Page d'accueil

Noël Santon, portrait d'une artiste saintongeaise libre

La saintongeaise (page 2/2)

C'est dans cet environnement propice à la contemplation et à l'évasion que s'éveille la sensibilité poétique et littéraire de Noella Le Guiastrennec, devenue désormais Noël Santon.

Le pseudonyme que Noël Santon s'est choisi témoigne de son profond attachement à la terre, au sens géographique comme au sens paysager du terme, où sa famille, d'origine bretonne, a élu domicile.
Les paysages de la Saintonge qu'elle affectionne tout particulièrement constituent une source d'inspiration intarissable comme l'illustre son recueil de poèmes Fumées, véritable ode à la campagne paisible et rassurante, publié en 1924.

Poèmes de Noël Santon

Cliquez sur les titres pour accéder au texte des poèmes.

  • Nuit sur l'eau

    Nuit sur l'eau

    Douceur des nuits sur l'eau qu'aucun souffle ne ride…
    Entre les rives, le chemin de cristal noir
    Écoule lentement la berceuse fluide
    Où trempe, en bleus reflets, le mystère du soir.

    Là-bas, le pont de fer s'arrondit comme un porche
    Où l'Inconnu guetteur engloutit la clarté.
    Les iris ont éteint les jets d'or de leurs torches,
    Et les roseaux ont tu leurs soupirs tourmentés.

    Dans la vase du bord de vieux crapauds sanglotent…
    Les peupliers ont l'air de piliers monstrueux
    Soutenant de la nuit le poids mystérieux ;
    Et sur les prés frileux des gazes d'argent flottent…

    Les étoiles, là haut, princesses de lumière,
    Ont jeté leurs bijoux, leurs ors, au flot profond ;
    Et l'on voudrait, baisant le front de la rivière,
    Penché, tendant les bras comme une prière,

    Recueillir ces trésors qui scintillent au fond.

  • Le Bain

    Le Bain

    Étends ton corps nerveux dans la fraîcheur liquide !
    La nage est douce aux bras qui rament lentement !
    Ce coin de la rivière est piscine limpide,
    Et lutter contre l'onde est un plaisir d'amant.

    Les cyprins irisés piquent les jambes molles.
    Plus loin la vase dort ; les algues aux doigts verts
    Enlacent l'imprudent sur des gouffres ouverts…
    Et la nuit se blottit, bleuâtre, sous les saules.

    Mais ici la clarté mousse en gerbes d'écume !
    Les fleurs jettent dans l'eau des rayons violets.
    C'est tiède et caressant ainsi qu'un bain de lait ;
    Les feuilles ont du ciel et le vent se parfume.

    Saveur des flots légers et des roseaux craquants !
    Le pied fouille la tourbe en écartant les « rouches* » ;
    La main coupe le fil livide du courant,
    Et l'on a le goût frais du poisson sur la bouche.

    Puis, voici l'heure où, las de brûler les nuages,
    Quittant dans un brouillard son vaste peignoir bleu,
    Vient plonger dans le ru son visage de feu
    Le dieu qui prend son bain depuis l'aube des âges.

    *Rouche est un terme saintongeais désignant le carex, plante de la famille de cypéracées que l'on trouve dans les zones humides.

  • Barque

    Barque

    Le reflet de la lune a balancé la barque
    Dans les parfums vanillés du soir glacé de bleu,
    Et le Songe, oscillant du bonheur qu'il enflamme
    Caresse d'un pied nu l'eau qui soupire un peu.

    Long flottement d'étoile entre deux fraîcheurs sombres…
    Ciel de l'eau… lac du ciel… Ô cœur : rythme éternel !
    Scintillements : baisers jetés… Errantes ombres…
    Lente mouvance d'eau, de feuillage, de ciel.

    Notre léger bateau dérive au fil de l'onde
    En un balancement de rêves qui s'en vont.
    Tout oscille : les prés, les joncs, la lune blonde.

    Et nous songeons, grisés par la magique ronde,
    À tout ce que contient de vaste, de profond,
    Ce mouvement très lent semblant bercer le monde.

