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À la découverte de la mythologie...

 

 

L’Antiquité gréco-romaine et sa mythologie ont été, à différentes périodes,  une importante source d’inspiration pour les artistes ; la Renaissance d’abord aux XVe et XVIe siècles, puis la période classique comme l’époque baroque au XVIIe siècle  et la phase néo-classique aux XVIIIe et début du XIXe. La diversité des thèmes (légendes, divinités) comme la multiplicité des décors antiques ont fourni le sujet de bien des œuvres d’art et affirmé la prédominance de la culture gréco-latine.

La Renaissance (XVIe siècle)

À la Renaissance se développe un goût très vif pour l’Antiquité. À la suite de la prise de Constantinople par les Turcs, de nombreux savants byzantins, conservateurs de l’héritage antique, se réfugient dans la chrétienté occidentale.
La culture antique, qui n’avait pas disparu, est remise à l’honneur. Ainsi, les humanistes traduisent les textes en langue vulgaire et les diffusent grâce à l’imprimerie. L’archéologie qui en est à ses débuts permet de redécouvrir l’art et les techniques gréco-romaines de construction. Les fouilles entreprises à Rome par les papes font connaître les modèles antiques de sculpture (le groupe du Laocoon) et d’architecture (les colonnades, les salles grotesques de la Domus aurea). Les artistes s’intéressent aux ruines du Forum et redécouvrent les techniques utilisées par les Anciens comme la coupole. Les peintres, influencés par les humanistes, font de l’homme leur sujet préféré ; ils s’attachent, à l’instar des Gréco-romains, à le représenter dans sa nudité afin de révéler la beauté et la perfection du corps humain.

Ce grand renouveau est né en Italie mais se diffuse rapidement en l’Europe.

Mars et Vénus de Gilles Coignet (1598)

Cette toile de l’école flamande traite un sujet clairement précisé sur le tableau par la phrase : « post bellum, otium pacis » (après la guerre, les plaisirs de la paix).
Mars (Arès chez les Grecs) est figuré sous les traits d’un homme habillé à la mode de l’époque : le tambour sur lequel il est assis, l’arme du premier plan et la scène de guerre à l’arrière-plan rappellent sa fonction de dieu de la guerre.
Vénus (Aphrodite pour les Grecs), allongée nue comme dans le tableau du Titien Vénus et un joueur de luth évoque un des plaisirs offert au guerrier comme la boisson et l’épinette.
La Renaissance représente souvent la liaison de Mars et Vénus comme une allégorie de l’amour supplantant les combats : celle-ci reflète le code chevaleresque du guerrier et de l’amant, du combat vaincu par l’amour.

Ce tableau apparenté au style maniériste qui caractérise la peinture italienne du XVIe siècle, est peint dans des couleurs chaudes allant du rouge foncé à l’ocre jaune avec une dominante de rouge sur lequel éclate le blanc laiteux du corps de Vénus).

Hercule

L’assiette en majolique provient très probablement d’Italie qui est le grand centre de production de l’époque et plus particulièrement d’Urbino où s’est développé le décor a istoriato ou décor historié : le thème est emprunté à la mythologie, à l’histoire ou à la religion.
Ici, Hercule (Héraklès pour la mythologie grecque), reconnaissable à sa massue, terrasse un taureau. Il s’agit d’un de ses douze travaux : le taureau crétois. Le thème du héros auquel est associée sa magnanimité, est très apprécié par les érudits de l’époque et sert de sujet à de nombreuses œuvres.

Niobé

Cette copie du XVIIIe siècle reprend une fresque peinte au 16e siècle par Polidoro da Caravaggio (1499-1543), un élève de Raphaël. Ayant séjourné à Rome, il s’est familiarisé avec tous les vestiges antiques qui étaient peu à peu mis au jour. C’est ainsi qu’il a acquis une excellente réputation dans la décoration des façades de palais romains qu’il peignait en grisaille afin d’imiter les bas-reliefs gréco-romains. Le dessin qui a été exécuté bien plus tard permet d’évoquer un destin tragique, celui de Niobé appartenant à la triste famille des Atrides.

