feu »5. Les faïences étudiées ici sont cuites au grand feu, à une température d'environ 950°, en partie basse du four cette fois.

  1. Définition issue du site internet de la cité de la céramique de Sèvres.
  2. Alexandre Brongniart : savant et minéralogiste, administrateur de la Manufacture de porcelaine de Sèvres de 1800 à 1847, et auteur notamment d'un Traité des arts céramiques ou des poteries considérées dans leur histoire, leur pratique et leur théorie.
  3. Chambre du dégourdi : le tiers supérieur du four à faïence.
  4. Grand feu : le décor est peint sur l'émail cru et cuit avec lui en deuxième cuisson de l'objet.
  5. Petit feu : le décor est peint sur émail cuit, en troisième cuisson de l'objet.