  • Dans l'herbe

    Dans l'herbe

    Le rêve qui m'allonge au creux d'une prairie
    A la verte saveur des herbages flottants.
    Sur mon front, à travers une touffe fleurie
    Luit le ciel, le beau ciel amoureux du printemps.

    Je vois le clair contour de ma campagne heureuse,
    Cirque de jade où coule un calme moiré d'or ;
    Vieux moulins penchés sur la rivière frôleuse ;
    Grands arbres caressant le clocher qui s'endort.

    Les bruits sourds du chemin, les roulements grondeurs
    Se reculent, au loin, chassés par le silence.
    Ici la vie atteint aux pures profondeurs :
    Simplicité d'amour, divine confiance.

    Je sens tous les frissons du sol, du pré, du bois,
    Dans un fourmillement d'existences secrètes ;
    Et quand je me relève, à fleur d'herbe, je vois
    Sous la bouche du vent aux voluptés discrètes

    Onduler un lac blanc et or de pâquerettes.

  • Mon pays

    Mon Pays

    Mon pays, je reviens m'enivrer de tes rêves
    Simples et consolants comme un baume d'azur.
    Il fait doux… En mon sang vont remonter tes sèves
    Et mes mains vont pouvoir baigner dans ton flot pur.

    Un insecte d'argent bourdonne… C'est la vie
    Qui passe, ailée, ardente, au dessus du sol roux :
    La vie, ivre d'espace et de clarté fleurie,
    Dans un murmure immense, à la fois grave et doux.

    Le sol chante… il fait beau… Le feuillage caresse
    Le vent, et l'emprisonne en ses doigts musicaux.
    Les collines, au loin, se gonflent de tendresse,
    Et la lumière vibre aux flèches des oiseaux.

    Un lézard mordoré gît su la pierre chaude
    Écrasé par le poids brûlant de la clarté.
    Le zigzag velouté d'un papillon qui rôde
    Semble un désir errant sur le sein de l'Été,

    Il fait beau, dans tes bras, mon pays plein de rêves…
    Mon exil se dissipe au creux de ta douceur.
    Et je veux, pour sentir mieux remonter tes sèves,
    Boire à ton ruisseau frais comme on aspire un cœur.

  • La menthe

    La menthe

    Ruisseau, grands prés, sentiers, vallon ou marécage,
    Tout en senteurs, parfums, comme tout est chanson.
    Mais la plus douce odeur, de la berge au buisson,
    Est l'arôme léger de la menthe sauvage.

    Elle flotte dans l'air comme un subtil frisson,
    Rêve sur l'onde rose et rame dans l'herbage,
    S'enivre de soleil et fraîchit sous l'ombrage,
    Et pénètre avec vous jusqu'en votre maison.

    Après un jour rougi d'écrasante chaleur,
    Tout se dilate et sent : l'eau, la mûre, la fleur !
    La campagne fumante est une cassolette.

    La menthe emplit l'azur de son âme fluette,
    Si vive, si tenace et si tendre à la fois,
    Que le pêcheur, rentré dans sa demeure quiète,
    Peut sentir la rivière en respirant ses doigts.

  • Bateaux

    Bateaux

    Les bateaux endormis s'égrènent sur la rive,
    Le nez dans les roseaux, accolés aux lavoirs,
    Attendant l'heure glauque et propice des soirs
    Où le pêcheur les fait glisser d'une main vive.

    La toue, énorme et noire, offre un dos de baleine…
    De lourds baquets, poussifs, sont presque submergés ;
    …Amas de bois pourri, de goudrons écaillés,
    Des épaves, au fond, se devinent à peine.

    Les bateaux sont les gros poissons de la rivière.
    Un canot, blanc et bleu, semble un sequin d'argent ;
    Un autre, rouge et vert, un squale au ton changeant ;
    La périssoire semble un dard prêt à la guerre…

    Quand l'ombre vient, les chemins d'eau glissent sous eux.
    Ils savent les secrets des souches et des arbres ;
    Les pêches, les affuts et les profonds silences,
    La claire promenade aux milles aimables jeux.

