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Sur les traces de Bernard Palissy

 

Bernard Palissy en Saintonge

 

Les sources palisséennes sont riches de documentation écrites (nombreux actes et registres...) et iconographiques. De plus, ses traités recèlent de nombreux détails autobiographiques.

Né à Agen probablement en 1510, Bernard Palissy voyage dans le sud-ouest de la France entre 1530 et 1540, avant de s'établir à Saintes, comme maître verrier. Il étudie la géologie, la physique, la chimie, l'agronomie. Une trace de ses connaissances nous est parvenue grâce à ses écrits, comme les Discours admirables, publiés en 1580 (ouvrage occupant une place importante dans l'histoire de la science) ou encore Architecture et ordonnance de la grotte rustique de Monseigneur le duc de Montmorency.

Il séjourne en Saintonge de 1539 à 1567. Nous savons qu'il réalisait des relevés topographiques dans les marais salants, avant de vivre de ses productions jaspées.

Soucieux de découvrir le secret des émailleurs italiens, il travaillera seul durant une quinzaine d'années, sacrifiant tout à ses recherches. Le mythe déclare à son sujet, qu'il alla même jusqu'à brûler ses meubles et son plancher pour alimenter ses fours.

Tôt convertit au protestantisme, il travaille pour la famille royale, à Saintes puis à Paris, avant de s'exiler à Sedan après la Saint Barthélémy (1572).

Dès 1555, il offre des bassins rustiques en terre émaillée au roi Henri II, qui en apprécie l'originalité.

En 1562, Palissy reçoit la commande d'une " grotte rustique " que le Connétable de Montmorency désirait aménager dans le jardin de son château à Ecouen. Celui-ci lui obtient le titre " d'inventeur des Rustiques Figulines du Roy et de Monseigneur le Connétable ".

Cette grotte conçue pour Anne de Montmorency est peu documentée. L'atelier saintais de Palissy détruit, il est probable que la grotte n'ait jamais été installée.

Ses fabuleuses céramiques lui valent également la protection de Catherine de Médicis et l'exécution, en 1570, d'une grotte émaillée aux Tuileries (dans la Cour Napoléon du Louvre).

Il est emprisonné à la Conciergerie puis à la Bastille pour hérésie ; il y meurt en 1590.

 

Le mythe palisséen

 

Palissy est mentionné dans de nombreux documents du XVIème siècle.

Cependant, ses confrères, scientifiques et artisans, ne formulent aucune louange à son égard ni aucun signe d'appréciation sur son travail.

Pourtant, sa légende est née presque à sa disparition. Sa mort est dramatisée par des chroniqueurs contemporains aussi éminents que Théodore Agrippa d'Aubigné.

Au XVIIème siècle, Palissy est connu comme " paysan du Saintonge " et ses connaissances en agriculture semblent plus approfondies que celles de contemporains savants.

Cependant ses écrits sont censurés, et il faut attendre le XVIIIème pour les voir réédités.

Le XIXème siècle donne à Palissy, une dimension imposante et amorce même la naissance d'un véritable culte.

Plusieurs rééditions de ses écrits sont publiées.

En même temps, presque toutes les céramiques françaises datant du XVIème et XVIIème siècles recouvertes d'émaux translucides ou glaçurées façon jaspe, sont automatiquement attribuées à Bernard Palissy.

A la fin du XIXème siècle, la découverte de fragments de céramique dans la grotte des Tuileries va renouveler cet engouement pour les imitations.

Ainsi, on ne peut plus différencier l'homme de la légende, ni faire la distinction entre ses créations et celles de ses continuateurs.

Aujourd'hui, de nombreux historiens tentent de rétablir l'importance de la place de Palissy dans l'histoire de la science. Les récentes découvertes archéologiques de l'atelier parisien de l'artiste y contribuent.

Palissy céramiste

 

Le mythe de Palissy enrichi de nombreux faits historiques a finalement brouillé toute évaluation critique de l'artiste et de son œuvre.

La légende élaborée par les historiens du XIXème siècle, a contribué à perdre le souvenir des créateurs au service du potier, alors que le nombre des pièces qui lui sont attribuées est très réduit et incertain.

La pratique des " rustiques figulines " semble avoir assez longtemps perduré, aussi ne faut-il pas exclure la possibilité que certaines pièces datent du XVIIème ou même du XVIIIème siècle.

