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Lumières de l'Antiquité

 

À l'époque romaine, le luminaire confectionné le plus souvent en terre cuite ou en bronze est omniprésent dans la vie quotidienne. Il accompagne cependant aussi le défunt jusque dans sa dernière demeure. Les lampes à huile décorées en céramique, importées du sud de la Gaule, de la Vallée du Rhône et d'ateliers méditerranéens, constituent d'excellents témoins de la civilisation romaine.

 

Origine des collections du musée de Poitiers

 

Le musée conserve un important fonds de lampes antiques réunies en majorité par des collectionneurs des siècles passés. Il témoigne de l'intérêt qu'a toujours suscité cet objet symbolique emprunt d'un sens à la fois profane et sacré. La multiplicité des ateliers et la simplicité de la fabrication expliquent la profusion de ces objets dans les musées. Les collections (de la Société des Antiquaires de l'Ouest) d'Alfred Richard (archiviste de la Vienne, † 1914), de Florimon Bonsergent (secrétaire de préfecture à Poitiers, † 1877), de Bélisaire Ledain (bibliothécaire de la ville de Poitiers, † 1897), celle d'Henry Bardon (professeur à l'Université de Poitiers, † 2003) venue récemment enrichir les collections poitevines, témoignent de ce goût pour l'Antiquité.

B. Ledain et H. Bardon ont rassemblé avec pertinence un éventail de lampes variées, parfois rares, d'origines diverses (orientale, grecque, romaine), A. Richard et F. Bonsergent, historiens à la recherche du passé antique de leur ville, ont, quant à eux, suivi pendant des dizaines d'années les travaux d'urbanisme dans Poitiers pour recueillir le moindre fragment de céramique décorée. Parmi ces milliers de tessons figurent quelques dizaines de lampes ou fragments. Ces collections très complémentaires permettent d'appréhender l'évolution du luminaire antique.

 

Les lampes d'époque romaine

 

La découverte des propriétés combustibles de l'huile d'olive a été capitale pour l'histoire du luminaire antique. Si les lampes moulées des Ier-IIe siècle ont toujours été abordables, l'huile restait elle relativement coûteuse puisqu'importée d'Espagne et d'Afrique. Le coût et les difficultés d'approvisionnement expliquent sans doute qu'on se soit tourné au IIIe siècle vers les lampes à suif ou vers les chandeliers. C'est à cette époque qu'apparaissent les lampes à décor de globules et les bougeoirs en terre cuite. Les IVe et Ve siècles sont marqués par les importations massives de lampes africaines. On utilisait comme huiles végétales la noisette, le hêtre, la noix, le lin, le ricin. Le sel rajouté évitait la surchauffe de l'huile en améliorant la clarté de la flamme. Des végétaux servaient à la confection de mèches fines que l'on introduisait par le bec. Pline l'Ancien évoque dans son Histoire naturelle le rouvre, le lin, le jonc, le bouillon blanc (phlomos) dénommé "herbe lucernaire".

 

Les lampes à huile en terre cuite

 

Les lampes à huile, à moins d'être dotées de plusieurs becs comme au Ier siècle av. J.-C., donnaient un éclairage équivalent à celui de nos veilleuses. Posées à plat ou parfois suspendues, elles devaient être remplies d'huile toutes les deux heures et demi.

Elles étaient à l'origine façonnées, puis moulées. Cette technique transformera le coût des lampes, qui seront désormais fabriquées en série et copiées. De nombreux spécimens sont surmoulés. C'est le cas des lampes de facture grossière (imitant maladroitement les Firmalampen) confectionnées à Poitiers au IIe siècle Si l'anse et le bec évoluent au fil des siècles finissant pour faire corps avec le réservoir, le disque (percé du trou de remplissage pour l'huile) permet des décors adaptés à la clientèle.

