La République française

En 1789, la Révolution française a mis fin à l’ancien régime de monarchie de droit divin pour aboutir rapidement à l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. Ce régime qui reconnaît un monarque tout en limitant ses pouvoirs par une constitution ouvre ainsi la voie à la République. La mise en place de la République a donné lieu à une longue période d’instabilité puisque la Première République a pris fin en 1804 avec la prise de pouvoir par l’empereur Napoléon.

Différents régimes se succèdent alors : l’Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet. Ce n’est qu’après la Révolution de 1848 que la Deuxième République se met en place pour une durée de trois ans, précédant le Second Empire. La Troisième République a duré de 1870 à 1940. C’est le premier régime français à s’imposer dans le temps depuis 1789, malgré des débuts hésitants. Le premier Président est Adolphe Thiers. La dynamique créée pendant cette période va implanter en France une tradition républicaine, grâce en particulier à l’école obligatoire, publique et laïque.
Sous la Troisième République, surtout à partir de 1885, les bustes de Marianne se multiplient. Ils remplacent les bustes de Napoléon III. De nombreuses mairies et écoles se dotent de ce symbole de la République incarnant la mère-patrie et l’idéal républicain.

Chronologie des régimes politiques en France depuis la première république :

Première république

1792 - 1804

Proclamée pendant la Révolution française (1789-1799), elle passe par trois formes de gouvernement :
- Convention nationale 1792-1795
- Directoire 1795-1799
- Consulat 1799-1804, après le coup d’état du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799)

Premier Empire

1804 - 1815

Napoléon Ier

Restauration

1815 - 1830

(Louis XVIII, Charles X)

Monarchie de juillet

1830 1848

(Louis Philippe)

Deuxième république

1848 - 1852

Révolution de Juillet

Second Empire

1852 - 1870

Napoléon III

Troisième République

1870 - 1940

Création et diffusion de nombreux bustes de « Marianne ». Les symboles de la République se multiplient.

Régime de Vichy ou "État Français"

1940 - 1944

Quatrième république

1944 - 1958

Cinquième république

depuis 1958

Marianne et ses symboles

L’origine de l’appellation « Marianne » n’est pas certaine : ce prénom était populaire à la fin de l’Ancien Régime, au second rang après Marie-Louise, prénom à connotation monarchique. Il est peut-être la contraction de Marie, mère de Dieu, et d’Anne, sa mère. La présence d’un buste de la République dans une mairie n’est pas obligatoire ; significative des tendances des municipalités entre 1870 et 1880, cette présence est devenue courante depuis 1885, suite à plusieurs décisions législatives ou réglementaires. L’installation progressive dans les maisons communes d’images de la République prenant la forme d’une femme a d’abord été une simple coutume, qui, à la suite de la conquête des mairies par les républicains, s’est étendue peu à peu, par un mouvement social et culturel ample, divers et fort.

Les symboles végétaux

L’épi de blé

Il exprime la fonction nourricière de la République.

L’olivier

Il symbolise la paix.

Le laurier

Il symbolise les arts et les lettres.

La feuille de chêne

Elle symbolise l’invincibilité.

Les symboles instrumentaux

Le faisceau de licteur

Dans la Rome antique, le faisceau de licteur était constitué d’un ensemble de verges (d’orme ou de bouleau) liées autour d’une hache par des lanières de cuir. C’était un emblème de l’autorité des magistrats de la République romaine. Le licteur, officier public le portait à l’épaule gauche. La hache représentait le pouvoir de punir soit par le fouet (les verges) soit par la décapitation.

Les symboles vestimentaires

Le bonnet phrygien

Dans l’antiquité romaine, les esclaves étaient coiffés d’un bonnet phrygien lorsqu’ils étaient affranchis. Par extension, le bonnet phrygien est devenu le symbole de la Liberté.

La cocarde

La cocarde est un insigne aux couleurs nationales, porté principalement à la coiffure. Elle est, dès la Révolution française, le symbole du patriotisme. Le blanc royal a été ajouté aux rouge et bleu de la ville de Paris. La cocarde présente ainsi les couleurs de la République.

Les symboles célestes

Les étoiles

L’étoile, symbole de la lumière et de l’intelligence, sert de guide. Sur certains bustes récents, il peut s’agir des étoiles de l’Europe.

La couronne

Signe de mérite civique dans l’antiquité, elle symbolise le pouvoir et l’honneur.

Les symboles animaliers

Le lion

Le lion est un symbole de force, en référence au mythe d’Héraclès (Hercule) qui, après avoir tué le lion de Némée, a revêtu sa dépouille telle une armure invulnérable.