Le baroque (XVIe-XVIIe siècles)

Allégorie de Jean Brueghel de Velours

Ce tableau, peint à la charnière des XVIe et XVIIe siècles,  présente un genre où les Flamands sont précurseurs : le paysage. Jan Brueghel, dit de Velours en raison de sa palette (1568-1625) fait sa spécialité et grâce à son amitié avec Rubens, il s’initie à la peinture florale. Son talent de miniaturiste se retrouve dans l’abondance de détails qui figurent au premier plan. Le personnage principal est une femme qui tient des fruits, symbole d’abondance ; elle est entourée d’enfants qui expriment la fertilité. C’est une évocation de la déesse Cérès. Si les arbres apparaissent nettement, le paysage perceptible à travers deux trouées apparaît très brumeux. L’allégorie reste un mode d’expression essentiel depuis le Moyen-Âge et jusqu’au XIXe siècle. Ce sujet permet aussi au peintre d’évoquer la découverte du nouveau monde : les singes, les grenades et les figues renvoient au commerce avec les pays d’Outre-mer.

Timoclée amenée devant Alexandre

L’œuvre du Dominiquin (Domenico Zampieri dit le Dominiquin, 1581-1641) représente un épisode de la vie d’Alexandre Le Grand tel que nous le rapporte Plutarque. Après avoir vaincu et pillé la cité de Thèbes, Alexandre libère une captive qui a fait preuve d’un grand courage. Ce thème a été souvent choisi à la Renaissance car il met en avant la magnanimité du vainqueur et le Dominiquin est un fervent admirateur de Raphaël. Mais cette peinture montre également l’influence qu’a exercée son maître Annibal Carrache sur lui et elle préfigure le classicisme.

Le classicisme (XVIIe siècle)

En France au 17e naît un style bien particulier, souvent opposé au baroque : le classicisme. Développé grâce à l’affirmation de la monarchie, il recherche la symétrie, l’équilibre et la grandeur. À cette époque, les artistes multiplient les allégories qui puisent largement dans la mythologie gréco-romaine. À la suite de Nicolas Poussin qui a beaucoup voyagé en Italie, la peinture française s’inspire de sujets antiques et produit des paysages où la lumière met en valeur les ruines romaines.

Pyrame et Thisbé

Ce tableau de l’école flamande reprend une histoire très prisée qui se trouve dans le livre IV des Métamorphoses d’Ovide (poète romain 43 av. J.-C. - 17 ap. J.-C.). Cette fable évoque l’amour malheureux de deux jeunes qui se suicident : arrivé en premier au lieu de rendez-vous, Pyrame trouve un voile ensanglanté et des traces de lionne, conclut à la mort de sa bien-aimée et se tue ; Thisbé survient et se donne la mort par désespoir.
Ce poème a inspiré non seulement des peintres mais aussi des écrivains (il  suffit de songer à Roméo et Juliette de Shakespeare).

L’œuvre présentée met en scène le moment dramatique où la jeune femme découvre son amant mort.

Paysage avec scène mythologique

Cette œuvre d’Étienne Allegrain représente un paysage mettant en valeur, grâce à la lumière, un bâtiment antique et des personnages habillés comme au temps des Gréco-romains. On identifie un temple avec son fronton triangulaire et son entablement, soutenus par des colonnes à chapiteau ionique. Une statue féminine posée sur un socle y est associée. Quant à la scène au premier plan, elle évoque le dieu du vin Dionysos (ou Bacchus) reconnaissable grâce aux feuilles de vigne et au satyre qui l’accompagne. Près du dieu se tient une jeune femme qui pourrait être Ariane ; selon la mythologie, Ariane aurait épousé Dionysos après avoir été abandonnée par Thésée (abandon qui, selon certaines sources, aurait été commandé par Dionysos lui-même parce qu’il était tombé amoureux de la jeune fille). Ce paysage traité à la manière de l’école française et influencé par Nicolas Poussin met en avant les vestiges antiques et montre qu’au XVIIe siècle l ‘Antiquité et son étude se réduisent à une description minutieuse des ruines, pièces, statues, effigies etc.

Le néoclassicisme (XVIIIe-XIXe siècles)

Au XVIIIe siècle apparaît un nouvel engouement pour l’Antiquité. Ce regain d’intérêt fait suite aux fouilles des villes de Pompéi (1748) et d’Herculanum (1750) qui sont identifiées par les archéologues. Cette extraordinaire découverte provoque une fascination pour les ruines et développe le goût des voyages en Italie (comme en Grèce) qui deviendra une étape obligée de l’élite européenne : princes, diplomates, érudits et marchands se dirigent vers ces contrées. Ils en rapportent des objets et des croquis, ils se lancent aussi dans la constitution de collections et multiplient les publications sur ce thème.

