Combien de fois, ridicules vestales affublées de fourrures, nous sommes-nous réunis à la veillée auprès des voitures pour ranimer les moteurs, pour maintenir leur température ? De longues et intimes causeries où revivaient d'anciens souvenirs d'Afrique, où s'ébauchait déjà le programme des travaux futurs autour d'un feu de broussailles et de bouses desséchées, trompaient notre lassitude lisible sur tous les visages fatigués où palpitaient les lueurs vacillantes de la flamme : éléments d'un tableau conçu au cours de ces nuits glaciales. (Alexandre Iacovleff, Dessins et peintures d'Asie. Croquis et notes de voyage, édité sous la direction de Lucien Vogel, chez Jules Meynial, Paris, 1934.)

« Feu de bivouac dans le désert de Gobi », Alexandre Iacovleff Fiche de l'œuvre...
Œuvre entrée dans les collections du musée municipal de Saint-Jean-d'Angély en 1957 (don Maurice Penaud).

Sujet

Alexandre Iacovleff (portrait signé à l'angle inférieur gauche et daté de 1934) dessine ici ceux qu'il nomme ses compagnons d'aventure habitués à la vie nomade. À travers ce dessin magistral, il rend en effet hommage à l'audace, à l'endurance et au dévouement des membres de la troisième mission Georges-Marie Haardt - Louis Audouin-Dubreuil, qui ont affronté tant d'obstacles tout au long de leur épopée à travers l'Asie.

Les membres des deux groupes, Pamir et Chine, fêtent leurs retrouvailles en octobre 1931, dans la province chinoise du Sin-Kiang, au cœur du grand désert de Gobi, par -30°. De gauche à droite et de bas en haut sont représentés : Alexandre Iacovleff lui-même, Louis Audouin-Dubreuil, Joseph Hackin, Georges-Marie Haardt, Clovis Balourdet, Maurice Penaud, Victor Point et le chien Paris.

Ces hommes, dominés par la figure tutélaire du chef, sont regroupés autour d'un feu. Ils sont emmitouflés dans leur veste de mouton, coiffés de bonnets d'astrakan ou de toques de fourrure, et gantés de moufles.

Ce dessin est l'occasion de rappeler que la Croisière Jaune, illustrée par A. Iacoveff, fut un défi mécanique mené par toute une équipe.

Technique

Bivouac dans le désert de Gobi est un dessin sur papier vélin, à la pierre noire, à la sanguine et au pastel, de grand format rectangulaire (H 243 cm, L 165 cm).

L'ensemble est doublé sur un contre-plaqué avec un papier vélin intermédiaire.

Il apparaît que la technique graphique est très fortement fixée. On note des brillances plus ou moins soutenues selon la technique du dessin : les zones denses en sanguine et en pierre noire sont plus brillantes que les zones où le papier est en réserve. Il semble aussi que le fixatif a été posé au pinceau, et ponctuellement, sur les zones plus chargées.

C'est une composition ouverte, on pourrait prolonger la scène représentée. Iacovleff a réalisé un contraste « thermique » entre couleurs chaudes au premier plan et couleurs froides à l'arrière, procédé qui permet l'instauration d'une atmosphère si vivante qu'on a l'impression d'être au cœur de l'action.

Lieu de réalisation

Ce tableau d'Alexandre Iacovleff a été réalisé à Paris, au retour de l'expédition. Si l'artiste a pu exécuter beaucoup de dessins d'après modèle en Afrique, il a en Asie été frappé d'interdiction de peindre dans certaines régions, à l'instar du Turkestan. Les conditions de voyage ont aussi rendu malaisée la tâche du peintre. Lors de la Croisière Jaune, Iacovleff s'est souvent borné à exécuter quelques esquisses, le bras tendu pour atténuer les cahots de l'autochenille. Il a dessiné des croquis rapides, pris des notes et recueilli une documentation qu'il a ensuite retravaillée longuement dans son atelier parisien.