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Noël Santon, portrait d'une artiste saintongeaise libre

La femme de lettres (page 3/3)

« Corymbe, œuvre de Noël Santon, est un enfant qui a demandé à sa mère beaucoup de travail, de soins, de peines »
Guy de Pompery, Homme de Lettres, 1935.

Poète, romancière, essayiste, Noël Santon s'adonne à une carrière d'auteure foisonnante. Pour autant, c'est grâce à la création d'une revue littéraire qu'elle baptise Corymbe que s'accomplit vraisemblablement l'œuvre la plus remarquable de son parcours de femme de Lettres : une aventure éditoriale à laquelle elle se consacre durant neuf années, de 1931 à 1940.

Cette réalisation propulse Noël Santon, la saintongeaise adepte de la sérénité de sa campagne, au cœur de l'effervescence culturelle de son époque, celle de l'Entre-deux-guerres, qui se caractérise par un renouveau artistique radical dicté par une aspiration profonde à la liberté d'expression et dont le mouvement surréaliste en est une des manifestations les plus symptomatiques.

C'est donc dans ce contexte culturel d'avant-garde que naît, en juillet 1931, bien loin de l'ébullition de la capitale, derrière les murs du logis du Bois-vert, imprimé de façon artisanale sous presse manuelle par son auteure, le premier numéro des cahiers littéraires de la revue Corymbe. Le titre de cette publication, référence au nom donné à une disposition horizontale de fleurs sur leur tige, et le symbole graphique associé, une fleur d'hortensia et une branche de sorbier entrelacés, reflètent le goût affirmé de Noël Santon pour la botanique.

« Il importe moins de publier que de publier de bonnes choses »
Noël Santon, 1931.

L'entreprise éditoriale Corymbe s'emploie à la publication de cahiers littéraires bimestriels, enrichie à partir de septembre 1936 de la parution de cahiers poétiques, qui rassemblent des corpus de textes aux provenances multiples. Elle se consacre également à l'édition d'œuvres intégrales parues sous les collections Le Lierre d'argent et Le Sorbier et qui représente un catalogue d'environ 120 titres. L'ensemble de ces publications est illustré de nombreuses œuvres de bois gravé signées Noël Santon.

« Absolument indépendante, Corymbe est parfaitement éclectique »
Guy de Pompery, Homme de Lettres, 1935.

La ligne éditoriale de Corymbe se définit fondamentalement à travers deux exigences littéraires : le caractère inédit des textes publiés et l'absence de contraintes vis-à-vis de la liberté d'expression des auteurs associés. Ces orientations donnent lieu à une publication originale et riche, où se côtoient d'éminents écrivains contemporains, à l'instar de Jean Giono (1895-1970), et des auteurs méconnus, notamment régionaux. La revue Corymbe s'érige ainsi en marqueur culturel de son époque, témoin d'un paysage littéraire élargi des années 1930.

Faisant écho aux aspirations culturelles de son temps, au goût pour l'inventivité des formes et des sujets d'expression et pour la confrontation des idées, la revue reçoit un accueil bienveillant dans le milieu intellectuel de l'époque, reconnue par des personnalités influentes de la vie littéraire, dont Rachilde (1860-1953), fondatrice de la revue Le Mercure de France.

Le succès de la revue Corymbe ne cesse de s'amplifier au fil des années. Les bureaux de la rédaction siègent à Paris tandis que Noël Santon conserve la direction de la publication et coordonne l'intégralité du programme depuis Saint-Jean d'Angély. Son retentissement est tel que la revue s'exporte au-delà des frontières grâce à la collaboration de correspondants étrangers installés en Espagne, aux États-Unis, au Soudan, en Roumanie, en Suisse, au Sénégal, etc.

Cependant, la Seconde Guerre mondiale éclate et avec elle la fin des idéaux de liberté intellectuelle : les temps ne sont plus à la création littéraire. Face à l'oppression que représente l'occupation allemande pour ses activités, Noël Santon est contrainte de renoncer à la parution de la revue Corymbe.