L’attrait pour l’Antiquité provoque une admiration pour cette période : les philosophes des Lumières tel Montesquieu la prennent pour modèle, les artistes s’en inspirent (c’est sous l’Empire que cet art culminera) et se réapproprient les canons gréco-romains (notamment les architectes ou les sculpteurs). Le 18e utilise la culture antique pour rénover la sienne.

La cascade de Tivoli

Ce tableau illustre parfaitement le vif engouement pour l’Italie qui permet aux intellectuels du XVIIIe siècle de s’imprégner de la culture antique en parcourant les lieux de fouilles récentes. Tivoli est un site fréquenté par les artistes élèves de l’académie de Rome, en raison de sa proximité avec la capitale italienne. Outre ses restes antiques –dont la célèbre villa construite par l’empereur Hadrien au IIe siècle–, cette petite ville de la campagne romaine offre une succession d’escarpements et de cascades qui ont séduit de nombreux peintres (Poussin, Lorrain, Corot). Ce tableau de l’école française du XVIIIe siècle reprend ce thème favori des artistes : l’équilibre et l’harmonie entre la nature et les ruines. Il montre l’attrait qu’exercent les traces du passé perdues dans la nature.

Ulysse dans le palais d'Alcinoüs

La rencontre d'Ulysse et d’Alcinoos ou Alkinoos –chants VI, VII et VIII de l’Odyssée– prend place après les sept années passées par le héros chez la nymphe Calypso. Ulysse a fait naufrage sur l’île des Phéaciens (île de Corcyre ou Corfou) et il est secouru par Nausicaa, fille du roi Alkinoos, qui a été guidée par la déesse Athéna. Cette dernière  dissimule Ulysse dans un nuage pour qu’il se rende sans encombre au palais du roi afin d’obtenir l’aide nécessaire à son retour à Ithaque : « L'intrépide Ulysse, toujours enveloppé par l'épais nuage, traverse la demeure et arrive auprès d'Alcinoüs et de la belle Arété. Il entoure de ses bras les genoux de la reine, et soudain le céleste nuage se dissipe. Tous les Phéaciens restent muets en apercevant cet étranger, et ils le contemplent avec admiration. Alors Ulysse fait entendre ces paroles suppliantes » (Odyssée, chant VII).

L’aquarelle montre l’intérieur d’un palais antique et la grande salle où les époux royaux sont entourés de leur cour. Lagrenée s’est plu à représenter le moment où, après dissipation du nuage, Ulysse apparaît aux yeux de tous, en position de supplication, selon l’usage antique.

Nymphe

Ce petit personnage féminin représente une divinité bienveillante de la nature dont la beauté était réputée. La mythologie grecque recense une multitude de nymphes qui vivaient dans les bois, les rivières, etc. Certaines sont plus connues parce qu’elles sont associées à des dieux : ainsi Métis qui fut aimée de Zeus et enfanta la déesse Athéna, ou encore Écho qui fut punie pour les histoires qu'elle inventait et condamnée par Héra à être privée de la parole.

Pygmalion et Galatée

Si nous savons peu de choses sur l’auteur de ce tableau, par contre le thème qu’il a choisi nous est familier. En effet, Ovide a repris dans ses Métamorphoses, livre X, l’histoire d’un sculpteur qui tombe amoureux de sa création ; il la nomme Galatée et obtient de la déesse Vénus qu’elle soit transformée en être vivant. C’est ce moment très particulier de la mue qui fait l’objet de cette œuvre. L’artiste, curieusement vêtu à l’orientale, assiste dans son atelier à la métamorphose de sa statue, de pierre blanche,  en femme à la carnation rosée. L’intervention divine est évoquée par des petits amours dont un est armé de son arc et sa flèche. Ce thème a beaucoup inspiré depuis le XVIIIe siècle car il fait allusion au mystère de la création artistique et aux rapports qu’un créateur peut entretenir avec son œuvre. Il a été ainsi repris à différentes époques par des auteurs aussi différents que Jean-Jacques Rousseau ou Georges-Bernard Shaw.