Alienor.org, Conseil des musées présente : Retour sur une exposition
La faïencerie d'art de Parthenay Prosper Jouneau

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Jouneau, artiste parthenaisien

 
 
 

Prosper Jouneau voit le jour en 1852 à Parthenay (Deux-Sèvres) dans un milieu ouvrier modeste. Il est encore un enfant quand sa famille s’installe à Niort. Il montre rapidement de réelles aptitudes pour la sculpture et le modelage qui orientent ses études. Encouragé par sa famille et avec l’aide financière du département des Deux-Sèvres et de la ville de Niort, il intègre l’École des Beaux-Arts de Poitiers, exposant ses sculptures dès l’âge de 17 ans. Puis, il achève sa formation à l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris. Ayant noué d’importants contacts avec des notables locaux et soucieux de rester proche de sa famille, Jouneau retourne à ses origines et s’installe à l’âge de 30 ans à Parthenay, alors petite agglomération d’à peine 5 000 habitants.

Portrait de P. Jouneau par E. Pidoux Portrait de P. Jouneau par E. Pidoux
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Portrait de P. Jouneau par E. Pidoux Ernest Pidoux, artiste peintre natif et installé à Parthenay
Il fut également un des amis de Proper Jouneau.
Collection du musée de Parthenay, n° d'inv. 985.638.
crédit photo : Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. Christian Rome
Fiche de l'objet
 

Si Niort est le chef-lieu du département, Parthenay, capitale de la Gâtine poitevine, est, tout de même, le siège de l’École normale de garçons du département et, en 1887, on y ouvre l’École de dessin et de modelage appliqués à l’industrie et aux arts décoratifs (aujourd’hui École d’arts plastiques). C’est l'une des toutes premières à avoir été créée dans la région et elle témoigne de l’intérêt des parthenaisiens pour l’enseignement des Beaux-Arts. Prosper Jouneau en assure la direction de son ouverture jusqu’en 1902, date à laquelle il est remplacé par un autre céramiste, Édouard Knoëpflin.

Parthenay est une ville dynamique et elle profite des révolutions économiques qui modifient profondément le visage de la France. Cette époque est marquée par un renouveau en matière d’urbanisme, d’industrialisation et de transports : la gare est construite en 1881 et les années suivantes font de Parthenay, jusqu’alors enclavée, une étoile ferroviaire située au croisement des lignes Poitiers-Nantes et Paris-Montparnasse-Bordeaux. D’ailleurs, la faïencerie, où le céramiste habite jusqu’en 1891, s’élève près de la voie ferrée où passent jour et nuit les trains Paris-Bordeaux.

La faïencerie de Parthenay avant 1889 La faïencerie de Parthenay avant 1889
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La faïencerie de Parthenay avant 1889 Le bâtiment de la faïencerie, construit en 1882, se compose d’un pavillon central encadré par deux ailes basses. La chaîne d’angle harpée rehausse l’esthétique du bâtiment et le bandeau reliant les linteaux triangulaires apporte une certaine élégance à l’ensemble. Tirage photographique sur papier albuminé Collection du musée de Parthenay, n° inv. 2015.0.43 Fiche de l'objet   Dessin de la faïencerie Dessin de la faïencerie
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Dessin de la faïencerie Le pavillon central est rehaussé d’un étage, certainement pour permettre l’installation du prototype en plâtre du plafond qui est présenté à l’Exposition universelle de 1889. Un balcon ajouré en calcaire est installé en façade : sa rambarde présente un motif sculpté de style Renaissance, proche de ceux que l’on retrouve sur les faïences. Collection du musée de Parthenay, n° inv. 2003.2.149 Fiche de l'objet  
 

Prosper Jouneau, sculpteur de formation, change de vocation le jour où il découvre la faïence à l’occasion de sa visite de la section céramique à l’Exposition universelle de Paris de 1878. En quelques années, il s’approprie ce nouveau métier et s’associe avec Henri Amirault, riche notable parthenaisien, afin de créer une manufacture de « Céramique d’art décorative », puis sa propre marque avec la mention « Émaux d’art décoratif ».

La faïencerie de Parthenay est créée en 1882. Prosper Jouneau, son premier directeur, participe au lien qui se crée entre l’art et l’industrie de cette deuxième moitié du XIXe siècle.

