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De plumes et de paille...
... la naturalisation des collections ornithologiques de Poitou-Charentes

A. Introduction : du vivant dans les collections

Lieux de conservation du patrimoine, les muséums sont pourtant à certains égards bien différents des musées qu’ils soient archéologiques, ethnographiques ou artistiques.
En effet, les muséums d’histoire naturelle ont pour mission, entre autres, de présenter, d’étudier et de préserver des collections issues du vivant (que cela soit à travers la botanique, l’anthropologie ou la zoologie). Dans sa mission, le muséum conserve donc une véritable base de données scientifiques de la faune et de la flore mondiales. À la manière d’un vaste dictionnaire en trois dimensions, l’établissement garde en son sein pour les générations futures et pour la recherche, espèces disparues ou menacées, cosmopolites ou endémiques.
Bien entendu, les spécimens qui parviennent au muséum, proviennent pour la plupart, de morts accidentelles. Ils sont périssables à court terme. Des techniques de conservation et de naturalisation sont donc apparues et continuent d’apparaître pour conserver les corps et restituer leur aspect d’origine. Parmi elles, la taxidermie, dont les premières réalisations remontent à 1750, offre, encore aujourd’hui, le moyen le plus satisfaisant de présenter au public mais aussi de conserver des pans entiers de la faune dont celui, vaste et varié, des oiseaux.


B. La taxidermie sur les oiseaux étape par étape :

1- Dépouillage

Dans l’attente d’une taxidermie de l’animal, il est possible de congeler ce dernier. On veillera néanmoins à ne pas dépasser les cinq ans de stockage pour éviter la dégradation des graisses et la perte d’intégrité de la structure du corps qui en résulterait. De plus, lors de sa congélation, l’animal sera enveloppé dans une poche hermétique pour éviter tout desséchement et on évitera le contact direct avec la glace qui provoque des « brûlures » sur la peau.

La première étape consiste à supprimer viscères, muscles et une grande partie du squelette afin de limiter au maximum le risque de pourrissement et d’attaque par des insectes. Ceci est primordial car l’infestation peut alors s’étendre à d’autres spécimens correctement traités.
À l’aide d’un matériel de type chirurgical (scalpel,…), le taxidermiste sépare la peau (les plumes restant fixées à celle-ci) du corps de l’oiseau. L’attache, à la base du bec, de la peau et du crâne ainsi que la structure du squelette des ailes et les pattes sont conservées. Le crâne, qui sera utilisé, est soigneusement débarrassé des chairs, des globes oculaires et de son encéphale.
Les muscles, les graisses et les entrailles sont obligatoirement, de par la loi et les contraintes sanitaires, cédées à l’équarrissage.
Le taxidermiste obtient donc une peau comprenant les plumes, les ailes, les pattes, le bec et le crâne.


2- Préparation de la peau

a- Nettoyage

Dans un premier temps, il est nécessaire d’effectuer un nettoyage délicat qui consiste à laver la peau et le plumage de l’oiseau pour retirer salissures, graisses et traces de sang. Pour ce dernier, on effectue un premier lavage à l’eau froide. Puis, dans une eau à 25° C et à l’aide d’un détergent doux (type shampoing ou détergent pour lainage), on dégraisse et lave les plumes.

Il peut arriver que l’on fournisse au taxidermiste, une peau non traitée et déjà sèche pour qu’il en effectue la naturalisation. Il est possible dans le cas d’une peau relativement récente, même si le travail est très délicat, de redonner une certaine souplesse pour pouvoir la travailler. Un bain d’eau froide appelé « reverdissage » est alors nécessaire.

b- Traitement de la peau

Une fois la peau correctement lavée et assouplie, elle reste fragile et peut être attaquée par les insectes et les moisissures. Il est donc impératif de traiter cette dernière pour la rendre imputrescible.

Le traitement des peaux d’oiseau, plus fragiles que les peaux de grands mammifères que l’on tanne, peut être fait à l’aide d’une solution contenant du sel de borax (tétraborate de sodium). Ce composant chimique aura pour effet d’éliminer l’humidité de la peau. Pour empêcher l’infestation par les insectes et les champignons, on applique sur cette dernière du savon arsenical ou des crèmes préservatrices suffisamment toxiques pour nécessiter l’observation de règles de sécurité (port de gants,…). La peau est alors placée, à l’abri de la lumière, dans un espace ventilé et tempéré pour séchage.

Cette étape achevée, la pérennité de la peau de l’oiseau est assurée.


3- Montage

On peut remplir la peau à l’aide de coton ou de tout autre matériau pour donner un certain volume à cette peau. Ce rapide montage est appelé « mise en peau ». Il est à noter que les muséums ont dans leurs collections des animaux mis en peau de la sorte. S’il est évident qu’ils ne peuvent être montrés en l’état au grand public, ils constituent des spécimens tout à fait utiles et nécessaires à la zoothèque. Ainsi, soigneusement conservées dans les réserves et disponibles aux chercheurs, les « mises en peau » permettent la conservation d'informations précieuses sur des espèces déjà ou potentiellement disparues. La photographie ou toute autre documentation ne pourrait d’ailleurs se substituer à cette conservation qui en plus de permettre une observation tangible offre la possibilité de stocker le matériel génétique pour de futures recherches.