Seuls quelques fragments retrouvés dans son atelier des Tuileries peuvent être considérés comme étant de la main du célèbre potier.

Une orfèvrerie de terre

 

Palissy s'inspire aussi bien de l'oeuvre de la nature que de celle de l'homme en moulant des animaux comme des pièces d'orfèvrerie.

La découverte de la faune et de la flore en Saintonge se répercute directement dans ses productions illustrant son inspiration naturaliste.

D'après ses écrits, nous savons qu'il importait ses terres du Poitou à Paris.

La plupart des céramiques rustiques de l'atelier de Palissy empruntent la forme typique de bassins et d'aiguières. Leurs surfaces, normalement à vocation utilitaire, sont transformées afin d'imiter la pierre brute, incrustées de coquillages et estampillée de fossiles.

Chaque objet est glaçuré, utilisant des couleurs translucides imitant la nature.

La technique de fabrication des " rustiques figulines ", dont les sujets (poissons, serpents ou batraciens) sont moulés d'après nature, se rapproche de la technique permettant d'obtenir une terre vernissée. Celle-ci consiste à enduire la pièce d'un émail plombifère et à appliquer sur le fondant encore humide diverses oxydes métalliques (blanc de plomb, bleu de cobalt...).

 

Caractéristiques de l'orfèvrerie maniériste, reflétant le goût des princes de la fin de la Renaissance :

- décor d'entrelacs (l'atelier de Palissy utilise la technique de l'estampage direct pour obtenir des décors d'arabesques) ;

- la profusion d'ornements moulés en relief (reflet de l'orfèvrerie contemporaine) ;

- le bestiaire : grenouilles, lézards, serpents, anguilles, coquillages....

 

Atelier des Tuileries

 

Les récentes fouilles des Jardins du Carrousel  du Louvre ont permis de situer le secteur des ateliers de " tuiliers " à l'extrémité sud du site.

Une importante quantité de fragments de matrices, de moules en terre cuite, de moules en plâtre, d'animaux moulés, et de " rustiques figulines " a été exhumée.

Dès le début de la fouille on attribue la paternité de cette production à Bernard Palissy en raison des nombreuses séries de serpents, grenouilles, ou rocailles. Ces données non vérifiables restaient fondées sur des certitudes esthétiques du XIXème siècle, découlant de pièces non datées, non signées, et donc d'origine incertaine...

La chronologie du site exploré a permis la confirmation de cette attribution.

En effet, l'ensemble du matériel archéologique est daté du dernier quart du XVIème siècle par des monnaies et des jetons.

Cette datation coïncide avec la présence de Bernard Palissy à Paris, attestée par les sources écrites aux Tuileries (entre 1567 et 1572).

Pourtant certaines interrogations restent toujours sans réponses : peut-on attribuer toutes ces découvertes à Palissy ? Quelles mains ont travaillé ? Quelle est la part respective de création entre Bernard Palissy et ses fils, ou entre le maître et son l'atelier ?

Nous sommes néanmoins en présence du véritable atelier de Palissy à Paris, où il élabora et réalisa la grotte de rocailles des Tuileries pour Catherine de Médicis.

Actuellement des chercheurs mènent de nombreuses études scientifiques afin d'approfondir les connaissances des productions palisséennes et d'authentifier par comparaison de nombreuses pièces restées anonymes.

 

 

L'atelier de Saint-Porchaire

 

Les poteries de Saint-Porchaire révèlent une expérience (provinciale ?) originale, ambitieuse et réussie, qui a voulu rivaliser avec ou s'inspirer de certaines techniques de l'orfèvrerie.

Sur le chantier archéologique des Tuileries, des moules de céramiques de " Saint-Porchaire "  ont été découverts à l'emplacement de l'atelier de Palissy.

Ce fait révèle la possibilité que quelques pièces importantes ont bien été exécutées à la Renaissance.

S'il y a une influence réciproque entre ces deux ateliers, par contre on ne peut pas déterminer si cette influence a lieu au cour de la période saintongeaise de Palissy ou lors de son séjour parisien.

Ces pièces trouvées témoignent au moins de l'intérêt que portait Palissy pour les productions de céramiques contemporaines.

