Les portraits au pastel de Jean Valade

dans la collection des musées de Poitiers

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I. La mode des portraits au pastel au XVIIIe siècle.

La technique du pastel, probablement inventée au XVe siècle et utilisée dans un premier temps en dessin et pour des travaux préparatoires, a connu son apogée au XVIIIe siècle. Parmi ses plus illustres représentants figurent Maurice Quentin de La Tour, « le prince des pastellistes », Jean-Baptiste Perroneau ou encore Rosalba Carriera.
Elle suscita de vives critiques qui dénoncèrent en particulier son caractère fragile en comparaison avec la peinture à l’huile. La concurrence grandissante qu’elle exerçait suscita jalousie et crainte chez les peintres « en huile », aussi l’Académie royale de peinture et de sculpture refusa-t-elle d’accepter les peintres « en pastel ».
Le succès du pastel n’en fut pourtant pas diminué auprès du public jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Après cette période faste, il fut de nouveau utilisé quelques décennies plus tard, notamment par les impressionnistes comme Edgar Degas et Claude Monet.

« Les crayons mis en poudre imitent ces couleurs,
Qui dans un teint parfait offrent l’éclat des fleurs.
Sans pinceau, le doigt seul place et fond chaque teinte ;
Le duvet du papier en conserve l’empreinte ;
Un crystal la défend. Ainsi de la beauté
Le Pastel a l’éclat et la fragilité. »

Claude-Henri Watelet, L’Art de peindre, 1760, XIX-142.

Le XVIIIe siècle coïncide avec un vif engouement pour l’art du portrait qui contribua en partie à l’épanouissement du pastel, dont la technique servait parfaitement ce genre. Son utilisation permet en effet d’obtenir un aspect velouté et vaporeux qui convient particulièrement au rendu des étoffes comme le velours, le taffetas ou les mousselines. Il émane aussi de cette technique un aspect doux et léger permettant d’obtenir des tons délicats pour mettre en valeur les différentes carnations de la peau et les tonalités de fards. Cette popularité avérée du portrait auprès du public ne trouvait pas d’équivalent au sein de l’Académie, qui le considérait comme un genre mineur. L’institution mena une forte campagne de revalorisation de la peinture d’histoire, fortement encouragée au détriment des autres genres. Certains critiques, comme La Font de Saint-Yenne, s’insurgèrent contre le développement des portraits qui ne possédaient de valeur qu’en fonction du modèle représenté. Malgré tout, les portraitistes et pastellistes rencontrèrent un public fidèle ; pastels et peintures à l’huile furent exposés ensemble aux Salons du Louvre jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

II. Jean Valade, « peintre ordinaire du Roy ».

Le portraitiste Jean Valade figure parmi les artistes poitevins qui connurent une carrière parisienne remarquable. Né à Poitiers, il fut baptisé en novembre 1710 en l’église Saint-Paul, à l’angle des actuelles rues Jean-Jaurès et Saint-Paul. Son père, Léonard, est mentionné dans les archives comme « maître en l’art de peindre à Poitiers ». Sa mère, Marie Bellot, était fille d’un maître jardinier. Il reçut probablement de son père les premiers rudiments du métier et certaines sources anciennes évoquent sa formation auprès de Charles Coypel, à Paris. La date de son installation dans la capitale reste incertaine ; sa présence y est attestée en 1742, dans le quartier du Louvre. Son agrément en 1750, puis son admission à l’Académie royale de peinture et de sculpture quatre ans plus tard, témoignent de sa parfaite intégration dans le milieu des artistes parisiens.

Issu d’un milieu modeste, son mariage avec Louise-Gabrielle Rémond en 1752 contribua à son introduction dans la société bourgeoise. Cette même année, il reçut du duc d’Orléans une rente viagère qui lui rapportait environ 300 livres par an. L’ensemble de sa carrière, sans être brillante, nous révèle un peintre habile, ayant conquis une clientèle de nobles et de bourgeois aisés qui lui fournit des revenus conséquents. Il semble s’être cantonné à l’art du portrait, à l’huile et surtout au pastel. Valade se place parmi les bons praticiens de ce genre, recherchant la ressemblance et un rendu minutieux des vêtements et des accessoires. Entre 1750 et 1770, Jean Valade réussit à occuper une place prépondérante comme pastelliste et exposa un grand nombre d’œuvres aux Salons du Louvre. Il mourut le 12 octobre 1787 à Paris.

