La peinture flamande et hollandaise dans les musées de Poitiers.

Introduction

Les musées de Poitiers conservent un ensemble de tableaux flamands et hollandais de grande qualité. Malgré l'absence de signatures exceptionnelles, la peinture des Pays-Bas du Nord et du Sud est représentée dans sa richesse et ses particularités.

Deux legs importants ont formé le noyau initial de cette collection, celui d'Alexandre Babinet en 1882, et celui de François Rupert de Chièvres en 1887. La politique d'acquisition menée depuis une cinquantaine d'années permet l'enrichissement régulier de ce fonds qui concilie aujourd'hui cohérence et diversité.

La production artistique des XVIe et XVIIe siècles est fortement marquée par l'histoire politique et religieuse. Les guerres de religion qui déchirent les Pays-Bas historiques tracent une frontière entre l'aire culturelle de la Flandre méridionale catholique et celle des Provinces-Unies majoritairement calvinistes au nord. Néanmoins, malgré cette partition confessionnelle, les artistes ne cessent de voyager et leurs œuvres témoignent de la continuité des échanges stylistiques d'une région à l'autre.

Les critiques du XIXe siècle ont vu dans l'art hollandais une démarche novatrice de « peinture pure », conséquence de la liberté politique des citoyens de la République, tandis que l'art flamand restait dépendant du pouvoir monarchique et de la Contre-Réforme triomphante. Ce schéma est aujourd'hui dépassé, au profit d'une analyse plus complexe des œuvres et de leur réception par la société contemporaine dans toute sa diversité. La peinture des Pays-Bas du Nord et du Sud se structure au fil des décennies autour d'une spécialisation des peintres, qui sont nombreux à se consacrer à un seul genre pictural – paysage, portrait, scène de genre, nature morte – voire à un type de tableau – marine, paysage hivernal, tabagies… Cette spécialisation peut être organisée au sein d'un atelier, où chacun se voit confier une partie d'un tableau : paysage, personnages, architectures…

Le voyage en Italie s'impose à une majorité d'artistes, tant hollandais que flamands, qui forment à Rome une communauté importante. La circulation des peintres dans toute l'Europe, au service des commanditaires aristocratiques et religieux, est synonyme d'échanges artistiques à grande échelle : les influences réciproques, d'une école à l'autre, irriguent la production picturale.