La peinture flamande et hollandaise dans les musées de Poitiers.

Scènes de genre

À l'instar du paysage, la scène de genre connut un développement et une diversification formidables au XVIIe siècle, servie par des artistes qui se spécialisent parfois dans ces petits tableaux très prisés des contemporains.
Comme pour les paysages ou les portraits, la distinction est parfois ténue entre l'un et l'autre genre, dissoute dans la primauté de la représentation naturaliste de scènes familières placées dans un décor de la vie quotidienne qui peut être un paysage ou un intérieur.

Le Duo, attribué au peintre anversois Théodor Rombouts, s'inscrit dans le courant européen du caravagisme : le thème des musiciens jouant ensemble, le traitement théâtral des figures à mi-corps violemment éclairées, la vivacité des coloris se retrouvent notamment à Utrecht, chez des artistes marqués par certaines formules du Caravage – Ter Brugghen, van Baburen… Cette mise en scène de la musique profane est souvent associée, au XVIIe siècle, à l'évocation de l'amour, dans une invitation manifeste à la volupté ; le visage de la joueuse de luth semble témoigner de l'extase qu'elle provoque.

L'assemblée galante, se rapprochant de l'œuvre de Palamedesz, est une interprétation du Jardin d'Amour de Rubens conservé au musée du Prado à Madrid. Les thèmes en sont les rapports amoureux, la séduction et l'amusement. Lecture, conversation, musique et danse représentées ici par la liseuse et son entourage, illustrent des occupations prisées par une jeunesse aristocratique, élégante et cultivée en quête de légèreté et d'insouciance.

Couple élégant aux marches d'un palais
Comme son compatriote Pieter Saenredam, Dirk Van Delen aime jouer de la rigueur architecturale et nous le prouve ici. Le sujet de l'œuvre n'est pas tant le couple qui se tient sous le portique d'un palais, mais bien le portique lui-même. Toute l'attention de l'artiste est concentrée sur le rendu de ce décor richement sculpté et sur la perspective fuyante dans laquelle le maître excelle. Le choix du support – une plaque de cuivre carrée – vient accentuer cet effet de profondeur. Construite et rythmée par le dallage, les marches, la succession des arcs plein-cintre, ainsi que l'allée bordée d'arbres, cette composition s'apparente aux études de monuments fréquentes dans la peinture de l'école de Haarlem.

La Scène villageoise, paysans jouant aux quilles reflète la vigueur de l'école anversoise, autour du chef de file de la peinture de genre que fut David II Téniers, dit le jeune. Cette représentation d'un jeu populaire, dans un décor de village flamand sur fond de paysage, pourrait être l'œuvre d'un artiste proche de Téniers, David III Ryckaert qui peignit de nombreuses scènes de genre, anecdotes de la vie quotidienne, intérieurs d'auberge, tabagies.

Le sujet de type rustique et populaire des Joueurs de cartes, peint par Jan Miensz Molenaer, est issu des gueuseries popularisées par Adriaen Brouwer et Jan van Ostade. Cette scène, qui allie l'évocation du jeu, de la boisson – la table de jeu est un tonneau – et du sexe – la main de l'homme posée sur l'épaule de la jeune femme est une invite explicite – contient de fait une critique virulente des plaisirs charnels condamnés par la morale.

Le Choc de cavalerie de Pieter Potter prend place dans un paysage qui doit beaucoup à la tradition haarlémoise, dans la postérité des scènes de combat peintes par Esaias van de Velde dans les années 1620. Ce type de tableau, qui offre une vision théâtralisée de la guerre, eut un succès considérable au milieu du siècle, alors que les conflits avec l'Espagne se poursuivaient.

La tradition fantasmagorique flamande, sous la figure tutélaire de Jérôme Bosch, fut brillamment servie par Téniers. Les thèmes de la Tentation des saints (Jérôme et Antoine) ou, tel qu'illustré au musée Sainte-Croix, de la Scène de sabbat fournissaient le prétexte à des visions étranges, peuplées d'êtres fantastiques sortis de l'imaginaire populaire. Les serpents, poissons et autres chauve-souris virevoltant dans l'antre des sorcières, la jeune fille nue prête à s'envoler par la cheminée grâce aux incantations de la vieille femme à ses côtés, le personnage coiffé d'un entonnoir qui chevauche une monture chimérique, le crâne posé au sol entre deux rangs de chandelles, le monstre posant sa main sur l'épaule de la sorcière déchiffrant un grimoire composent un récit d'épouvante non dénué d'humour.