Alienor.org, Conseil des musées

1914-1918

Ici et là-bas

Vivre à l'arrière

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Après le départ d'Ernest, son mari maçon, Héloïse reste à la maison avec son fils Marcel. Comme beaucoup de femmes et enfants qui voient leur mari et père partir au front, Héloïse et Marcel vont devoir travailler pour vivre mais aussi pour faire vivre le pays. Quand elle le peut, elle envoie un colis à son mari : du tabac, de la nourriture. Mais bien qu'elle perçoive l'indemnité journalière de 1,25 F et 0,25 F par enfant versée aux épouses de mobilisés, cela ne suffit pas. Elle travaille à la fromagerie créée non loin de chez elle.

« L'argent n'a plus la même valeur qu'avant la guerre. Une pièce de cinq francs aujourd'hui ne fait pas plus d'usage que 1,25 F ou 1,50 F. »
Ernest, 1918

« On avait mis la taxe sur le beurre mais on a dû l'enlever, il ne se vendait plus une seule livre de beurre au marché de Parthenay. »
Héloïse, 4 mai 1917

Avec la guerre, les femmes entrent dans le monde du travail et occupent des postes tenus par les hommes avant leur départ : maréchales-ferrants, conductrices de trains, boulangères, fabricantes d'armes… Le secteur de l'industrie de guerre se développe et nombreuses sont les femmes qui travaillent dans des usines de munitions. Les enfants quant à eux continuent d'aller à l'école pour la plupart et s'adaptent malgré des cours parfois suspendus. Malgré les conditions d'enseignement difficiles (manque de matériels, coupures d'électricité), les enfants vont à l'école, devenue obligatoire pour les 6 – 14 ans avant le début de la guerre. Dans les manuels scolaires, la guerre fait son entrée et beaucoup d'écoles tiennent à jour des chroniques de guerre. L'école dispense ces notions d'engagement et de patriotisme mais cette propagande utilisant l'enfant comme cible se retrouve aussi dans la presse et les illustrations.
Les garçons, bientôt jeunes soldats ont hâte d'aller au front.

« Hier c'était la Révision. Les 4 qu'il y avait à Soulièvres n'ont pas été pris. Si tu entendais Marcel s'excuser… On dirait que le temps lui dure que son tour arrive. Enfin, que veux-tu, il est jeune et il ne se rend pas compte. »
Héloïse

Au début de la guerre, Marcel va encore à l'école. Il est gagé en 1917 et travaille au bois ; comme beaucoup d'enfants des campagnes, il aide aussi aux travaux des champs.

« Marcel a commencé à aller dans un autre bois à François. Hier, il a coupé les épines…le bois est si cher qu'on y regarde de près ».
Héloise, 18 janvier 1918
« Marcel est tous les jours monté sur les machines car le monde est en pleine moisson de ce moment. »
Héloïse, 20 juillet 1917

 
 

La presse et les lettres échangées entre Héloïse et ses hommes témoignent de l'importance du temps.
En effet, les mauvaises conditions météorologiques de certaines saisons et années, en certains lieux engendrent de mauvaises récoltes. En découlent des hausses de prix mais aussi des restrictions, des réquisitions pour les soldats et les civils touchés. Ceux qui ont encore leurs bêtes, non envoyées au front, ne peuvent pas toujours les nourrir…

« Nous avons fait des haricots ; si ça continue à sécher, ils ne sont pas prêts de sortir de la terre. Le monde se plaigne [sic]. Ils n'ont pas grand-chose à donner aux bêtes. »
Héloïse, 4 mai 1917

Et le gaspillage des denrées est sévèrement puni…

Afin de limiter et contrôler la consommation, le ministère du ravitaillement met en place des tickets de rationnement dès le début de la guerre, pour le pain notamment qui était à l'époque la base de l'alimentation. Certaines denrées comme le sucre seront rationnées jusqu'en 1920. L'essence et le pétrole sont rationnés de 1917 à fin 1918. La population française est répartie en 6 catégories pour la mise en place de ces tickets.
Catégorie  E : les enfants,
catégorie A : les adultes,
catégorie V : les vieillards,
catégorie J : les jeunes,
catégorie T : les travailleurs,
catégorie C : les cultivateurs.
…Les quantités autorisées dépendent de la catégorie. Ainsi les travailleurs ont droit à 700 grammes de pain par jour et les adultes 600 grammes. Un pain qui, pour économiser le blé, est composé de diverses farines.
Et au front :

« Le Pain n'est pas bon du tout. Il y a de la pomme de terre dedans et je crois que comme farine il n'y a pas de blé, que du seigle, de l'orge et du sarrasin, rien de bon… Tu me diras ce que Marcel touche comme quantité et s'il en a assez. »
Ernest, 8 juin 1918

Malgré tout la vie continue

Même si les mariages et naissances sont moins nombreux qu'avant la guerre quelques évènements heureux viennent égayer la vie à l'arrière. Héloïse tient « ses soldats » au courant de la vie du village pour qu'ils ne se sentent pas exclus de la vie « d'ici ».

« Berthe Brossard a fait l'héritage d'un gros garçon. Maintenant, ils ont le couple »
« Marcel est content, le voilà de noces car sa patronne Esther se marie avec Prosper le 21 de ce mois. »
Héloïse, 7 octobre 1918

Les femmes ici

Après la mobilisation du 2 août 1914, la vie au village change très vite : deux générations d'hommes sont parties.
Les femmes vont voir leur rôle évoluer : elles vont suppléer les hommes absents et agir sur tous les fronts malgré un quotidien perturbé.

À Barroux, sur la commune d'Airvault (Deux-Sèvres), par exemple, le nombre de mariages est minime pendant la guerre (2 ou 3 recensés par an) puis triple entre 1919 et 1920, avec le retour des hommes au village, rattrapant en quelque sorte ces cinq années de guerre.

Le bouquet de mariée présenté ci-dessous témoigne de l'union d'Alixe Berthonneau et de Alexandre Ferry le 27 juin 1914, soit juste avant la déclaration de la guerre. Alexandre est mort au combat deux mois plus tard le 24 août 1914 à l'âge de 27 ans. Alixe a été officiellement informée de sa disparition le 4 août 1916 soit deux ans après. L'acte de décès ne sera établi qu'en 1920.
Alixe s'est remariée le 2 décembre 1922.