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Faïences parlantes ou l'histoire racontée par les assiettes

La faïence révolutionnaire

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Assiette révolutionnaire

Est appelée « faïence révolutionnaire » celle produite de 1789 à 1799 et dont le décor reprend les emblèmes et les événements de la Révolution. Ainsi, grâce à ces céramiques, nous possédons une version « racontée par les assiettes » des faits de la Révolution française.

Le contexte de la fabrication

Les principaux événements de 1789 se déroulent à Versailles et à Paris alors que les faïenceries sont situées, dans leur grande majorité, en province. Par conséquent, il existe un décalage entre les événements et les décors. Selon les recherches, il est fort probable que les premières faïences à décor révolutionnaire aient été réalisées durant l'automne 1789. L'apogée de la production est atteint dans les années 1790-1792, notamment pour les ateliers du centre de la France. Puis elle diminue progressivement jusqu'en 1794 pour s'adapter aux événements politiques et disparaît ensuite. La faïence devient, pendant les années révolutionnaires, un moyen de diffusion des nouvelles idées.

La IIIe République a développé toute une symbolique autour de la Révolution française et de ses événements marquants. Le 14 juillet, jour de la prise de la Bastille, devient fête nationale. La célébration du centenaire de la Révolution a entraîné la multiplication des copies des faïences révolutionnaires.

Assiette révolutionnaire – Nevers – copie polychrome de la fin du XIXe siècle – n° d’inventaire 9012.

Cette assiette est décorée du motif de la réunion des Trois Ordres. Cette imagerie se développe sur les faïences à partir de 1791 - 1792 et se poursuit jusqu’en 1793. Le décor représente un monticule de terre avec les emblèmes des trois ordres de la société d’Ancien Régime : la croix papale (à trois traverses) pour le Clergé, la bêche pour le Tiers-État et l’épée pour la Noblesse. Elle évoque les premiers mois de la Révolution française dans lequel l’ensemble du peuple s’est uni dans une même recherche de justice et d’égalité : réunion des États-Généraux à Versailles, Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, abolition des privilèges…

Assiette révolutionnaire – Nevers – copie polychrome de la fin du XIXe siècle ou début XXe siècle – Don Jules Duvau -  n° d’inventaire 9024.

Son décor représente la prise de la Bastille, motif inspiré par les estampes puis repris et simplifié par les faïenciers, sur un émail craquelé.

Cette scène se trouve au centre de l’assiette, elle est encadré par une devise « Vivre ou mourir ». Ici, la Bastille est traitée comme une citadelle assiégée. Au premier plan, deux personnages regardent la forteresse ; à coté d’eux se trouvent deux canons. Au deuxième plan, des remparts enferment la forteresse. Elle a quatre tours crénelées au sommet desquelles se trouve un drapeau bleu entouré de lances. En arrière-plan, des arbres se devinent.

Cette image de la Bastille devient à partir de 1792 celle de la France assiégée par les puissances contre-révolutionnaires, puis sous la IIIe République celle de la France vaincue par les Allemands et qui a les yeux fixés sur la ligne bleue des Vosges.

Au XIXe siècle, l’imagerie d’Épinal, l’historiographie et la politique des commémorations feront de la prise de la Bastille, l’image-symbole qui nous est devenue familière aujourd’hui : la fin de la tyrannie de l’Ancien Régime et le début d’une ère de liberté.

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Détail d'une assiette révolutionnaireDétail d'une assiette révolutionnaire (copie fin XIXe-début XXe)