Avec le montage, commence un travail de précision qui exploitera autant les connaissances scientifiques en anatomie que les talents artistiques pour redonner vie à l’animal à travers un rendu fidèle et une posture à la fois réaliste et esthétique. C’est à partir de ce moment que le taxidermiste œuvre aussi en vue de la présentation au public des collections du muséum. Le souci de réalisme sera recherché non seulement pour éduquer et témoigner mais aussi pour émouvoir et captiver.

La mise en peau ayant été correctement effectuée, il s’agit de redonner le volume initial de l’animal. Pour ce faire, le taxidermiste réalise une armature en fils de fer qui redonne la tenue et la posture globale de l’animal. Si l’oiseau est de grande taille, le mannequin pourra être consolidé avec une armature de bois ou avec du plâtre. Les fils métalliques sont glissés le long des os des ailes et entre la peau et les os des pattes. L’armature est aussi solidarisée au crâne. Ce dernier est surmodelé de glaise pour retrouver les volumes de chairs. De la fibre de bois est alors disposée autour de l’armature en respectant au maximum les formes de l’animal.

La peau est alors recousue soigneusement. Il reste alors à équilibrer le volume occupé par la fibre de bois pour parfaire la naturalisation. À l’aide d’une longue aiguille, le taxidermiste pique dans la peau pour répartir précisément la charge.

Il convient aussi de replacer correctement le plumage de l’animal. En se servant d’une longue aiguille pour lever des rangs successifs de plumes, le taxidermiste, un peu à la manière d’un couvreur de toiture, les redispose les unes sur les autres. Ce travail est très méticuleux mais il comptera pour beaucoup dans le rendu final, pour éviter de donner à l’oiseau un aspect « ébouriffé ».

Un autre aspect fondamental dans la réussite de ce travail consiste dans la restitution d’un regard. Les globes oculaires sont remplacés par des cristaux de Bohême, à la forme et à la couleur des yeux de l’animal, fabriqués par des entreprises spécialisées. Leur positionnement, l’un par rapport à l’autre, doivent être extrêmement précis pour « redonner vie » à l’animal et il convient de respecter scrupuleusement leurs implantations d’origine. De même une attention particulière est à porter sur la disposition des paupières dont il faut contrôler la rétractation au séchage à l’aide d’épingles.
Enfin, certaines parties de l’animal (tel le bec) se décolorent dans le temps et nécessitent d’être repeintes.

Durant cette étape de montage le taxidermiste pourra rectifier la position qu’il souhaite donner à l’oiseau en agissant sur l’armature.
Dans le cadre d’un travail pour un muséum, la posture de l’animal est déterminée par la scénographie qu’il intégrera. S’il s’agit de la restauration d’un animal, il conservera sa position initiale. Ainsi, il était fréquent au 19e siècle de présenter les oiseaux sur de simples perchoirs. La présentation de ces derniers se voulait alors exhaustive, sans craindre la surcharge.
Aujourd’hui, cette représentation a évolué : l’animal doit être présenté dans sa position la plus naturelle possible même s’il est fréquent de réaliser des montages spéciaux (groupes d’oiseaux en vol, montage sur socle intégrant une scénographie, diorama…) dans le cadre d’expositions temporaires.

L’animal naturalisé devra être conservé dans des conditions d’hygrométrie (entre 45 et 60 pour cent), de lumière (dont les rayons U.V. altèrent et décolorent le plumage) et de température contrôlées.


C - Nouvelles techniques de naturalisation.

1- Montage sur mannequin en polyuréthane ou en polystyrène

Une des grandes évolutions dans le métier de la taxidermie est l’abandon du remplissage de l’animal par de la fibre de bois au profit de la réalisation d’un mannequin réalisé en mousse de polyuréthane ou en polystyrène. Il y a deux possibilités qui s’offrent alors :

- On peut effectuer la prise d’empreinte du corps de l’animal dans un moule de silicone. Le résultat est rapide et précis mais peut être limitant lorsque l’on souhaite donner une pose très précise à l’animal ou lorsque ce dernier est de grande taille.

- On peut aussi sculpter directement le mannequin dans ces matériaux. Il est donc évident que la réussite du taxidermiste sera à la hauteur de son talent de sculpteur. Mais il est indéniable que le résultat peut être impressionnant de réalisme tant le moindre plissé de la peau ou le galbe d’un muscle peut être reproduit.

Dans le cas de l’emploi de la mousse de polyuréthane et pour éviter le vieillissement de ce composé chimique, on peut procéder à un recouvrement en résine pour préserver la mousse de toute oxydation avec l’air.

2- Lyophilisation

Ce procédé, utilisé depuis peu en France, et sur des modèles relativement petits, a été développé au Canada et aux Etats-Unis (sur tous types d’animaux).
Il s’agit de congeler l’animal dans la posture voulue et de placer le corps dans un appareil qui élève la température à un très haut degré pendant une très courte période (quelques secondes). Ainsi l’eau présente dans chaque cellule est sublimée (passage de l’état solide à l’état gazeux sans le passage à l’état liquide).
De ce fait le corps reste comme figé et conserve son volume et toutes ses couleurs.
La technique reste néanmoins encore très onéreuse et, peut-être, nécessite encore quelques mises au point.