La peinture flamande et hollandaise dans les musées de Poitiers.

Peinture d'histoire des Pays-bas du Nord

Autour de Rembrandt, figure centrale de l'école hollandaise, gravitèrent de nombreux artistes durablement marqués par la manière du maître. Son travail de la pâte en épaisseur, son goût pour les costumes orientaux et les accessoires fantaisistes dont il possédait une collection, et surtout ses clairs-obscurs puissants et mystérieux firent des émules, qui ne surent pas toujours atteindre la même profondeur psychologique.

Musées d'art et d'histoire de La Rochelle, La grande chasse aux lions

gravure d'après Rembrandt
Dans cette composition de Rembrandt au trait extrêmement libre, et au mouvement exacerbé apparaissent costumes orientaux et accessoires divers.

L'Adoration des bergers de Benjamin Gerritsz Cuyp est une des nombreuses variantes de ce sujet peintes par l'artiste : on en compte presque trente. Cette prédilection lui permettait d'étudier les possibilités picturales du traitement de la lumière, grâce à une pâte fluide posée par un pinceau chargé de couleur. Au premier plan, à gauche, se tiennent saint Joseph, la Vierge, et deux bergers, autour de la mangeoire où dort le petit Jésus. À l'arrière-plan, en hauteur, apparaissent d'autres bergers avec leurs animaux – bœufs, moutons, chèvre. De cette composition se dégage une atmosphère de recueillement, qui souligne la dignité des bergers montrés dans la simplicité de leur quotidien transcendé par l'arrivée du Messie.

Le petit panneau de Nicolaus Knüpfer, Artémise buvant les cendres du roi Mausole, témoigne de l'intérêt continu des commanditaires aristocratiques pour la peinture d'histoire.
Sans qu'on puisse déterminer précisément les conditions d'élaboration de cette œuvre, on peut la rattacher à un ensemble de peintures de même sujet, prisées pour leur signification morale. Artémise, veuve du roi de Carie Mausole, boit les cendres de son époux mêlées à du vin. Elle devient ainsi le tombeau vivant de son mari, tandis qu'elle fait édifier un monument funéraire à sa mémoire (le Mausolée). Intégrée dans les cycles d'hommes et de femmes illustres, en tant qu'exemplum virtutis, son image conquit nombre de veuves royales à la Renaissance.

C'est probablement pour une église clandestine d'Utrecht, où demeurait une forte minorité catholique, que Hendrick Bloemaert exécuta en 1635 la Crucifixion avec Marie-Madeleine. La sobriété de la mise en scène, l'intensité du regard échangé par le Christ et Marie-Madeleine s'inscrivent dans la lignée des prescriptions du Concile de Trente : afin de contrer les critiques émanant des Protestants face aux images, l'Église enjoignit aux peintres de ne plus réaliser que des compositions vraisemblables, aisément compréhensibles par le fidèle et auxquelles il puisse s'identifier. Outil de la Contre-Réforme militante, cette Crucifixion témoigne aussi de la tolérance religieuse en vigueur dans les Provinces-Unies. La convergence de formules caravagesques – contraste théâtral, modèles tirés du peuple – et d'une certaine simplicité hollandaise conduit à une composition puissante dans son dépouillement, convaincante dans son absence d'emphase, à la jonction des traditions picturales italienne et nordique.

La scène nocturne des Mages alertés par l'étoile miraculeuse dont le traitement en clair-obscur magnifie l'approche originale du sujet, est signée de la main d'un artiste rare, dont on ne connaît qu'une douzaine de paysages. Sans doute influencé par la manière de Jacob van Ruisdael, Cornelis Snellinck affectionne des motifs récurrents : allée forestière, silhouette de château, voyageurs. Il révèle la perméabilité des genres picturaux : bien qu'ayant un thème religieux, l'œuvre se rattache à l'art du paysage.