III. Le pastel, technique et conservation.

L’invention du pastel daterait du XVe siècle et, selon certaines sources, cette technique aurait été révélée et transmise à Léonard de Vinci par Jean Perréal en 1492 à Milan. Le pastel est une technique picturale à mi-chemin entre le dessin et la peinture. Ce matériau se présente sous forme de bâtonnets de poudre solidifiée. Des pigments de couleurs sont broyés dans de l’eau contenant une émulsion saponifiée. L’ensemble est ensuite mélangé à une substance agglutinante comme de la gomme arabique, de la colle de poisson ou encore du miel et du lait selon une formule ancienne.

Un support rugueux est à privilégier pour retenir la poudre et assurer une meilleure conservation des couleurs. Le pastelliste utilise une feuille de papier à grain plus ou moins gros. En raison de sa finesse, le pastel permet d’obtenir facilement des mélanges de couleurs et des fondus. En revanche, il est essentiel de fixer ce matériau fragile tout en prenant garde à ne pas alourdir les pigments. Aujourd’hui, les pastels sont le plus souvent conservés en réserve et ne sont que temporairement exposés. Leur extrême sensibilité à la lumière (photosensibilité) rend nécessaire cette précaution. De plus, lors de leur exposition, un faible éclairage est choisi pour limiter leur dégradation.

IV. Découverte des œuvres de Jean Valade au musée Sainte-Croix de Poitiers.

Portrait de la dame à l’œillet.
Pastel - H. 54 cm ; L. 45 cm.
Conservé aux musées de Poitiers, Inv. D955.4.1.

Ce portrait au pastel signé de Jean Valade représente une femme assise tenant délicatement de sa main droite un œillet panaché. Elle porte une robe bleue, agrémentée d’un collier et d’un ruban à cheveux de la même couleur. Le regard perdu au loin, elle esquisse un sourire timide et réservé. La carnation de sa peau, d’un éclat laiteux, est animée de légères teintes rosées, notamment sur ses pommettes.

Portrait d’un homme en habit bleu.
Pastel - H. 57 cm ; L. 46.2 cm.
Conservé aux musées de Poitiers, Inv. 963.8.1.

Ce portrait est considéré comme l’un des pastels les plus précoces de Jean Valade en raison des vêtements représentés. En effet, le costume bleu de cet homme fait référence à la mode des années 1740, tout comme la perruque grisonnante portée à hauteur d’épaule. Le traitement du visage est minutieux et l’expression est rendue avec finesse. On peut ainsi observer le soin apporté à l’exécution du nez, de la bouche ou encore au rendu de la peau. D’une tonalité majoritairement froide, la palette est rehaussée par le vermillon et le jaune d’or de la chemise.

Bibliographie sélective :

- Neil Jeffares, Dictionary of pastellists before 1800, London, 2006.

- Antonella Fuga, Techniques et matériaux des arts, Paris, 2005.

- Xavier Salmon, Le voleur d’âmes Maurice Quentin de La Tour, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles, 2004.

- Audrey Bourriot, Les techniques de l’art (Sous la direction de Jean Rudel), Paris, 2003.

- Marie-Hélène Trope, Jean Valade « Peintre ordinaire du Roi 1710-1787», Musée de la Ville de Poitiers et de la Société des antiquaires de l’Ouest, Poitiers, 1993.

- Paul Ratouis de Limay, Le pastel en France au XVIIIe siècle, Paris, 1946.

Générique :

Conseiller scientifique :
Anne Péan, conservateur du patrimoine, directrice des musées de Poitiers.

Rédaction :
Anne Péan, conservateur du patrimoine, directrice des musées de Poitiers.
Audrey Saulières, Alienor.org, Conseil des musées.

Conception graphique :
Audrey Saulières, Alienor.org, Conseil des musées.

Réalisation technique :
Grégory Legeais, Alienor.org, Conseil des musées.

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