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LA COLLECTION FIOCCHI ET LA GALERIE BEAUX-ARTS DE ROCHEFORT

 

LA COLLECTION FIOCCHI

Donnée deux ans avant l'inauguration du musée de Rochefort, la collection Fiocchi est l'un des fonds constitutifs des collections Beaux-Arts. La vie et la personnalité du collectionneur Alexandre Fiocchi qui était aussi peintre miniaturiste demeurent en grande partie mystérieuses. L'homme n'a rien de l'amateur fortuné comme le dix-neuvième siècle en connut beaucoup. C'est au contraire au prix de quarante ans de recherches patientes qu'il parvint à constituer sa collection. A l'instar des grands collectionneurs, comme le Duc de Morny ou His de la Salle, qu'il fréquentait d'ailleurs à Paris, Fiocchi écume les brocantes les plus poussiéreuses pour réunir des témoignages éclatants de l'art ancien ou des toiles de certains de ses contemporains en vogue.

Ses choix stylistiques reflètent les partis pris d'une société éprise d'art ancien européen. Tous les grands noms sont là pour une collection qui trahit la vénération des amateurs du dix-neuvième siècle pour le métier et la belle ouvrage des grands aînés. Autour d'une pièce majeure : l'esquisse du Lycaon changé en loup par Rubens, l'homme a rassemblé des primitifs flamands et italiens, une formidable scène guerrière due au Michel-Ange des batailles et, affirme-t-il, un Véronèse, un Bronzino, un Vinci, des dessins de Boucher, de Fragonard…Les modernes d'alors -Ingres et Delacroix- sont restés inaccessibles pour sa bourse mais sa collection s'est cependant enrichie de deux Géricault, deux Decamps, un Michallon. Une collection fruit d'un patient travail d'investigation mais auréolée des plus grands noms de l'histoire de l'art.

Pour la ville de Rochefort, il n'y a dès lors pas grande place pour l'hésitation à accepter l'offre de Fiocchi lorsqu'il propose, en 1859, de donner l'ensemble de ses œuvres en échange d'un poste de conservateur. Le conseil municipal agrée sa proposition au mois de novembre 1859. Fiocchi quitte alors Paris et entre en fonction le 1er janvier 1860. Après avoir envisagé de céder 30 tableaux et 80 dessins à la commune, le collectionneur se sépare finalement d'une quarantaine de toiles et de plus d'une centaine de dessins.

Saluée par la presse locale au moment de sa présentation au public, la collection Fiocchi fit assez rapidement l'objet de critiques sur son authenticité. Ainsi, en 1866, les Tablettes des deux Charentes ouvrent leurs colonnes à Almonzor, un journaliste parisien de passage à Rochefort, qui fustige les trésors de la collection Fiocchi et dénonce l'incompétence du conservateur :
"Sur le côté gauche sont confusément agglomérées de très médiocres toiles anciennes, fastueusement attribuées aux plus grands maîtres. Voilà, si je ne me trompe, une maladresse insigne."

Aujourd'hui, si beaucoup d'attributions ont effectivement été revues avec davantage d'humilité, la collection reste cependant inestimable. Il n'y est plus question de Vinci ou de Véronèse, toujours toutefois de Rubens, mais les œuvres d'atelier conservent toute leur valeur, telles notamment, les deux Vierges à l'Enfant, le Servandoni, le Christ portant sa croix (école allemande), les Michallon, la reine de Saba…

UN ECRIN POUR LA COLLECTION : LA GALERIE BEAUX-ARTS

En dépit de nécessaires réajustements, cette collection, tous supports confondus, représente un modèle culturel qui, selon le vœu de Fiocchi, devait être "goûté par des gens qui comprendront le mérite de nos grands maîtres." De tels "gens" existent bel et bien dans le Rochefort du milieu du dix-neuvième siècle. Ce sont ces amateurs que mentionne le catalogue d'une exposition de peinture en 1857 : les notables locaux ont en effet prêté des Poussin, des Greuze, des toiles de Boucher, de Oudry… A ceux-là s'ajoutent aussi les jeunes artistes qui fréquentent assidûment le musée pour copier les grands maîtres.

Objet de délectation et source d'enseignement, la collection Fiocchi arrive à point nommé à Rochefort. Dès 1851, Roy-Bris sollicitait la collaboration de ses concitoyens afin de "doter sa ville d'un établissement aussi éminemment utile [qu'un musée]". Dix ans plus tard son vœu est exaucé : la ville de Rochefort inaugure son Musée-bibliothèque. De tels temples de la culture, on en voit alors fleurir beaucoup en France et en Europe. Celui de Rochefort n'échappe pas à l'une des grandes lois du genre : la coexistence dans un même lieu des livres et des œuvres d'art. Mais ce n'est pas le seul modèle culturel auquel sacrifie Rochefort. Fiocchi lorsqu'il entreprend l'accrochage des dessins se remémore sans doute ses visites au Louvre puisqu'il tient à adopter une baguette dorée et un passe-partout gris bleuté identique à ceux qu'utilisent les conservateurs du plus grand musée de Paris. Enfin, en 1865, l'aménagement d'une grande galerie "beaux-arts" avec éclairage zénithal affirme la volonté des édiles rochefortais de se doter d'un établissement conforme aux grands préceptes muséographiques de l'époque.

