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Faïences parlantes ou l'histoire racontée par les assiettes

La faïence patronymique

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Statuette de Vierge à l'Enfant (faïence de Nevers)

Est appelée « faïence patronymique » celle dont le décor associe un prénom, un nom de famille et une date à une image, souvent la représentation du métier ou du saint patron du commanditaire (celui qui commande la pièce).
Ces faïences nous « parlent » : elles racontent des bribes de la vie de leurs propriétaires, évoquent leur métier…

L’origine de la faïence patronymique

L’origine de la faïence patronymique est double :

1- La statuaire religieuse

Il faut remonter au Moyen Âge pour comprendre ce phénomène. Les hauts personnages du royaume ont pris l’habitude de se placer sous la protection d’un ou plusieurs saints patrons et de prendre leur symbole comme effigie.

Dès le début de la production de céramiques à Nevers, des sculptures en faïence ont été produites. La faïence, de meilleur marché, constitue un produit de remplacement du marbre. Ces statues devaient être placées dans les chapelles latérales des églises. Ces pratiques ont pu donner lieu avec le temps à une dévotion domestique privée dont les faïences patronymiques gardent le souvenir.

2- La revendication identitaire

Au XVIIe siècle, la noblesse connaît des problèmes identitaires face aux mesures restrictives de Louis XIV, suite à l’épisode de la Fronde (vers 1650). Parallèlement, les nouveaux bourgeois anoblis ressentent le désir d’affirmer ce statut récemment acquis. Ce besoin passe par la multiplication des armoiries gravées dans la vaisselle. Par conséquent, avec l’essor de la faïence, des services aristocratiques décorés de ces emblèmes se développent jusqu’à gagner la bourgeoisie. Ces pièces connaissent une large diffusion du fait de leur coût peu élevé. Elles sont alors acquises par les bourgeois voulant imiter la noblesse. Ils prétendent  à un statut d’aristocrate faute d’en avoir le titre, en passant des commandes de faïences  portant des blasons de fantaisie ou même leurs propres noms. À partir de ce phénomène socio culturel, la faïence patronymique nivernaise apparaît et est diffusée.

À Nevers, les manufactures se multiplient répondant toujours à une demande croissante de cette nouvelle clientèle. La ville fait aussi des travaux  sur son port pour faciliter le commerce. La faïence devient, petit à petit, un produit de consommation courante véhiculant des images dans le domaine domestique.

 

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Petit bénitier au décor bleu