La peinture flamande et hollandaise dans les musées de Poitiers.

Paysage : un genre diversifié

L'art du paysage conquit une place importante dans le courant du XVIe siècle, systématisé notamment par Joachim Patinier, en Flandre, qui mit en place un étagement des couleurs, brun, vert, bleu, vers la ligne d'horizon.
Les échanges stylistiques à l'échelle européenne imprégnèrent les écoles régionales et donnèrent naissance à différents types de paysages, auxquels se consacrèrent certains artistes. Si leurs œuvres, par la spécialisation des peintres dans un genre pictural, sont ainsi considérées comme des paysages, elles s'inscrivent parfois à la frontière de la scène de genre ou de la peinture d'histoire, dans une conception de la peinture éloignée des classifications strictes de genre.

Les Voyageurs dans la montagne, dans la manière de Joos de Momper, rappellent l'influence de la traversée des Alpes sur de nombreux peintres ayant fait le voyage en Italie. Les reliefs abrupts apparaissent fréquemment dans les compositions d'artistes nordiques, attachés à réaliser des vues grandioses de sites imaginaires. La qualité des coloris, lumineux, raffinés, s'éloigne du naturalisme au profit d'une vision idéalisée de la nature.

Le Paysage de montagne de Roelant Roghman est caractéristique des grands paysages imaginaires et romantiques qui révèlent l'influence lointaine des peintres flamands comme Joos de Momper et celle immédiate de Rembrandt. Ce tableau a dû être peint après le voyage de l'artiste en Italie et pourrait être daté de 1650 environ.

Arnould Van der Neer peint une scène de la vie quotidienne et des distractions offertes en hiver auprès d'un étang gelé. Cet artiste de l'école de Haarlem s'attache à l'observation du paysage et au naturalisme. Le ciel, bien que sombre et froid, est baigné d'une lumière subtile et apaisante. Le ton doré des nuages reflète encore les derniers éclats du soleil. C'est cette touche de romantisme qui fait d'Arnould Van der Neer un paysagiste de la lumière, proposant une esthétique bien plus douce que celle de ses voisins flamands.

L'hiver, peint par Marten van Valckenborch, s'inscrit dans la tradition flamande, vivifiée par Peter Brueghel l'Ancien, des scènes de la vie populaire illustrant les activités des mois et des saisons. Le déchargement des navires (illustration du mois d'octobre), le retour des troupeaux (en novembre), l'abattage et le flambage du porc (en décembre), le travail des bûcherons (en janvier ou février), mais aussi l'auberge du Cygne, avec une allusion aux maisons de plaisir, et les jeux sur la glace, composent une vision panoramique des travaux et des plaisirs hivernaux. Ce tableau devait faire partie d'une série de quatre saisons, dont les trois autres scènes ou des variantes existent dans des collections hollandaises et suédoises. La ville représentée pourrait être l'ancienne Liège sur les bords de la Meuse.

Le potentiel pictural de la scène de l'Incendie de Sodome inspira les artistes flamands et leurs collectionneurs. Probablement de la main de Pieter Schoubroeck, peintre actif à la fin du XVIe siècle et spécialisé dans la représentation d'incendies nocturnes, dans la lignée de Pieter Brueghel l'Ancien, cette vision fantastique allie sens du détail et souffle de la composition. L'émotion forte que suscite ce panneau, dans le flamboiement des pigments, coïncidait probablement, dans la mentalité des contemporains du peintre, avec une méditation sur la destinée humaine entre les mains de Dieu, sur la fragilité du monde terrestre face à la violence des éléments, déchaînés par la colère divine.