On doit à Camille Pagé l'entrée dans les collections du musée d'un objet exceptionnel par sa nature et son intérêt historique : la plaque d'insculpation des couteliers de Châtellerault.

 

Lors de la séance du 13 juillet 1905 de la Commission du Musée :

« M. le Président1 apprend à la Commission que la plaque portant les marques des couteliers de Châtellerault qui appartenait autrefois à M. de Chasteignier a été acquise par M. Camille Pagé et demande aux membres de la Commission de vouloir bien faire instance auprès de leur nouveau collègue pour obtenir qu'il veuille bien céder son acquisition au Musée de Châtellerault. Monsieur Pagé manifeste son désir de conserver encore cette plaque pour ses études sur la coutellerie. M. le Président déclare que cela ne peut être un obstacle et met aux voix l'acquisition de la plaque. Celle-ci deviendra dès maintenant la propriété du Musée qui n'en jouira que lorsqu'il conviendra à M. Pagé de la lui remettre. Cette acquisition a lieu au prix de 160 frs. ».

Puis, lors de la séance du 11 juillet 1907 :

«  M. le Président rappelle l'acquisition faite de la plaque portant les marques des couteliers de la ville qu'il est heureux de présenter à la Commission en attirant son attention sur ce que cette plaque porte au revers les armes d'un abbé qu'il pourrait être intéressant de déterminer. M. Dangy accepte d'en faire un dessin qui permettra à M. Labbé de faire des recherches à Poitiers et d'intéresser à la question les archéologues poitevins. »

 

Selon les statuts du métier de coutelier datant de 1571 pour Châtellerault, chaque artisan est, en effet, tenu de marquer la face supérieure des lames de son estampille. Ces poinçons de fabrique sont obligatoires afin de garantir la qualité des couteaux et protéger l'image de la ville. Les dépôts de marque font l'objet d'un procès-verbal qui porte en marge à la cire rouge l'empreinte du poinçon déposé. À ce document officiel, s'ajoute une plaque de cuivre datée de 1698 conservée par des jurés élus. Chaque année, les nouveaux maîtres reçus par la corporation y gravaient leur propre marque. Elle porte les noms des 4 maîtres jurés de la corporation des couteliers de Châtellerault élus en 1698 (Berthelemy Lemere, Jean Audigé, Jean Gauvin et Hurbin Denichère) et 339 marques poinçons des couteliers de Châtellerault et d'Ozon de la fin du XVIIe siècle au XIXe siècle sur l'avers. Au revers, sont figurées les armes d'un abbé qui n'a pas encore été identifié.

 
 

On peut y reconnaître le P couronné de Georges Blanchard (dépôt du 4 décembre 1700), le fer de cheval couronné de Jean Denichère (dépôt du 19 septembre 1716)… Une identification exhaustive de l'ensemble des poinçons gravés sur la plaque reste à mener.

 

D'autres centres couteliers ont eu aussi des tables d'insculpation. À Thiers, par exemple, les poinçons sont déposés sur une plaque en métal :

  • une première en plomb de 1591 à la Révolution. Cette table est conservée dans un écrin fermé par 7 serrures et confiée à la garde du plus ancien Maître coutelier ;
  • puis deux tables successives en argent jusqu'en 1857 ;
  • une table en étain qui appartient aujourd'hui aux collections du musée de la Coutellerie de Thiers utilisée de manière très discontinue à partir de 1850 jusque dans les années 1880.

Près de 1 000 empreintes de toutes natures : animaux, végétaux, outils, chiffres…  ont pu être recensées.

 
 

1 - Jules Duvau.

 
 

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