Le grès :
une céramique à pâte dure, colorée, opaque, imperméable

1. La pâte

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Les grès sont des céramiques formées d'argile à forte teneur de silice, appelée « argile grésante », parfois l'ajout d'un dégraissant (sable) est nécessaire pour en diminuer la plasticité. Leur cuisson à très haute température (1 280° C) les vitrifie et les rend imperméables.

Ils sont donc différents des poteries et des faïences, ils n'ont pas besoin d'un émail pour être étanches. Mais ils sont également différents des porcelaines blanches et transparentes car leur texture est opaque et colorée généralement grise ou marron.

2. L'aspect

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gourde

Les grès peuvent être mats ou brillants. La glaçure caractéristique du grès est obtenue par projection de sel marin au cours de la cuisson. Le sel réagit avec la silice de la pâte et donne une fine couche de vernis.

La technique de l’émaillage par trempage de l’objet avant cuisson dans une couverte à base de feldspath et d’oxydes colorants supportant une cuisson à haute température fait la beauté des grès d’Extrême-Orient et des productions modernes. La qualité de l’émail dont les couleurs varient avec la cuisson n'a cessé de passionner les potiers. Les cuissons au bois, conduites souvent en atmosphère réductrice, donnent des couvertes mates ou brillantes aux multiples aspects.

3. Le décor

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Le décor des grès est généralement constitué de motifs en reliefs (personnages, arcatures, grotesques…) obtenus par moletage ou par collage d'éléments moulés ou modelés. Les motifs peuvent également être estampés (grès du Beauvaisis au 16e siècle). La couleur du décor est généralement le bleu cobalt, seul oxyde supportant la cuisson à haute température.

La beauté de certains grès ne tient qu’à leur couverte obtenue par des oxydes métalliques qui leur donnent des tonalités variées.

4. De la Chine à l'Europe

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La technique du grès fut mise au point en Chine dès l'époque des Han (3e siècle av. J.-C.) où une poterie très dure présentait déjà toutes les caractéristiques de cette céramique, et ce n'est que sous les Tang, au 7e siècle, qu'apparaissent des produits plus fins qui, par leurs qualités de pâte et leurs couvertes de grand feu, annoncent la fabrication des porcelaines. Ils demeurent en occident une spécialité des pays nordiques (en Allemagne, dès le Moyen-Âge). En France, les potiers du Beauvaisis et de Puisaye en Bourgogne pratiquèrent cette technique dès le 15e siècle. La production d’objets en grès subit un déclin avec l’apparition de la faïence au 17e siècle puis de la porcelaine au 18e siècle. À la fin du 19e siècle, les artistes redécouvrirent cette technique avec passion.

5. Le 18e siècle (Wedgwood)

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En Angleterre, Josiah Wedgwood créa en 1762 dans le Staffordshire la manufacture « Etruria » célèbre pour sa production de grès fin, mat, contenant du sulfate de baryum, ornés de bas-reliefs à l'antique se détachant (souvent en blanc) sur une pâte colorée par des oxydes.

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brule-parfum

6. Le 20e siècle

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À la fin du 19e siècle, des potiers comme Carriès, Decœur, Delaherche, Chaplet en firent l'objet de leur recherche. Le céramiste Alexandre Bigot fabriqua de nombreux décors architectoniques comme les crochets du clocher de l’église de Saint-Julien-l’Ars.

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La manufacture de Chauvigny en Poitou se fit une spécialité des grès flammés obtenus par irisation de l’émail au cours de la cuisson au bois dans une atmosphère réductrice.

Utilisées de nos jours, en général, par de petits ateliers d'art, à la différence des manufactures du 18e siècle au début du 20e siècle, les pâtes sont mises en œuvre, bien souvent, par tournage, et toute la valeur des pièces réside dans la sensibilité de leur ligne ou l’originalité de leur forme. Les pièces, grès commun, grès fin ou faïence fine se différencient les unes des autres par le degré de température auquel elles sont soumises au cours de leur cuisson. Jean et Jacqueline Lerat de Bourges (Cher) ou Vassil Ivanoff à La Borne (Cher) en seront d’éminents initiateurs au milieu du 20e siècle.