On constate également que la qualité technique et le raffinement du décor de la céramique de Saint-Porchaire en font une démarche créatrice propre et parallèle à celle de Bernard Palissy.

La découverte d'un fragment de navette, lors des fouilles menées dans les fossés du château de Parthenay, pourrait porter à confusion. Cet objet, fréquent dans la production saintongeaise du XVIème siècle, présente des caractéristiques techniques et iconographiques propres aussi bien à l'atelier palisséen, qu'au style de Saint-Porchaire (décor d'entrelacs).

Il porte un décor estampé sur la partie renflée, puis les armoiries de Louis de Bourbon, prince de Condé (tué en 1569 à Jarnac) sur la partie plane.

Au XIXème siècle, la céramique de " Saint-Porchaire "  est abondamment imitée et copiée par les mêmes artistes qui reprennent le style des céramiques de Palissy, comme Jean-Charles Avisseau ou Georges Pull ; imitation également reprise dans la faïence de Parthenay.

 

A la manière de ...

 

Longtemps oublié, Bernard Palissy et son style rustique, sont très présents à l'esprit des scientifiques du siècle des Lumières, en raison de leur lien avec le naturalisme, la géologie et l'histoire ; ce qui engendrent au XIXème siècle sa réhabilitation.

Au XIXème siècle, le renouveau de l'art de Bernard Palissy s'explique aussi par l'intérêt que portent les artistes aux sciences et à la nature.

Les œuvres du maître de la Renaissance, sont copiées par de nombreux faïenciers qui s'organisent en ateliers ou qui créent des écoles, notamment à Tours, avec Jean-Charles Avisseau ou à Paris, avec Victor Barbizet.

A Angoulême, c'est à la fin du XIXème siècle que la tradition de Palissy ressurgit, avec les imitations du céramiste Alfred Renoleau (1854-1930), célèbre également pour ses grès à cristallisations.

> Ecole de Paris

Victor Barbizet

Actif entre 1850-1890 environ, venu de Dijon, lui revient le mérite d'avoir créé " L'Ecole parisienne " dans l'esprit de Palissy. Installé 15 place du Trône, il se distingue par une production de qualité, exécutée en partie par moulage, mais les détails manquent parfois de finesse. Le fond bleu intense, piqueté d'une façon caractéristique, de ses bassins permet de reconnaître vite sa production. L'observation de la nature n'a rien de commun avec celle d'Avisseau.

 

 

Renoleau imitateur

 

Fils de perruquier, Alfred Renoleau fait ses premiers essais en tant qu'autodidacte dans l'arrière boutique familiale, où il fait construire un four, malgré quelques réticences.

En 1889, il rejoint la fabrique de Roumazières, importante tuilerie charentaise dirigée par M. Polakowsky. Il est engagé afin de créer des plats dans le goût Palissy, destinés aux meilleurs clients.

Durant cette période, il perfectionne sa technique et consolide ses acquis, sous la tutelle de Sylvestre Bourigeaud (1863-1941), mouleur-modeleur.

Après des séjours dans divers entreprises, comme à l'atelier de Georges Pull, il créé la " faïencerie d'Angoulême " avec M. Goras, à l'Houmeau.

Puis il installe son atelier et ouvre sa propre entreprise en 1891 à Angoulême, dans l'ancienne borderie épiscopale. Son neveu, Joseph Roullet Renoleau, son associé depuis 1900, poursuivra l'activité de cet atelier.

Il parvient à fabriquer des oeuvres très proches de Palissy, soit en terre vernissée (enduit vitrifiable plombifère), soit en terre émaillée (émail stannifère). Elles reçoivent leur décoration sur un émail cuit, au grand feu, permettant les retouches.

Il produit des vases et des plats de tous styles, ainsi que des statuettes, bustes et animaux... Il signe ses faïences de son nom ou de la marque " AR A ".

Il puise son inspiration naturaliste dans la flore et la faune de la Charente : reptiles, batraciens, poissons de rivière et anguilles, écrevisses, ou de la mer (coquillages, crabes...) ; pour la flore : algues, feuilles de primevère ou de nénuphar ...

Les animaux moulés se retrouvent dans des compositions ornant des plats ovales, simulant des scènes de rocailles aquatiques...

Il s'adapte même aux tendances contemporaines Art Nouveau et Arts Décoratifs à partir de 1920.

