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Au-delà de la représentation conventionnelle de fleurs, de fruits, voire de lapin ou de jardin repris de répertoires de modèles communs aux artistes spécialisés, il faut comprendre que le choix des différents éléments de la composition ne doit rien au hasard mais au contraire à la nécessité de donner à l'œuvre une signification spirituelle. Face à l'austérité des églises reformées, le catholicisme de la Contre-Réforme privilégie l'expression artistique pour proclamer son message en utilisant les perceptions des cinq sens. Derrière chaque représentation il y a un symbole connu de tous, souvent depuis l'Antiquité, si bien que l'ensemble peut se lire comme une affirmation dogmatique.

Dans la première moitié du XVIe siècle, le succès de la Réforme et en particulier l'usage des langues vernaculaires pour le culte ont suscité la convocation du concile de Trente (1545-1563) qui a voulu réformer l'Église sans rupture. Le dogme et la théologie traditionnelle sont réaffirmés dans un catéchisme (1566) et la formation des prêtres est instituée. Mais la mise en œuvre des résolutions conciliaires va prendre plus d'un siècle selon les différents pays. D'où le choix d'utiliser l'art sous toutes ses formes pour diffuser le dogme. C'est le courant du Baroque, naturellement développé en territoire pontifical.

C'est ainsi que la pomme représente la tentation, elle évoque l'arbre dont Dieu interdit de manger le fruit, l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Les pêches groupées par trois désignent la Trinité, la grenade symbolise la Passion et la Résurrection du Christ. Les grains de raisin indiquent l'Eucharistie tout comme le blé ou le biscuit trempé dans le vin, les fraises et les cerises signifient le Paradis, les noisettes le Salut et les poires la fertilité. Le fruit éclaté, citrouille, pastèque ou grenade est une allégorie de l'Église qui rassemble et évangélise. Le lapin est le Mal, le Péché, la Luxure et la Concupiscence. La tulipe et la fleur d'hibiscus évoquent l'Espérance tandis que les feuilles fanées et racornies disent l'échec de la Réforme. Les pampres et les liserons montrent l'attachement, l'amour divin. Le plat en or et vide est là pour affirmer la vanité des richesses, la clepsydre rappelle la brièveté de l'existence terrestre alors que le chêne affirme l'éternité de l'âme. L'eau vaut évidemment pour la purification et le baptême. Les cyprès, l'obélisque et la stèle évoquent la mort mais le jardin ordonné évoque le Paradis et la Vie éternelle.

Il est alors possible de lire les deux tableaux dans leur complémentarité : le premier représente ainsi l'homme, pécheur soumis à la Tentation, cherchant la Rédemption par l'Eucharistie et le rassemblement dans l'Église pour atteindre le Paradis tandis que le second donne la réponse du Salut et de l'accès au Paradis grâce à l'Eucharistie malgré la brièveté de la Vie et l'inéluctabilité de la Mort.


 

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