Henri Amirault Henri Amirault
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Henri Amirault Portrait en pied d'Henri Amirault (1884-1914)
D'abord partenaire en affaire, Jouneau et Amirault se brouillent au sortir de l'Exposition universelle de 1889.
La faïencerie est dirigée par H. Amirault, sans Prosper Jouneau, la production de la faïencerie se poursuit. Édouard Knoëpflin rejoint H. Amirault et dirige la production de 1902 à 1905. La faïencerie, perdure avec H. Amirault jusqu’en 1912.
Collection du musée de Parthenay, n° inv. 2015.0.48
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La vingtaine d’années pendant laquelle Prosper Jouneau est à la tête de la faïencerie, correspond à un véritable renouveau des arts du feu et plus concrètement des « arts de la terre ».

Voulant asseoir la notoriété et l’excellence de la faïencerie de Parthenay, Jouneau multiplie la présentation de ses réalisations dans les foires-expositions, salons et Expositions universelles. Il participe à trois Expositions universelles, en 1885 à Anvers, en 1889 à Paris et en 1900 à nouveau à Paris.

L’accueil critique élogieux reçut en 1885 à Anvers, pousse Jouneau à investir encore plus en vue de l’Exposition de 1889 à Paris. Il bénéficie, en outre, de l’appui et de l’amitié d’Antonin Proust (1832-1905), l’une des plus fortes personnalités de la République de l’époque. Leur entente fut une chance pour l’artiste et pour Parthenay. A. Proust dira : « Pour moi, je puis vous l’affirmer, il est deux hommes en France qui honorent grandement nos industries d’art, c’est Gallé de Nancy et Jouneau de Parthenay. L’école de Gallé est une fortune pour la ville de Nancy, l’école de Jouneau peut être une fortune pour notre pays » (L’Œil de Parthenay 1890).

Portrait d'Antonin Proust Portrait d'Antonin Proust
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Portrait d'Antonin Proust Portrait à la mine de plomb, par Georges Turpin Collection du musée de Parthenay, n° inv. 2015.0.16 Fiche de l'objet  

L’Exposition universelle de 1889, doit constituer, pour Jouneau, un jalon important dans sa carrière d’artiste. Grâce à deux œuvres majeures, il veut faire la démonstration de tout son savoir-faire : un reliquaire au décor complexe et, plus encore, un plafond en céramique d’inspiration Renaissance qui coiffe le pavillon de la section céramique. Antonin Proust, en sa qualité de Ministre des Arts, promet à Prosper Jouneau que l’État français fera l’acquisition du plafond pour l’un des palais de la République.

Bien que distingué et emportant une médaille d’or, Jouneau n’obtient pas du jury l’accueil critique qu’il espérait.

Pire encore, l’État renonce à acquérir le plafond. Ce qui devait être l’une des commandes majeures au bénéfice de la faïencerie gâche la vie de Jouneau et ses relations, déjà difficiles, avec son partenaire financier H. Amirault.

Cette brouille conduit l’artiste et l’homme d’affaire jusqu’à un procès long et désastreux pour Jouneau. Cela met un coup de frein important sinon déterminant à la période la plus créative de l’artiste et pèse lourdement dans la reprise de son activité de céramiste.

Plafond de l'Exposition universelle de 1889 Plafond de l'Exposition universelle de 1889
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Plafond de l'Exposition universelle de 1889 De forme à peu près carrée, le plafond mesure environ trois mètres de côté. Il est constitué de trois types d’éléments principaux : des caissons carrés, des éléments de bordure et une coupole centrale hémisphérique... Collection du musée Bernard-d’Agesci – CAN, n° inv. 984.5.1 Fiche de l'objet  

Si la manufacture d’art fait la renommée de sa ville, son créateur, Prosper Jouneau, est contraint de s’en détacher. L’association des deux hommes ne survit pas au changement de siècle et leur discorde conduit à un procès qui voit son terme en 1902 après de long mois de procédure.

Dirigée par H. Amirault et désormais sans Prosper Jouneau, la production de la faïencerie se poursuit. Un nouvel artiste céramiste, Édouard Knoëpflin, rejoint H. Amirault et dirige la production de 1902 à 1905. La faïencerie, perdure avec H. Amirault jusqu’en 1912.

De son côté, Jouneau part s’installer à Montpellier pour y diriger l’École régionale des Beaux-Arts, mais, il est confronté à de nombreux soucis administratifs qui empêchent, comme espéré, la mise en valeur de la céramique dans l’établissement.

Enfin, la Première Guerre mondiale prive l’artiste de son fils aîné et finit de tarir sa flamme artistique. Le cœur n’y est probablement plus et Prosper Jouneau s’éteint en 1921 sans avoir pu rallumer le feu créatif qui fut le sien au dernier quart du XIXe siècle.

+ sur le plafond en céramique