    La pagaie ou la gaffe avec vigueur les pousse…
    Ils découvrent prés verts, ponts noirs, ciels de satin ;
    Des lis d'eau, des fruits bleus, des rayons sur la mousse ;
    L'Aventure enivrante au fil d'or du destin !

    - Le bateau c'est un rêve errant sur une eau douce.

  • Douceur

    Douceur…

    Douceur du soir épandue sur la plaine
    En vagues de clarté qui meurent
                                                                                 une à une…

    Du rose sur un toit…du bleu sur un clocher…
    Un peu d'or sur un front ardent qui s'est penché
    Sous une caresse…

    La lumière s'endort aux paupières du ciel
    Comme un sourire aux yeux d'un tout petit…
                         C'est l'heure
    Où les fleurs de grisaille, les roses grises, éclosent, et tombent
                Lentement
                                sous Les doigts de la brise.

                                                                                 C'est l'heure
    Où tout s'apaise…

                            Les couleurs, les frissons,
    Le choc lourd des outils, les ailes aux buissons,
    La prière des cloches envolées vers l'azur,
    Les pas des vagabonds rentrés dans les masures…

    Seuls vivent des baisers, - des douleurs, - ou des rêves…

    Douceur du soir berçant l'immense grève
    Du monde !
    Douceur du grand silence qui s'élargit
    En ondes
    Jusqu'à l'infini de l'espace et des pensées !
    Douceur de l'effort accompli, - sur le champ
    Offrant au vent d'espoir ses cheveux frémissants, -
    Sur l'usine essuyant son front noirci dans l'ombre, -
    Sur tous ceux qui s'en vont, lourds d'avoir besogné
    Et boivent l'air du soir pour se purifier…

    Douceur sur tous les fronts, - sur toutes les mains lasses
    D'avoir serré leurs cœurs, ou chargé leurs besaces
    Douceur… ici où là… dans le soir…
                                                                                 Sur la Vie…
    Douceur comme un frisson de plume au bord d'un nid,
    Et bénédiction des misères quotidiennes.

    Tout s'apaise : endormons nos tristes haines d'hommes
                                                 Dans la piété du soir divin !
    Oublions… oublions les pauvres que nous sommes
    Pour offrir notre effort au soleil de demain !

  • Danse de la terre

    Danse de la Terre

    Ivresse de vivre, dresse-toi, miraculeuse et nue,
    toute tendue vers la lumière.

    Étire ta jeune forme bondissante, âme pure et chair
    ardente, sur les flammes bleues du ciel !

    Tes jambes se sculptent sur l'espoir en fleur des herbes vertes.
    Tes veines bleuissent de tout le sang du monde ; Chacune
    de tes mains jette un éclatement de pétales vers l'immensité.

    Dresse-toi, magnifique ivresse de vivre eet de sentir
    Vivre la Terre !

  • Fées

    Fées

    Le plus humble décor a ses charmes, ses fées,
    Sa secrète magie et ses fleurs à cueillir.
    Et la vieille Boutonne aux douceurs oubliées
    A les siennes, aussi, qu'il faut redécouvrir.

    Elles dansent, la nuit, en robes de brouillard
    Mauve et bleu, caressant la pointe des herbages,
    Avec une lueur d'étoile en leur regard
    et, sur leurs doigts, l'odeur des framboises sauvages.

    Elles chantent, le jour, dans les sentes fleuries
    Se baignent sous les pleurs des sautes argentés.
    Leurs cheveux laissent des fils d'or sur les prairies,
    et, sous leurs pieds, les joncs frémissent, enchantés.

    Formes d'amour, clartés de rêves, frêles fées
    Des parfums, des reliefs, des chants et des couleurs ;
    Âmes des frondaisons, des fleurs, des eaux bercées,
    Nous les sentons flotter alentour de nos cœurs

    Comme autant de bonheurs aux caresses ailées.