"L'Inde avec les Anglais", photographies de la collection de Pierre Loti

La quête mystique

Loti publie son récit de voyage, très remanié, d’abord en plusieurs livraisons de larges extraits dans la Revue des Deux Mondes (de juillet 1902 à février 1903) puis chez Calmann-Lévy en mars 1903. Il a changé l’ordre de ses étapes, de façon à terminer son périple par Bénarès, la ville sainte au bord du Gange : il affiche ainsi ce que représente pour lui cette traversée de l’Inde, une véritable quête mystique.

 

« Cet huguenot d’une incroyance désespérée, écrit son ami Claude Farrère, était respectueux de toutes les religions, mais athée, résolument et désespéré de l’être, désespéré à la limite de tous les désespoirs. » En Terre Sainte, il n’a pas trouvé de réponse à ses angoisses : « Personne ne me voit, personne ne m’écoute, personne ne me répond », constate-t-il au mont des Oliviers. Il se rend en Inde pour « y demander la paix aux dépositaires de la sagesse aryenne, pour les supplier qu’ils me donnent, à défaut de l’ineffable espoir chrétien qui s’est évanoui, au moins leur croyance, plus sévère, en une indéfinie prolongation des âmes… ».

 

Loti fait le tour des religions indiennes, déchues ou vivantes, bouddhiste, brahmaniste, musulmane, rencontre une vieille communauté juive, se confie aux théosophes de Madras qui l’envoient à la Maison des Sages de Bénarès où Annie Besant reçoit son adhésion. Mais Loti, s’il a éprouvé un peu de réconfort et d’apaisement, doute de pouvoir parvenir à un renoncement durable, « affolé que j’étais de formes et de couleurs, éperdument épris de vie terrestre, m’acharnant à fixer tout ce qui est éphémère, à retenir tout ce qui passe… »

 

C’est la lecture du Journal qui permet de connaitre avec certitude l’itinéraire de Loti. Il y note au jour le jour ses déplacements, ses étapes, ses visites. C’est après son séjour à Bénarès qu’il visite l’Inde des grands Mogols, avant de reprendre le bateau à Bombay.

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