Patagonie

Hommage aux indiens disparus de Patagonie et de Terre de Feu, masques de Hervé Haon, création contemporaine

Colonisation et massacres

Vue de l'exposition, indien Selk'Nam Vue de l'exposition, indien Selk'Nam mention légale

À partir de 1870, les colons venus d'Europe arrivent en masse en Patagonie et en Terre de Feu. Ils sont Anglais, Gallois, Écossais, Basques, Italiens, Espagnols, Allemands, Croates. Certains fuient la misère du vieux continent, d'autres sont en rupture de ban. Mais tous sont animés par des rêves de fortune, de liberté et de grands espaces. Des terres infinies s'offrent à leur convoitise. Bien sûr, quelques « sauvages » les hantent mais qu'importe. Des territoires sont à conquérir, des terres sont à prendre.

Ils les prendront.

 

 

Tout commence à Punta Arenas. La ville est fondée en 1848 sur les bords du détroit de Magellan où passe alors tout le trafic maritime entre l’Europe, les États-Unis et l’Orient. De nombreux colons débarquent tous les mois des bateaux. La ville se développe rapidement et la bourgade, ancienne colonie pénitentiaire, devient vite le principal centre économique du grand sud.

Des fortunes colossales se créent en quelques années grâce à l’or blanc : l’élevage de moutons. Ce sont les Anglais qui en 1877, ont importé en Patagonie les premiers moutons en provenance des îles Malouines. La demande en laine est alors énorme et les terres patagoniennes s’avèrent favorables à l’élevage ovin. Bien sûr, il y a les indiens mais ces quelques sauvages à demi nus errant dans ces solitudes ne vont pas faire longtemps obstacle à cette fièvre laineuse qui s’offre si facilement à eux.
Les nouveaux venus s’emparent des terres indiennes, dressent de nouvelles frontières, clôturent leurs estancias et chassent à outrance les guanacos sauvages, le gibier traditionnel des indiens qui, eux, étaient de toute éternité habitués à ne prélever que ce que la terre leur donnait. Désormais, privés de leurs territoires de chasse, les indiens sont contraints de se rabattre sur ce qu’ils nomment maintenant les guanacos blancs, les moutons.

Et là, pour les colons, c’en est trop. Le prétexte est bon et il est convenu d’enrayer le fléau. En quelques années, avec un acharnement sordide, ils vont s’employer à l’élimination quasi-totale de ces peuples immémoriaux.

 

 
 

Patagonie et Terre-de-Feu aujourd'hui - Photographies d'Hervé Haon

 

Des expéditions paramilitaires sont organisées avec la bénédiction muette des autorités.

À Santiago, à Buenos Aires, on ferme les yeux sur ce qui se passe dans le grand sud.

Tout cela est bien loin et ces pauvres indiens ont si peu d’importance. L’année 1886 fut la plus cruelle. C’est l’âge d’or des grands propriétaires terriens, les estancieros. Le froid et le vent travaillent pour eux, faisant pousser la laine sur le dos des moutons. Pénétrer dans leur monde, c’est jouer au jeu des quatre familles : les Braun, les Menendez, les Behety et les Nogueira. Par leurs alliances financières et matrimoniales ils se partagent toute la Terre de Feu. Une société féodale impitoyable s’impose et établit sa fortune par l’audace et la violence. On retrouve en Patagonie et en Terre de Feu les mêmes ingrédients que lors de la conquête de l’Ouest américain : pionniers assoiffés de puissance, chercheurs d’or sans scrupules, terres à conquérir, tueurs d’indiens payés par les propriétaires terriens, alcool, maladies vénériennes et trafics en tout genre. Seules changent les victimes : chasseurs de guanacos contre chasseurs de bisons.

Et les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Deux hommes, Ramon Lista, un officier argentin, et Julio Popper, chilien d’origine roumaine, se distinguent particulièrement. Ils lancent leurs hommes de main dans une chasse effrénée à l’indien. Massacres, carnages : des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont abattus. Tous les moyens sont bons. Exécutions massives, emprisonnements ; les pièges succèdent aux guets-apens, les trahisons aux promesses : Selk’nams, Yamanas, tous seront traqués, abattus comme des chiens enragés. Famines et épidémies se chargeront des malheureux survivants.

Car certains survivent malgré tout, en particulier dans l’extrême sud, en Terre de Feu

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