La cour de Portugal

Marie Ière de Portugal, dite la Pieuse, est née à Lisbonne le 17 décembre 1734 et morte à Rio de Janeiro le 20 mars 1816. Fille aînée de Joseph Ier et de Marie-Anne Victoire de Bourbon, elle devient reine du Portugal en 1777. Elle a épousé en 1760 l'infant Pedro, son oncle (le frère cadet de son père) qui devient roi-consort à son avènement et à qui elle fait donner le titre de Pedro III. À la suite de la mort de celui-ci en 1786, de son fils aîné en 1788, troublée par les événements de la Révolution française, elle sombre peu à peu dans la folie et son fils cadet Jean VI assure la régence à partir de 1791. Elle part au Brésil en 1807 devant l'avancée des troupes napoléoniennes et y décède.

À l'instar d'autres cours, la mode à la cour du Portugal est de s'entourer de jeunes esclaves noirs. Une de leurs vertus est de rehausser la blancheur de leur maîtresse. Ainsi  l'auteur et voyageur anglais William Beckford écrit que, lors d'une soirée théâtrale à Lisbonne en 1788, « la belle comtesse de Pombeiro qui, avec ses cheveux blonds et la blancheur de sa peau, faisait un parfait contraste avec la couleur d'ébène de ses deux petites domestiques noires qui l'entouraient »1.

Mais peut-être plus encore qu'ailleurs, les puissants et les riches aiment « collectionner les curiosités », - objets, animaux mais aussi…  humains -  parmi lesquelles les nains et tous individus hors normes présentant des « bizarreries physiques ».

Le même Beckford décrit ainsi l'héroïne de notre tableau : « mais la naine noire D. Roza était l'exemple préféré de toute cette faune exotique qu'il a toujours été coutume d'entretenir au Portugal… Le nez épaté, de grosses lèvres, un véritable avorton de la race de Cham, vêtue de couleurs éclatantes qui rehaussaient sa noirceur et sa difformité, elle accompagnait toujours la Reine qui lui était très attachée »2.

De fait, D. Roza bénéficiait de logements adjacents à ceux de la reine et les factures attestent de dons réguliers et importants de vêtements, chaussures, nourriture à celle-ci. À sa mort en 1790, la reine paya pour elle deux cents messes3. Même si le titre du tableau est factice, il est donc tout à fait possible que Marie Ière ait commandé un souvenir du mariage de sa suivante préférée4.

 

Les autres nains de la suite n'étaient pas oubliés. On a même mention de frais pour le maître d'école qui enseignait à Siriaco et à D. José Maria (son voisin de droite sur le tableau ?). Ainsi D. Ana, qui a conservé sans doute un attribut traditionnel avec le labret qui lui transperce la lèvre supérieure, s'est vue offrir un bijou qui semble en or.


1 Mœurs lisboètes, p. 269.

2 Ibidem, p. 305.

3 Lisbonne, Archives historiques du ministère des finances, caixa 44, doc.3, septembre 1790.

4 Un autre portrait de D. Roza seule aurait existé à l'Académie des sciences de Lisbonne en 1917 : Alvaro Neves, Notice des tableaux et des sculptures existant à l'Académie des sciences de Lisbonne en 1810 et en 1917, imprimerie de l'Université, 1918.