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Texte complet

C’est pour l’Exposition Universelle de 1889, que Prosper Jouneau avait conçu ce projet grandiose d’un plafond en faïence qui lui apporta la gloire et la considération. Ce travail occupait d’ailleurs la place d’honneur dans la voûte du pavillon destiné à la section céramique de l’Exposition Universelle.

Une vente manquée…

Cette pièce unique, réalisée dans son atelier de Parthenay, lui demanda plus d’un an de travail et plusieurs années de préparation et fut récompensée par une médaille d’or et les félicitations personnelles du président de la république d’alors, Sadi Carnot. Encouragé très vivement par Antonin Proust, ministre de l’instruction publique et des beaux arts, d’origine niortaise, Prosper Jouneau comptait beaucoup sur l’achat de cette réalisation par l’État pour l’un de ses palais nationaux, comme la proposition lui en avait été faite. Il semble probable que cette promesse aurait été tenue si les mésaventures du canal de Panama n’avaient entraîné la chute du ministre.
Demeurant seul avec cette réalisation encombrante dans laquelle il avait engagé sa fortune personnelle et celle de ses associés, Prosper Jouneau chercha un acquéreur digne de son œuvre. Déjà, en pleine Exposition Universelle, une clientèle étrangère très intéressée lui avait proposé des sommes aussi importantes que celles qui lui avaient été promises par l’État (25 000 F). Ne voulant pas trahir sa parole et, confiant dans celle de son ministre, Jouneau déclina ces offres. C’est à cette époque également que ses associés se séparèrent de lui. Il ne put alors rembourser les sommes engagées dans la réalisation de ses gigantesques projets. Le plafond lui-même resta à l’abandon dans les faïences de Parthenay après le départ de l’artiste, qui alla s’installer dans un atelier indépendant où il demeura une dizaine d’années.
C’est vers 1898, qu’Amirault alors directeur des faïenceries, le vendit pour 1500 F, prix dérisoire, à Auguste Tolbecque, musicien, luthier, écrivain niortais, riche collectionneur et propriétaire du Fort Foucault.

La passion de la céramique

Né en 1852 à Parthenay d’une famille d’ouvriers, Prosper Jouneau passa sa jeunesse à Niort. Il se révéla très vite fort doué pour le dessin et les arts plastiques. Élève de l’école des Beaux-Arts de Poitiers, il obtint dès l’âge de 14 ans une récompense pour une sculpture ; puis devint boursier du département des Deux-Sèvres, ce qui lui permit de fréquenter l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris.
Vers 1875, l’État lui acheta une statue pour le musée du Luxembourg. C’est en visitant l’Exposition Universelle de 1878 qu’il se prit de passion pour l’art de la céramique. Il suivit alors des cours solides à la manufacture de Sèvres. Quelques temps après, il s’installa à Parthenay et fonda une société dans laquelle on trouve le nom d’un autre faïencier de talent, Amirault. Négligeant les fabrications industrialisées ou en séries, plus rentables, Jouneau s’attacha à concevoir des modèles particulièrement élaborés, d’une technique probablement jamais égalée par laquelle il voulait rivaliser avec les fabrications dites « des faïenciers d’Oiron », du XVIe siècle et dont les musées européens ne conservent que de très rares exemplaires.
Les faïences de Jouneau présentent tous les tours de force réalisés dans le domaine de la céramique, ajourage, pâtes d’applications, incrustations de terres de couleurs, souvent exécutées au petit fer de relieur, décors d’applique, glaçures colorées.
L’abondance de nombreux détails qui ne peuvent être vus que de très près, caractérise cette production nécessitant malheureusement beaucoup trop de main d’œuvre pour être rentable. Malgré le succès extraordinaire de ses productions, Jouneau ne parvint pas à rentabiliser suffisamment l’entreprise qu’il quitta en 1902 pour aller enseigner à l’École des Beaux-Arts de Montpellier. Les cours de céramique qu’il prodigua attirèrent rapidement un très grand nombre d’élèves et lui valurent une très grande réputation. Il mourut en 1921.

Un plafond remarquable

De format à peu près carré, le plafond présenté au musée d’Agesci mesure environ trois mètres de côté. Il est constitué de trois types d’éléments principaux : des caissons carrés, des éléments de bordure et une coupole centrale hémisphérique, tous suspendus par des fils de fer à l’armature en bois du plafond.
Les caissons, à raison de sept par côté, abritent des fleurons en décors d’applique de deux modèles différents. Ce sont les modèles de base du plafond dont la dimension pouvait ainsi être agrandie ou réduite. Tous les motifs d’angles de ces caissons sont différents et leur mouluration interne ajourée. À chaque jonction des caissons, on remarque un cul de lampe, orné de motifs incrustés, tous différents d’un modèle à l’autre et extrêmement fins. Les éléments de bordure sont constitués d’une succession de moulurations superposées. Chaque moulure étant prétexte à une décoration différente, on remarque entre autres une série d’arcatures ajourées reposant sur de petites consoles. La coupole centrale est partagée en quatre. Chaque élément ainsi constitué étant orné d’un décor de rinceaux et grotesques en pâtes d’application sur fond bleu vert . Cette coupole est soulignée à sa base par des éléments étonnants de virtuosité, constitués de clefs et pendentifs en forme de dais abritant des statuettes. Ces dernières représentent des rois et reines de la Renaissance, époque qui a vu apparaître les fameuses faïences d’Oiron ou de Saint-Porchère que l’artiste voulut égaler. À ces éléments s’en ajoutent d’autres, tels que feuilles d’acanthes, chimères, etc. fixés aux points de jonction des caissons et éléments de bordure et jouant le rôle de couvre-joints.
Le génie de Prosper Jouneau réside ainsi dans la conception technique de cet ensemble assez facilement démontable et remontable, qui lui fait devancer de près d’un siècle les plafonds suspendus qui ont désormais envahi notre architecture contemporaine.