On reste étonné de la rareté des lampes à huile découvertes en Poitou. Il est vrai que les chandelles et les torches étaient meilleur marché. On constate, par ailleurs, que la majorité des lampes n'ont pas été allumées et qu'on a préféré les utiliser comme objet décoratif. Elles constituaient des cadeaux très prisés. C'est, en revanche, allumées aux fenêtres et aux portes qu'on les plaçait pour signaler un heureux événement. Elles annonçaient aussi la mort d'un proche. On les emmenait au théâtre la nuit. Les plus superstitieux interprétaient le souffle de la flamme, d'autres excellaient dans les prévisions météorologiques.

 

Les lampes en métal

 

Les Romains s'éclairaient généralement à la torche (en bois résineux) et à la chandelle, ce qui explique la faible quantité de lampes à huile recueillies. Les classes sociales élevées utilisaient les lampes à huile en bronze comparables à celles découvertes à Sanxay et Poitiers (l'une provient du quartier commerçant des Cordeliers). Elles s'accrochaient à d'élégants candélabres. Nombre de ces lampes luxueuses étaient importées d'Italie comme la précieuse lanterne (à suif) déposée au Ier siècle apr. J.-C. à Antran, en l'honneur d'un membre de l'aristocratie locale qui avait adopté un mode de vie à la romaine. Cet objet pouvait servir à l'extérieur, puisque la flamme était protégée par une matière translucide (peaux ou vessie tendue) ; il est issu des mêmes ateliers que les lanternes conservées à Pompéi, Naples ou Herculanum. Le luminaire de bronze – véritable luxe – ne constitue qu'un faible pourcentage des lampes romaines utilisées.

 

Iconographie des lampes

 

Les décors qui ornent les lampes sont de précieux témoignages de la société romaine. La technique du moulage permet de créer aux Ier et IIe siècles un vaste répertoire iconographique emprunté [en se référant aux collections poitevines] à la mythologie (Léda et Jupiter métamorphosé en cygne, la Victoire ailée, Éros, Minerve), au règne animal (paon, combat de coqs, crabe, sanglier attaqué par un chien), aux représentations humaines (combat de gladiateurs, cavalier), à des scènes bucoliques (joueur de flûte installé dans un arbre, pêcheurs). Les sujets religieux restent avec les scènes érotiques les thèmes de prédilection des romains. Le nouvel an était aussi l'occasion d'offrir en étrennes une lampe décorée d'une Victoire ailée tenant un bouclier où figurait parfois un vœu. Un de ces spécimens a été mis au jour à Poitiers. La diffusion du christianisme entraînera à partir du IVe siècle un renouvellement des thèmes et des décors.

 

Lumières symboliques

 

Quelques lampes miniaturisées illustrent le caractère votif de ces objets. C'est par dizaines de milliers qu'on les a retrouvées dans le sanctuaire de Lachau (Rhône-Alpes). La lampe éclaire aussi les laraires (petites niches) réservées aux divinités domestiques vénérées dans chaque foyer.

Si la lampe est présente dans la vie quotidienne, elle accompagne aussi l'homme dans l'au-delà. En Poitou, ce dépôt reste exceptionnel et est censé favoriser la traversée des ténèbres. Lorsque cette pratique est attestée au IIe siècle à Poitiers, il s'agit souvent d'un dépôt multiple. Sur 400 tombes fouillées aux Dunes à Poitiers, seules deux tombes ont livré des lampes. À Ronsenac (Charente), quatre lampes se trouvaient réunies dans une riche sépulture féminine.

Les chrétiens reprendront à leur compte cette pratique païenne dès le IVe siècle pour symboliser la lumière du Christ. Majoritairement fabriquées en Afrique du Nord aux IVe et Ve siècles, les lampes seront dès lors marquées de symboles chrétiens : croix, poisson, canthare, chrisme, (comme à Poitiers). Les édifices chrétiens, par ailleurs, se doteront au Ve siècle d'un luminaire en verre ainsi que l'attestent les découvertes récentes faites dans la basilique de Rezé en Loire-Atlantique.