La fonction des masques

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En Nouvelle-Calédonie, les masques apparaissaient principalement lors des rituels funéraires consacrés aux chefs défunts, mais ils pouvaient cependant être utilisés au cours d'autres cérémonies marquant les étapes du cycle de la vie d'un individu. L'usage du masque ayant pris fin avec la colonisation, peu d'informations ont survécu ; il semble varier selon la zone de production (de même que son nom, ses matériaux de fabrication et ses formes changent selon les régions).

Au nord de la Nouvelle-Calédonie, le masque était étroitement associé aux cérémonies funéraires des chefs où il apparaissait comme un substitut de ces derniers. Il était un symbole de la chefferie, un objet puissant, jouant un rôle important dans l'exercice du pouvoir spirituel et politique du chef. Il lui était offert lors de son intronisation, conjointement à d'autres emblèmes d'autorité qui sont la flèche faîtière (trônant sur la case du chef) et la hache ostensoir.

La figure représentée par le masque, que l'on retrouve sur les éléments d'architecture kanak (flèches faîtières, poteaux, chambranles) est une représentation symbolique du chef défunt dont on célèbre les funérailles, mais à travers lui, c'est également celle du fondateur d'un clan qui est évoquée et encore au-delà, celle de la divinité du monde des morts appelée Gomawé, qui guide les esprits des défunts vers son royaume.

Le masque kanak est donc par essence polysémique, le porteur ainsi paré réunissait en effet dans une seule et même image ce palimpseste d'identités : esprits des forêts prenant l'apparence de l'oiseau (évocation d'ailleurs métaphorique du peuplement autochtone de l'île), l'ancêtre fondateur du lignage, le chef défunt du village et la divinité du monde des morts. Les chercheurs pensent que des paires ont pu exister dans cette même zone septentrionale ; l'un représentant le chef et le second les sujets qui l'ont porté au pouvoir, symbole du dualisme social qui fonde la société.

Dans le sud, le masque semble avoir été considéré différemment, il apparaît davantage comme un accessoire de théâtre que comme un symbole du lien unissant les membres de la chefferie. Il se manifestait lors de danses mimiques appelées wasaï et suscitait par son apparition à la fois la terreur et la joie.