UN MODELE MUSEOGRAPHIQUE ?

Ce musée est aujourd'hui engagé dans une profonde restructuration. La préparation de ce chantier est l'occasion de réfléchir posément sur l'accrochage des collections Beaux-Arts. Pour un ensemble aussi homogène que la collection Fiocchi, il est apparu pertinent de revenir aux canons esthétiques du dix-neuvième siècle. Le nouvel accrochage superpose les œuvres, crée des rapprochements étroits entre les tableaux qui sont présentés sur un fond de velours cramoisi. Ce parti pris va à l'encontre de la muséographie du vingtième siècle. Celle-ci, réagissant justement contre l'entassement, avait tenté de libérer l'œuvre d'art en lui donnant souffle et espace. Ce faisant elle contribuait aussi à sacraliser l'objet en l'isolant. L'accrochage resserré constitue un autre modèle culturel, à partir des tableaux se compose une sorte de tapisserie et les rapprochements permettent de créer du discours, un dialogue entre les œuvres qui favorise aussi les comparaisons stylistiques. Or, c'était bien le propos de Fiocchi que de constituer un échantillon des grands exemples du passé et de la peinture de son époque. Par sa diversité sa collection permet de juger des peintres dessinateurs et des peintres coloristes, des fervents du réalisme et des partisans de l'idéalisation. La restituer dans un accrochage dix-neuvième, c'est lui rendre un peu de sa première identité qui la situait au confluent de la délectation, de l'érudition et du modèle didactique.

Fiches d'œuvres :

Belloc : Portrait de Madame de Mirbel

Peint aux alentours de 1830, ce portrait représente Madame Lizinca de Mirbel. Née en 1796 dans une famille modeste, elle commence de s'initier au dessin auprès du Baron Gérard. Comme Fiocchi, la jeune femme s'adonne très rapidement à la peinture miniaturiste. Elle peint aussi des aquarelles et participe assidûment aux salons parisiens entre 1819 et 1849. Son mariage en 1824 avec le botaniste Charles-François Brisseau de Mirbel lui permet d'étendre son cercle de relation. Elle fréquente les personnalités les plus en vue de son époque et, à partir de 1830 ouvre son salon aux écrivains et aux artistes. Proche des milieux romantiques, elle encourage Delacroix. Champmartin (dont le musée de Rochefort possède le monumental Massacre des Janissaires) fera d'elle un portrait qu'il présentera au salon de 1835. Celui que réalise Belloc vers 1830 la montre à son travail. Derrière le blanc éclatant de sa robe on distingue dans la pénombre la miniature sur laquelle travaille la jeune artiste qui fut une portraitiste très réputée.


Rubens : Lycaon changé en loup

Conçue entre 1636 et 1638, cette esquisse appartient à une série de compositions préparatoires au décor de la Torre de la Parada, pavillon de chasse de Philippe IV d'Espagne. Le roi lui- même choisit les sujets tirés des Métamorphoses d'Ovide que Rubens devait exécuter avec l'aide d'amis et d'élèves. Celle-ci illustre la punition infligée par Zeus à Lycaon, roi d'Arcadie qui avait provoqué sa colère :
" (…) un otage lui avait été envoyé du pays des Molosses, il l'égorge avec son poignard, fait bouillir une partie des membres de la victime à demi-glacée par la mort et rôtir le reste sur un brasier ardent : ces horribles mets sont portés sur ma table. Armé de feux vengeurs, je renverse à l'instant son palais et ses pénates…Il fut épouvanté : parvenu dans les campagnes silencieuses, il pousse des hurlements, mais il s'efforce en vain de parler… Ses vêtements se changent en longues soies et ses bras deviennent des jambes. Métamorphosé en loup, il conserve des vestiges de son ancienne forme : toujours blanchi par l'âge, ses traits respirent la même violence, ses yeux étincellent du même feu ; tout en lui porte l'image de la férocité. "

Rouget : Portrait de Lola Montès

Maria Dolores Eliza Gilbert, fille d'un officier britannique, après avoir épousé un capitaine, décida de devenir danseuse espagnole à Londres en 1843 sous le nom de Lola Montès. Elle exerça ensuite ses talents à Munich en 1846, où elle séduisit le roi Louis Ier, qui la fit comtesse de Lansfeld. Son influence politique ayant contribué à la révolution bavaroise de 1848, elle dut s'enfuir en Amérique.
Dans son œuvre d'une luminosité vibrante, Lola Montès apparaît dans toute sa beauté et sa fraîcheur. La prédominance du dessin, maîtrisé avec une grande sûreté, les couleurs brossée du fond affirment cependant l'héritage néoclassique dans le métier de Rouget. Elève de David, Rouget mêle aussi dans ce tableau les traditions flamandes et italiennes, du portrait sur fond de paysage. (d'après MP Prévost-Bault)

© Musées de la ville de Rochefort© Alienor.org, Conseil des musées

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