Le contexte : la Croisière jaune (4 avril 1931-12 février 1932)

 

Dans la lignée de la Première Traversée du Sahara (1922-1923) et de la Croisière Noire (1924-1925), la Croisière Jaune, il y a plus de 80 ans, défraie la chronique. Une poignée d'hommes, sous la direction d'André Citroën, arrive le 12 février 1932 à Pékin au terme d'une incroyable épopée de plus de 13 000 km à travers la mystérieuse et captivante Asie Centrale. Le monde entier suit cette formidable mission technique, scientifique et artistique que rien n'arrête…

Des croisières à l'initiative d'André Citroën

Portrait d'André Citroën Portrait d'André Citroën Portrait d'André Citroën Photographie contrecollée sur carton
Don Ariane Audouin-Dubreuil, n°2006.3.1
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Après une brillante scolarité, André Citroën (1878-1935) entre en 1898 à l'École Polytechnique. En 1902, il crée une usine où il met en œuvre une technique originale de taille des engrenages en forme de chevrons dont il a acquis le brevet en Pologne.

Rapidement, les commandes abondent dans son atelier du faubourg Saint-Denis et les fabrications se diversifient à destination des automobiles, de l'aviation et des machines-outils. Citroën ouvre des succursales à Londres, Bruxelles, Moscou et en Autriche-Hongrie.

Nommé directeur général de la Société des Automobiles Mors en 1908, il est chargé de redresser les finances et de réorganiser la fabrication des véhicules. Après avoir modifié les méthodes de travail, André Citroën multiplie la production de voitures par six en quatre ans seulement.

C'est dans cette entreprise qu'il rencontre Georges-Marie Haardt, le futur commandant des expéditions, qui occupe alors le poste de directeur commercial.

André Citroën s'illustre en outre brillamment pendant la Première Guerre mondiale, en fournissant quantité d'obus depuis son usine de Javel. Dès la fin de la guerre, il se lance dans la fabrication d'une voiture populaire de grande série suivant les principes de l'américain Frederick Winslow Taylor.

Fabrication d'obus Fabrication d'obus Fabrication d'obus 1915 - Grand atelier d'usinage et de montage, Usine du quai de Javel à Paris
Photographie
Acquisition, n°2014.1.2
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Dans les ateliers Citroën Dans les ateliers Citroën Dans les ateliers Citroën Photographie
Acquisition, n°2014.1.13
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Vers 1920, André Citroën rencontre Adolphe Kégresse, responsable des véhicules automobiles du tsar de Russie et inventeur de chenilles destinées à équiper les voitures devant rouler en terrains difficiles. André Citroën y voit le moyen de développer la production de voitures utilitaires. Des démonstrations ont lieu en France (Paris, Alpes, Pyrénées). Mais André Citroën, qui voit les choses en grand, imagine de lancer des expéditions lointaines qui mettront en valeur les capacités des autochenilles et pourront, dans le contexte colonial des années 30, ouvrir de nouveaux marchés.

On ne peut taire, dans la personnalité d'André Citroën, sa soif de conquête : dès son plus jeune âge, Citroën est passionné par les écrits de Jules Verne. Il s'identifie particulièrement à un héros : l'ingénieur Robur le Conquérant du roman éponyme, le célèbre inventeur de l'Albatros, une machine volante digne du Nautilus grâce à laquelle il réalise un grand périple autour du monde.

Après la Traversée du Sahara et la Croisière Noire en Afrique, André Citroën lance en 1931 ses véhicules dans une extraordinaire aventure à travers l'Asie…

Kurdes, Kermanchah Kurdes, Kermanchah Kurdes, Kermanchah par Alexandre Iacovleff
Illustration extraite de Dessins et Peintures d'Asie, planche 5.
Acquisition, n°2013.3.1.7
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Pourquoi le continent asiatique ?

Itinéraire de la Croisière Jaune Itinéraire de la Croisière Jaune Itinéraire de la Croisière Jaune Carte géographique
H. 55,8 ; L. 72
Musée de Saint-Jean-d'Angély, n°2015.3.10
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Les membres de la mission Citroën Centre-Asie Les membres de la mission Citroën Centre-Asie Les membres de la mission Citroën Centre-Asie Papier, encre
Don Louis Audouin-Dubreuil, n°2014.1.51
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Plus que tout autre, plus encore que le continent africain, l'Asie a toujours fasciné les Occidentaux par sa densité, les murailles de ses massifs formidables et l'isolement de ses déserts, son caractère secret et la diversité de ses populations. On a tous en mémoire les premières incursions d'Alexandre le Grand sur le continent ou encore les fameuses Routes de la soie suivies au XIIIe siècle par l'illustre voyageur vénitien Marco Polo. L'objectif de cette expédition est de tracer une route d'échanges économiques, humains et culturels entre l'Orient et l'Occident.

L'organisation de cette croisière est cependant particulièrement compliquée : il suffit de regarder la carte de l'Asie pour entrevoir aussitôt l'ampleur du projet. L'idée initiale est de rallier Pékin en passant par Beyrouth, la Syrie, l'Irak et la Perse puis en remontant vers la mer Caspienne, le Turkestan russe, le Sin-Kiang pour traverser le désert de Gobi jusqu'à Pékin. Mais la prise de pouvoir en URSS par Staline en 1929 et la politique de collectivisation des terres, qui provoque des révoltes paysannes, remettent en cause ce projet.

André Citroën, qui ne se laisse pas abattre, repense alors le trajet. L'équipe est scindée en deux : le Groupe Pamir avec à sa tête le chef de l'expédition Georges-Marie Haardt, partira de Beyrouth en direction de Pékin et franchira l'Himalaya ; le Groupe Chine, sous la direction de Victor Point, ira à contre-sens et traversera le désert de Gobi.

Après trois années de préparatifs intenses, le départ est donné…

 

 

 

Dans le désert de Gobi Dans le désert de Gobi Dans le désert de Gobi par Alexandre Iacovleff
Illustration extraite de Dessins et Peintures d'Asie, planche 33.
Acquisition, n°2013.3.1.40
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La Croisière Jaune ou 3ème mission Georges-Marie Haardt - Louis Audouin-Dubreuil : l'une des épopées les plus extraordinaires du XXe siècle

Comme lors de la Croisière Noire, André Citroën entendait une nouvelle fois démontrer sa supériorité technique à organiser et accomplir un raid dans des conditions difficiles où personne n'avait réussi auparavant. Il s'agissait même, lors de la Croisière jaune, de concevoir une expédition de plus grande envergure et plus difficile encore. Cette troisième expédition serait le moyen de témoigner de la réussite des hommes, mais surtout de l'automobile, à abolir les frontières géographiques, culturelles et politiques dans le monde.

La Croisière Jaune, commandée par les fidèles Georges-Marie Haardt et Louis Audouin-Dubreuil, a été une épopée au sens noble du terme. Une aventure extraordinaire où des hommes seront impliqués totalement : malgré de nombreux bouleversements, en l'espace de 10 mois, 14 autochenilles et 48 hommes ont traversé le continent asiatique de part en part à travers déserts et montagnes, et parfois au péril de leur vie. Georges-Marie Haardt, épuisé et malade, décède peu après l'arrivée de l'expédition en Chine.

Mais la découverte de civilisations millénaires, la rencontre avec les populations autochtones et la portée des travaux scientifiques menés ont été telles que l'histoire a retenu que cette épopée, malgré ses difficultés, a été un exemple inoubliable de la capacité humaine à vaincre l'adversité.