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La lithothèque du bassin de la Charente
© Conseil des musées de Poitou-Charentes, www.alienor.org

 

Qu’est-ce qu’une lithothèque ?
C’est un regroupement d’échantillons de roches diverses qui sert de collection de référence pour l’identification de matériaux à des fins scientifiques. La lithothèque d’Angoulême réunit des échantillons de roches siliceuses sédimentaires (silex, argilites et jaspes pour l’essentiel) provenant de l’ensemble du bassin de la Charente. Loin d’être encore exhaustive, elle est destinée à s’enrichir régulièrement au fil des prospections et des collectes des chercheurs qui l’alimentent.
La lithothèque est physiquement consultable sur rendez-vous au musée des Beaux-Arts d’Angoulême.

C’est un outil de travail à l’usage des archéologues préhistoriens, destiné à les aider dans l’identification des silex retrouvés en contexte archéologique - origine géologique et provenance géographique - en leur fournissant des éléments de description et de caractérisation des différents types de silex disponibles régionalement. Ce domaine d’étude permet de retracer les axes de déplacement des hommes préhistoriques ainsi que les distances parcourues lors de la collecte de silex. Plus largement, il permet d’aborder la relation entre l’homme préhistorique et son milieu au sein d’un territoire pourvoyeur de ressources lithiques, indispensables à la réalisation de son armement et de son outillage.
La lithothèque en ligne ne peut être considérée que comme un outil de diagnostic préliminaire qui doit être complété par l'examen physique des échantillons.

Les ressources du bassin de la Charente pour ce type d’étude
Le bassin de la Charente dispose de ressources lithiques à la fois abondantes et contrastées, ce qui permet une détermination souvent assez précise de leur origine. D’est en ouest, les disponibilités en silex sont très inégales puisque des secteurs riches en silex côtoient des zones totalement dénuées de sources siliceuses. Quatre grands types de formations géologiques sont susceptibles de renfermer des silex en place (voir carte schématique) :
selon les connaissances régionales, le Jurassique inférieur (Lias) se situe à l’est, en bordure des terrains cristallins ; le Jurassique moyen (Dogger - Bajocien, Bathonien et Callovien) plus à l’ouest ; le Crétacé supérieur (Turonien, Coniacien, Santonien, Campanien) et le Tertiaire (Éocène) au sud d’une ligne Saintes-Angoulême ; par ailleurs, les argiles à silex résultant de l’altération des calcaires du Jurassique moyen entre Montbron et Ruffec représentent des sources potentielles d’approvisionnement, ainsi que les terrasses et les cours d’eau drainant ces différentes formations. On notera que le Jurassique supérieur (Malm - Oxfordien, Kimméridgien, Portlandien), qui occupe toute la zone centrale entre le Dogger et le Crétacé supérieur, ne renferme pas de silex. Il est peu probable que l’on puisse y trouver des "poches" contenant des silex formés au Crétacé supérieur dans la mesure où, en raison de phénomènes tectoniques affectant le nord-est de la plate-forme, cette zone est restée largement exondée pendant cette période, et qu’elle a été de toute façon soumise à une érosion intense à la suite de l’émersion définitive, fini-crétacée, de la région.

Les gîtes de silex
La lithothèque comprend des échantillons prélevés en position primaire dont on connaît donc l’attribution géologique et dont on peut cerner la provenance géographique. Les contextes de prélèvement de ces silex sont de deux types : falaises crayeuses en bordure de vallées et carrières. La collection est constituée aussi de silex en position secondaire, qui peuvent être attribués sans trop d’ambiguïté à un étage ou sous-étage géologique, ou encore dont l’attribution géologique est incertaine. Il peut en effet s’avérer utile, pour les études de provenances, de savoir que tel type de silex est accessible dans tel ou tel secteur, indépendamment de son origine géologique. Ces silex en position secondaire proviennent essentiellement de formations résiduelles comme les argiles à silex.

Le classement matériel de la collection s’effectue par étage et sous-étage géologique, en distinguant les secteurs géographiques pour tenir compte des variations latérales de faciès. Les échantillons sont constitués d’un ou plusieurs éclats ou fragments de silex regroupés par boîte. Sur chaque boîte sont mentionnés un numéro d’inventaire (numéro du gîte et éventuellement du prélèvement au sein du gîte, lorsque plusieurs prélèvements ont été effectués au sein d’un même gîte), le lieu de collecte (lieu-dit, commune), l’attribution géologique et la position (contexte primaire ou secondaire) des silex. Pour connaître plus précisément la provenance géographique des échantillons, il suffit de se référer à la carte du bassin de la Charente sur laquelle sont pointés les gîtes, les numéros renvoyant aux numéros des échantillons.
Une fiche descriptive accompagne les échantillons, détaillant leur contexte gîtologique, les caractères macroscopiques des silex et les microfaciès sédimentaires. Les fiches, enregistrées dans la base des musées, sont assorties de clichés macroscopiques des silex. C’est un outil de travail exploitable sur place, mais aussi consultable à distance par la biais d’Internet. Il est ainsi utilisable par des chercheurs travaillant hors du cadre régional du bassin de la Charente et désireux de confirmer ou de préciser l’origine charentaise de certains silex archéologiques qui ont à certaines périodes été transportés sur de grandes distances.

Dans quel cadre la lithothèque s’est-elle constituée ?
Les recherches sur l’exploitation des ressources minérales du bassin de la Charente par les hommes préhistoriques s’inscrivent dans le Programme Collectif de Recherche du Ministère de la Culture sur le "Paléolithique moyen dans le bassin de la Charente"sous la responsabilité d’Anne Delagnes (U.M.R. 7055 du C.N.R.S., Nanterre).
C’est en grande partie dans le cadre de ce programme de recherche qu’ont été effectuées les prospections et collectes de silex qui alimentent la lithothèque. Les prospecteurs qui collectent les échantillons sont des spécialistes qui font partie du P.C.R. aussi bien que des archéologues amateurs qui collaborent à ces travaux. Les descriptions macroscopiques et microscopiques des silex sont effectuées par Jehanne Féblot-Augustins et Seong-Jin Park (U.M.R. 7055 du C.N.R.S et université Paris X-Nanterre), qui se sont appuyés pour cela sur des travaux antérieurs, tels ceux de Micheline Séronie-Vivien, de Marie-Roger Séronie-Vivien et de Pierrick Fouéré (INRAP).

Le musée et la recherche scientifique
Le Musée d’Angoulême accueille les réunions du P.C.R. et fournit à la collection qui lui a été confiée un cadre de conservation facilement accessible à tous les chercheurs, ainsi qu’un portail d’accès sur le site du Conseil des Musées du Poitou-Charentes. Intégrés dans une collection publique, les échantillons de la lithothèque sont assurés d’une conservation pérenne et inaliénable.
Ces conditions de conservation et d’accès sont indispensables pour que la lithothèque fonctionne comme un outil scientifique opérationnel et interactif, visant à développer le dialogue entre des chercheurs, et à transmettre une information qui dans ce domaine d’étude reste trop limitée au savoir individuel de quelques-uns d'entre nous.