Les masques conservés à Angoulême :
Description

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Traditionnellement sculpté dans du bois de houp ; peint en noir, rouge et blanc et accompagné de fibres végétales couvertes pour une part de kaolin, le masque appelé Wimawi, présenté dans les collections permanentes du Musée d'Angoulême, est un des rares exemplaires connus, en France, de cette catégorie de masques provenant de Nouvelle-Calédonie. À ses côtés, un autre masque trône, appelé quant à lui Gomawé, fascinant par sa coiffure de cheveux tressés et sa longue robe de plumes.

Les masques n'existent, en Nouvelle-Calédonie que dans le nord, le centre et une partie du sud de la Grande-Terre. Nous n'avons en revanche aucune trace de leur existence dans l'île des Pins ainsi que dans les îles Loyauté.

vue d'ensemble du masque Wimawi conservé à Angoulême

Le masque Gomawé est de loin le plus répandu, reconnaissable à sa haute coiffure en dôme similaire à celle des deuillants et à sa barbe de cheveux humains tressés (dans le centre et le sud de l'île, les cheveux de deuilleurs sont parfois remplacés par des racines de fougères). Le reste du masque se compose d'une longue robe faite de plumes d'une sorte de pigeon forestier appelé le notou. Des sources orales racontent que ce masque fut créé par un sculpteur qui aurait vu le dieu Gomawé en rêve. Chaque composante de l'objet est porteuse de signification : la coiffure de cheveux humains fait référence à l'interdiction faite aux deuillants de se couper les cheveux pendant la période de deuil précédant la sortie du masque. L'usage des plumes de notou, pour la création du costume couvrant le corps du porteur du masque, montre l'association faite entre la figure du dieu et celle des génies locaux ou esprits de la forêt prenant une forme animale. Il est à ce titre tout à fait intéressant de noter que certaines appellations vernaculaires des masques dans le nord de la Nouvelle-Calédonie contiennent les racines des mots "da" et "ak/c" qui signifient respectivement "oiseau" et "personne" et que le nom du masque employé dans le sud de l'île signifie littéralement "plume d'oiseau". La tonalité sombre des plumes fait écho à la patine, elle-même sombre, du bois sculpté, évocation symbolique de l'eau et de l'humidité.

On retrouve sur le masque Wimawi un certain nombre d'éléments communs comme la haute coiffure en dôme des deuillants ici matérialisée par un bonnet d'écorce blanchie à la chaux, évocation sans doute aussi du tidi, chapeau autrefois porté par les notables. Dans certains rituels funéraires en l'honneur de chefs, le chapeau en dôme pouvait être noirci, le noir étant une couleur symboliquement associée à l'eau.

vue d'ensemble du masque Wimawi conservé à Angoulême

Les deux masques portent des tresses nouées sous le menton, elles figurent la barbe, partie du corps autrefois très entretenue et entourée de pratiques sacralisées. Cachée, elle n'était montrée que durant la cérémonie Pila, au cours de laquelle les deuilleurs libèrent leurs cheveux du turban qui les enserre durant la période de deuil et les coupent. Ce qui distingue le masque Wimawi du masque Gomawé est ce nez crochu semblable à un bec d'oiseau, qui serait la forme ancienne des masques venue du nord de la Nouvelle-Calédonie, cette ancienneté expliquerait peut-être leur rareté actuelle dans les collections muséales. Les yeux ne sont jamais évidés, le porteur regarde par l'ouverture de la bouche. Le manteau du masque Wimawi est confectionné avec une liane spécifique, dont les racines ont la particularité de rechercher l'eau. Elle est appelée meamoru dans la langue Ajè ( Houaïlou ) et serait un symbole de vie pour les Kanak, car chaque morceau coupé de sa tige constitue une bouture qui une fois en terre donnera vie à une nouvelle plante. Ses lianes prennent place dans des rituels et sont notamment brûlées afin de chasser le tonnerre.
Le manteau couvre le corps du porteur jusqu'aux genoux, deux ouvertures sont ménagées pour les bras. Les plumes de notou sont fixées sur le filet de lianes en bouquet. Dans certains cas ce ne sont pas des plumes qui constituent le manteau mais des rubans d'écorce d'une liane de forêt ou d'une plante appelée weri, le masque s'appelle alors dans ce cas précis punu weri qui signifie "plume d'oiseau".

La technique de ronde-bosse qui caractérise la sculpture des masques Gomawé et Wimawi ne se retrouve, dans la sculpture kanak ornementale, que dans la partie nord de l'île, le sud privilégiant le travail en bas-relief.

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