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Le peintre Giovanni-Paolo Castelli est considéré aujourd'hui comme l'un des plus importants représentants de l'école romaine de natures mortes de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle. Toutefois son œuvre connaît une éclipse quasi-totale au XIXe siècle et qui va durer jusqu'aux années 1960 où il est redécouvert et reconnu pour son importance.

Giovanni-Paolo Castelli est né à Rome le 8 avril 1659. Sa mère est romaine et son père, docker à Ripetta le port fluvial de Rome, est originaire des Marches, territoire pontifical. La famille est probablement aisée car son parrain, Jan Herinans, est un peintre flamand attaché à la grande famille de l'aristocratie romaine des Pamphili et spécialisé dans les compositions florales. Giovanni-Paolo épouse en 1690 Apollonia De Marchis, fille et sœur de deux marchands de tableaux aux noms associés à celui du peintre dans les inventaires de collection. Tout ceci montre une famille bien installée à Rome dans les paroisses de Santo Lorenzo in Lucina et de Santa Maria del Popolo, près de Ripetta.

Le jeune Giovanni-Paolo baigne dans le milieu artistique puisque, outre son parrain, son frère ainé Bartolomeo (1641-1686) est lui-même peintre de natures mortes. C'est très probablement à lui que le jeune homme doit sa première formation d'artiste dans son atelier. Il va y travailler à partir de 1674 comme associé puis en prendre la direction au décès de Bartalomeo en 1686. On doit noter à ce propos que les peintres travaillent dans des ateliers spécialisés, à partir de recueils de modèles conventionnels et que le chef de l'atelier se contente souvent de choisir le motif et de l'esquisser sur la toile en laissant aux associés et apprentis le soin de la réalisation. Il peut marquer de sa patte le rendu de tels ou tels fruits ou fleurs et, bien entendu signer, ce qui est loin du cas général. De là cette unité dans l'inspiration, voire le rendu dont seuls quelques détails permettent de différencier le maître peintre. Plus tard il va associer son propre fils, peintre de natures mortes comme son père, prénommé lui aussi Bartolomeo (1696-1738) et également surnommé lo Spadino le jeune.

 

Son parrain l'a de même sans doute initié à la manière flamande. Mais il fréquente d'autres peintres de natures mortes installés à Rome, parmi lesquels Abraham Brueghel (1631-1690). Ce fils de Jan Brueghel le Jeune est issu de la grande famille de peintres anversois, célèbres depuis le début du XVIe siècle. Il est arrivé à Rome en 1658 et loge non loin des Castelli avant de s'installer définitivement à Naples. De 1671 à 1674 Giovanni-Paolo vit et travaille avec lui. On retrouve des similitudes dans les œuvres de ces différents artistes : une toile de David De Coninck conservée au musée Fesch d'Ajaccio montre le même lapin au même endroit que Fleurs, fruits et un lapin de même qu'une toile de Christian Berentz offre la même pastèque éclatée que Fleurs et fruits dans un jardin → Voir ce tableau.

"Nature morte de fruits et de fleurs avec des animaux" par David de Coninck (photo ©RMN, Gérard Blot) "Nature morte de fruits et de fleurs avec des animaux" par David de Coninck (photo ©RMN, Gérard Blot) "Nature morte de fruits et de fleurs avec des animaux" par David de Coninck (photo ©RMN, Gérard Blot) Huile sur toile
Reproduction avec l'aimable autorisation du musée des beaux-arts - Palais Fesch d'Ajaccio
Vers la notice de cette œuvre sur le site du musée (nouvel onglet)
 
 

L'origine de son surnom lo Spadino est incertaine. Littéralement ce surnom signifie l'homme à l'épée (de spada, l'épée). Son père aurait eu le même surnom et aurait donc pu le lui transmettre comme lui-même l'a transmis à son fils Bartolomeo. Mais pourquoi à lui et non à son frère ainé ? Certains commentateurs avancent que le surnom viendrait de sa signature très anguleuse qui peut évoquer une lame de couteau. Mais pourquoi utiliser le mot spada et non coltello ? D'autres remarquent que le peintre utilisait une palette longue et étroite qui aurait pu faire penser à une épée. Mais personne semble-t-il n'a remarqué que Giovanni Paolo a été emprisonné de 1680 à 1683 pour homicide. Aurait-il tué un adversaire en duel et ainsi gagné un surnom ? Que l'on pense au sens du mot spadassin en français, l'homme d'épée (avec une nuance péjorative).


 

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