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Art roman en Poitou-Charentes : les motifs décoratifs

Introduction

La luxuriance et la verve du décor sculpté et peint des édifices romans en Poitou-Charentes font leur célébrité. Il ne faut pas pour autant oublier le talent des architectes, des tailleurs de pierre et des maçons qui ont construit ces bâtiments en mettant en œuvre des combinaisons géométriques savantes.  Saint-Savin, patrimoine mondial, doit sa réputation à son ensemble de peintures murales mais également à l’agencement du plan, au jeu des proportions,  à l’étagement des masses et des volumes qui traduisent l’élévation intérieure de l’édifice.

Une pierre taillée et assemblée avec soin

On cite les façades ouest de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers ou de la cathédrale d’Angoulême pour leur décor sculpté ; mais la beauté de ces façades est également due au talent des tailleurs de pierre qui ont soigneusement maîtrisé l’épannelage des quartiers et de celui des maçons qui les ont assemblés de façon à créer un décor géométrique « à plat » de losanges, triangles, parallélogrammes, cercles…

On n’insistera jamais assez sur la qualité géométrique des belles pierres taillées en moyen appareil régulier qui composent les édifices romans du Poitou-Charentes. Cet art de la taille de la pierre, la stéréotomie,  parait n’avoir jamais été oublié dans la région.  Au chevet de Saint-Pierre-les-Églises de Chauvigny,  le petit appareil carré très soigné de tradition romaine datant du début de sa construction à l’époque carolingienne est remplacé au moment de sa surélévation au XIe siècle  par de beaux quartiers rectangulaires lisses posés en assises régulières et jointoyés finement, caractéristiques de l’art roman. Le calcaire jurassique de la région se prête à cette taille.

Les quartiers de pierre sont gravés de signes, lettres capitales, sigles, rébus. On les interprète comme des marques indiquant l’emplacement de pose pour le maçon ou comme des marques comptables pour permettre au maître de chantier de rétribuer  le travail effectué. Pourquoi ne pas penser également qu’ils seraient la « signature » du tailleur de pierre fier de son travail.

Une architecture soulignée par le décor

L’architecture des édifices romans de la région Poitou-Charentes est soulignée par des contreforts, des corniches, des frises ornées d’un décor géométrique ou végétal. Ces ornements parent l’intérieur du bâtiment mais également, et c’est ce qui fait toute l’originalité de l’architecture romane de la région, l’extérieur où ils sont très largement répartis sur les façades et les chevets.

Motifs géométriques

Les sculpteurs-ornemanistes se sont inspirés des motifs géométriques issus du cercle (cylindres, disques, roues) ou du polygone (carrés, losanges, cubes).  On les trouve sur les archivoltes des ouvertures, sur les frises, les cordons, les tailloirs des chapiteaux.

Les motifs de perles, motifs en zigzag, étoiles, sont sculptés en relief plus ou moins poussé, permettant ainsi à la lumière de jouer entre les creux et les pleins

Motifs décoratifs

La passementerie, la vannerie, la broderie ou l’orfèvrerie  ont également inspiré les artistes.
Les grecques issues de l’antiquité  si fréquentes dans la peinture murale se retrouvent également dans la sculpture.

Motifs végétaux stylisés

Tout comme le décor « géométrique » le décor végétal s’épanouit sur toutes les parties de l’édifice dont il articule les lignes architecturales. Il souligne les corbeilles des chapiteaux, il orne les modillons, il court sur les frises, les tailloirs, les claveaux, les archivoltes.

La feuille d’acanthe

Les ornements d’origine végétale sont d’une extrême richesse. Ils s’inspirent des feuilles d’acanthe de la sculpture gallo-romaine partout présente sur le sol de Poitou-Charentes.

L’artiste ne copie pas, il s’approprie les motifs et les métamorphose au gré de son imagination.
Les feuilles d’acanthes peuvent être tellement transformées par l’imagination du sculpteur qu’elles sont difficilement identifiables.

La flore

La flore est utilisée en tant qu’ornement. Elle peut être stylisée au point de ne plus être qu’une figure géométrique. Le sculpteur n’a aucune volonté de décrire la végétation qui l’entoure.

Des rinceaux de feuillage

Des rinceaux de feuillages souples reliés entre eux par leurs tiges courent en bandeau. Leur stylisation et leur agencement géométrique leur confèrent un rôle décoratif d’une grande élégance. Travaillés en assez haut relief, l‘alternance des ombres et des lumières  les rend frémissant.
Des fleurs aux pétales largement épanouies sont moins stylisées. On peut y reconnaître les fleurs des champs.

Les rinceaux peuvent également être composés de tiges de feuilles de fruits en grappes dans lesquels se cachent des figures humaines, des animaux, des monstres. La frise de la cathédrale d’Angoulême en est le plus bel exemple qui a inspiré bien des artistes par la suite.

Conclusion

Un décor varié

Agencement des volumes et taille de la pierre, motifs géométriques, motifs végétaux plus ou moins stylisés  constituent les éléments d’un art décoratif d’une extrême variété.

Un décor qui souligne l’architecture

Au nord de la région, en Poitou où sont conservés les édifices les plus anciens (Saint-Savin, Saint-Hilaire et Notre-Dame-la-Grande de Poitiers ont été consacrés au XIe siècle) ils sont un moyen de souligner les grandes lignes architecturales, d’articuler les volumes.

Un décor qui s’empare de l’édifice

Plus tard au sud, en Angoumois  en Saintonge et en Aunis, l’architecture laisse plus de place à la sculpture. L’imagination guide le ciseau du sculpteur. On obtient des pages d’une grande qualité décorative… mais moins structurelles.