 

Lieux de conservations

Charente :

Angoulême : musée des Beaux-Arts

Charente-Maritime :

Saintes : musées Dupuy-Mestreau et des Beaux-Arts Le Présidial
La Rochelle : musée du Protestantisme

Deux-Sèvres :

Parthenay : musée Georges Turpin
Thouars : musée Henri Barré

 

Bibliographie

 

Amico (L.), A la recherche du paradis terrestre - Bernard Palissy et ses continuateurs, Paris, 1996
Ballot (M.-J.), La céramique française au musée du Louvre : Bernard Palissy et les fabriques du XVIème siècle, Paris, 1924
Bernard Palissy, mythe et réalité, Catalogue d'exposition, 1990.
Fillon (B.), L'art de terre chez les Poitevins, Niort, 1864.
Gibbon (A.), Céramiques de Bernard Palissy, 1986.
Latier (M.), Faïences et faïenciers d'Angoulême de 1748 à 1914, Bordeaux, 1971.
Palissy (B.), Discours admirables, rééd. 1961.
Une orfèvrerie de terre, Bernard Palissy et la céramique de Saint-Porchaire, Catalogue d'exposition du Musée National de la Renaissance, Château d'Ecouen, 24 septembre 1997 - 12 janvier 1998.

Générique

 

* Sur les traces de Bernard Palissy Rédigé par Delphine Daviaud

* Réalisation technique et graphique : Delphine Daviaud

* Crédits photographiques :

- musée municipal d'Angoulême, musée du Protestantisme, musée municipal de Parthenay, musées municipaux de Saintes, musée municipal de Thouars

* Remerciements tout particulier à :

- Association du musée du Protestantisme de La Rochelle
- Monique Bussac : musée des Beaux-Arts d'Angoulême
- Maria Cavaillès et Stéphanie Thomas : musée municipal de Parthenay
- Sandrine Duclos : Alienor.org, Conseil des muses
- Catherine Duffault : musées municipaux de Saintes
-  Michel Rerolle : Alienor.org, Conseil des muses
- Emmanuelle Roy : musée municipal de Thouars
- Fabienne Texier, Berthrand Renaud : musées municipaux de Niort
- Dominique Vila : musées municipaux de Châtellerault

 

Vocabulaire

Rustiques Figulines : ornementations moulées sur des céramiques à thèmes naturalistes.

La faïence : est une céramique obtenue à partir d'une pâte d'argile soit dégraissée par addition de silice, soit enrichie d'un mélange de marnes argileuses, cuite à plus (grand feu) ou moins (petit feu) haute température, et recouverte d'un émail stannifère opaque. Cet émail est susceptible de recevoir un décor peint.

L'émail stannifère : Il s'agit d'un enduit composé, à base d'oxyde de plomb et de silice, rendu blanc et opaque par la présence de sel d'étain. Il a pour but de cacher la couleur de l'argile, tout en la rendant imperméable et lisse.

Le grand feu : le décor est tracé sur l'émail en partant d'une gamme restreinte d'oxydes métalliques, très résistants au feu, mais ne comportant que cinq couleurs de base (bleu, jaune, violet, vert et plus rarement rouge). Ces couleurs portées à cuisson en même temps que l'émail sur lequel elles se superposent, se fondent à lui et n'apparaîtront pas en relief à la surface de l'objet fini.

Le petit feu ou feu de moufle : la pratique remontant à l'année 1749, d'une décoration au petit feu ou feu de moufle, révèle des différences. On procède dans un premier temps à une cuisson à grand feu de la pièce émaillée qui sera ensuite décorée au moyen d'une gamme beaucoup plus étendue d'oxydes colorants fragiles. C'est à partir de ces oxydes que l'on obtiendra des couleurs riches et variées produisant un décor qui formera à la surface de l'objet fini un relief caractéristique.

L'émail : est une substance vitreuse, opaque ou transparente, dont on recouvre certaines matières pour leur donner de l'éclat ou les colorer d'une façon inaltérable. Un émail est généralement composé de sable siliceux, d'un mélange de potasse et de soude, d'oxydes métalliques colorants, le tout fondu à chaud.

La glaçure : est une substance transparente ou colorée appliquée sur certaines poteries pour les imperméabiliser.