Patagonie

Hommage aux indiens disparus de Patagonie et de Terre de Feu, masques de Hervé Haon, création contemporaine

Colonisation et massacres (suite)

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Mais les colons veulent achever leur sinistre besogne. Des mercenaires sont recrutés, véritables chasseurs de têtes à qui l’on offre une livre sterling par paire d’oreilles rapportée.

Certains de ces tueurs deviennent même célèbres comme Andy MacLean, alcoolique dépravé qui travaille pour le compte de la Primera Argentina et dont le surnom de Chanco Colorado (cochon rouge) illustre bien la cruauté et la folie meurtrière. Peu de temps avant sa mort, il osera se vanter d’avoir tué à lui seul plus de mille « sauvages ».

Un écossais, Sam Hyslop, autre tueur d’indiens notoire au service de la Explotadora de la Tierra del Fuego avait résumé les mœurs de l’époque. Il disait : « Les indiens, c’est comme les lions. Quand ils sont petits, ils sont gentils mais quand ils grandissent ils deviennent féroces. Le mieux est de les massacrer tous, tout de suite, pour que la race s’éteigne à jamais ». Triste similitude avec la formule employée en Amérique du nord par le Général Sheridan lors de la conquête de l’ouest : « un bon indien est un indien mort ».

 

Les indiens étaient plusieurs milliers avant ces années terribles. Ils ne se comptent plus que quelques centaines errant sans but sur ces terres qui ne sont plus les leurs, affamés et malades, rongés par les épidémies transmises par leurs bourreaux. La Patagonie est désormais débarrassée de ses « sauvages » et l’infâme paix des blancs s’est définitivement imposée sur ces terres australes où l’on fait paître maintenant quatre millions de moutons.

Les tueries se prolongeront jusqu’en 1923 et les derniers rescapés parqués dans de pauvres réserves succomberont doucement, ivres de désespoir et de douleur silencieuse.
Une fois de plus, l’homme de l’âge de pierre venait se heurter à l’homme des machines et ce dernier avait tout broyé sur son passage.

Mais le destin des fuégiens fut doublement tragique. Ils disparurent non seulement massacrés par les tueurs à la solde des colons mais aussi grâce, ou plutôt à cause du pathétique effort que tentèrent les religieux salésiens pour sauver ce qui restait d’un peuple agonisant. En effet, animés de bonnes intentions, révoltés par toutes ces tueries, des missionnaires accueillirent les survivants des massacres : ils les vêtirent, les nourrirent et les regroupèrent dans des camps afin de les sédentariser. Il était trop tard.

Ceux qui avaient survécus ne s’adaptèrent jamais à ce mode de vie. Rougeole, variole, tuberculose, désespoir et peut-être conscience d’une fin inéluctable : bientôt il y eut davantage de croix dans les cimetières que d’indiens dans les missions. En quelques années, on leur avait tout pris : leurs terres, leurs coutumes, leurs pauvres huttes de branches, leurs traditions, leur langue et jusqu’à leur nom puisqu’on s’acharnait à les baptiser d’un nom chrétien avant qu’ils ne meurent.

Un peuple entier a disparu de la surface de la terre emportant pour toujours l’âme de la cordillère australe. Nous n’avons presque aucune trace de son passage. Pas un cri, pas une plainte, pas une larme. Seule la mémoire demeure d’une terre ensemencée de rêves et maintenant éclaboussée de sang.

Bartolomé de Las Casas, le prêtre défenseur des indiens, parlant des conquistadors et des riches propriétaires du nouveau monde disait : « ces gens-là sont vêtus de soie et non seulement eux mais encore leurs mules. Et nous pensons nous que si l’on tordait cette soie, il en coulerait le sang des indiens ».

Hervé Haon