La peinture flamande et hollandaise dans les musées de Poitiers.

Nature morte

Les natures mortes flamandes et hollandaises dont le réalisme séduit l'œil moderne, à l'instar de nombreuses scènes de genre souvent polysémiques, recélaient une dimension religieuse et une vision moralisatrice, leur conférant un caractère de « vanité ».

Vase de fleurs avec un papillon
attribué à Ambrosius Bosschaert l'Ancien
Dans un vase de porcelaine de Chine à décor bleu et blanc d'oiseaux et de feuillages, sont réunies tulipes, œillet, renoncule, cyclamen, ancolie et pivoine, décrites avec sobriété et rigueur. Les coloris lumineux vibrent sur le fond sombre.

Le papillon peint à l'angle, signature et procédé habituel de Bosschaert, étaye le sens de l'œuvre : jeu sur l'illusion ; il souligne le caractère éphémère de la vie, comme les fleurs bientôt fanées. Naturaliste par son rendu et artificielle dans sa composition, qui rassemble des fleurs de différentes saisons, cette « nature silencieuse » appartient au genre de la vanité, qui offre au spectateur un vecteur de méditation.

Jésus et la femme adultère
Ce petit tableau de Daniel Seghers – élève de Jan Brueghel – est un objet de dévotion privée. Support de prière, il est destiné à l'usage intime et quotidien. Au centre, le médaillon représente l'épisode du Noli me tangere, relaté par les évangiles de Marc (16,9) et de Jean (20, 14-18). Dans le jardin du Golgotha, Marie-Madeleine s'aperçoit que le tombeau de Jésus est vide, c'est alors que lui apparaît le Christ ressuscité. Marie-Madeleine tente de s'approcher de lui mais il prononce ces quelques mots : Noli me tangere,  ne me touche pas ». Cette scène est entourée d'une riche couronne de fleurs, chacune chargée d'une symbolique qui magnifie la présence du Christ.

La Nature morte au citron, signée par Sant Acker, compose un hymne à la sensualité quant bien même elle en contient la critique. Le citron épluché suscite à la fois les sens du goût et de l'odorat mais il rappelle également la brièveté de la vie terrestre, le velouté de la pêche évoque le sens du toucher ainsi que la gourmandise et le péché de chair, tandis que le vin dans la carafe rime avec ivresse et que l'éclat du bouchon ouvragé et du manche de couteau sont synonymes de vanité des richesses et composent une allégorie de la quête de la rédemption.

 
 
 
 
 
 

Musées de Niort,
Fruits et crustacés

Alexander Coosemans
Cette nature morte met en scène des crustacés, crabes et crevettes entourés de citrons et de raisins sur une table autour d'un verre de vin blanc.



Musée d'Angoulême,
Nature morte

Cette nature morte très luxueuse présentée dans un contexte nocturne (lune derrière les nuages, rideau sombre à franges et passementerie argentées, presque mortuaire) donnent à penser qu'il s'agit ici encore d'une vanité, représentation courante à l'époque.