Les symboles anthropomorphes

La tête de Méduse

Elle est présente sur certains bustes pour effrayer les ennemis du peuple ; dans la mythologie grecque elle pétrifie ceux qui croisent son regard.

Le sein dénudé

Souvent les bustes ont un sein dénudé - ou simplement mis en valeur par un drapé - qui symbolise l’aspect nourricier.

Le buste de Marianne par Marguerite Syamour

Marguerite Gagneur, dite Syamour (1857-1945) est née dans le Jura d'où elle tire son nom d'artiste (contraction de "Syam", village jurassien et "Amour"). Elle est une artiste engagée qui défend les valeurs de la République, les droits de l'Homme, la laïcité et le pacifisme. Ses premières statues représentent la République en buste ou en médaillon. Ses œuvres au modelé sensuel se classent dans le réalisme et le symbolisme.

Le buste conservé au musée d'Airvault a été réalisé en 1885 pour la composition du catafalque de Victor Hugo. Il s’agit d’un médaillon en plâtre sur piédouche de plan rectangulaire. Le buste de Marianne, coiffée d’un bonnet phrygien, est de profil. En bordure du médaillon, la couronne végétale est composée de feuilles de chêne, de lauriers et de fleurs. Une étoile est sculptée à sa base. On peut lire sur le piédouche la devise « République française », sur l’étoile le mot « France », et sur la couronne végétale les mots « Science » et « Progrès ».
Les fleurs (bleuet, marguerite et coquelicot) auraient pu évoquer les couleurs de la République, c’est pourquoi on peut se demander si ce buste n’était pas monochrome à l’origine, d’autant plus que des bustes similaires sont connus en une seule couleur. La signature apparaît sur le côté du médaillon, en relief.

Les devises

Les devises inscrites sur le buste-médaillon de M. Syamour : progrès, science, France doivent être placées dans le contexte des devises inscrites sur les bustes. Nous ne connaissons pas d’autre buste qui porte la devise PROGRES. Le choix de cette devise est vraisemblablement dû au milieu Fouriériste dans lequel elle baignait ou vivait. La devise SCIENCE, est aussi inscrite sur une des médailles des deux modèles de bustes créés en 1871 et 1879 par le sculpteur Th. DORIOT. Dès le début de la Troisième République le gouvernement a soutenu et privilégié la SCIENCE et l’INSTRUCTION (lois de Jules Ferry). Enfin, la devise FRANCE est également utilisée rarement. Au lendemain de la guerre perdue de 1870, les sculpteurs du début de la Troisième République ont privilégié les devises HONNEUR et PATRIE, CONCORDE, puis RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ; il faudra attendre la mort de Victor Hugo (1885), pour que la devise LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ commence à être utilisée sur les bustes de la République. […]
Charlotte Pon-Willemsen

Le Panneau mémorial de la bataille de Thouars

Le 5 mai 1793, lors de la prise de Thouars par les Vendéens, des gardes nationaux d’Airvault ont trouvé la mort. La municipalité a fait peindre un panneau en leur mémoire.

Il s’agit d’un panneau de bois dont La composition s’organise autour d’un obélisque monumental. Son socle est orné d’une tête de femme coiffée d’une couronne de laurier (effigie de la République). Cette figure a été mutilée on ne sait à quelle période. L’obélisque est surmonté d’un ange dont les attributs symbolisent les valeurs de la République : en équilibre sur un globe, il porte un bonnet phrygien, tient une couronne de laurier dans sa main gauche et sonne de la trompette de son bras droit. Des canons et des drapeaux bleu blanc rouge flanquent le socle de l’obélisque.

Le fond est constitué d’un texte où sont énumérés les noms des morts pour la patrie lors du combat du 5 mai 1793. A côté du prénom et nom de leur capitaine, Jean Roy, on peut lire ceux des jeunes « Combattants de la Liberté ». Porté par quatre rescapés de la bataille meurtrière, il a figuré dans le défilé célébrant la « Fête de la souveraineté du Peuple », le 20 mars 1798. On suppose que ce tableau a été réalisé peu de temps après le conflit. Le drapeau tricolore sous sa forme actuelle étant entré en vigueur en 1794. Ce monument aux morts semble unique par le fait qu’il commémore un conflit de l’époque révolutionnaire ; sa facture est assez rudimentaire. Apposé à la mairie pendant plus d’un siècle et demi, le mémorial a été placé au musée, il y a quelques années.
Il est protégé au titre des Monuments Historiques depuis 1981.