La peinture flamande et hollandaise dans les musées de Poitiers.

Portrait

Très tôt parvenue à des sommets de perfection naturaliste sous le pinceau des maîtres tels que Jan van Eyck, la peinture de portrait nordique était forte d'une tradition solide, accordant une large part au naturalisme analytique.

Le Portrait de Ferdinand d'Aragon, époux d'Isabelle la Catholique, réalisé au tournant du XVIe siècle par un artiste flamand au service des Rois catholiques, montre la qualité de cette école, qui sut transcrire une certaine vérité psychologique du modèle grâce à la maîtrise réaliste des détails individuels. Entre jeunesse et maturité le visage du roi, lèvres charnues, joues pleines, s'inscrit dans la tradition naturaliste nordique. Seule la chaîne d'or rompt l'austérité du costume noir sur fond bleu nuit. La mise en page empreinte de hiératisme reflète la personnalité d'un monarque intransigeant, soucieux d'autorité, qui fonda l'Inquisition en 1469, acheva la reconquête de l'Espagne sur les Maures en 1492, et ravit le royaume de Naples à Louis XII en 1504.

Il pourrait s'agir de la composition originale d'un portrait (dont on connaît deux autres répliques à Windsor et Berlin), envoyé à Henri VIII d'Angleterre pour son mariage avec Catherine, fille des Rois Catholiques, en 1501.

Ce Portrait de femme en prière récemment attribué à Pieter Claeissens II, issu d'une dynastie d'artistes brugeois proches des Pourbus, ne nous est pas parvenu dans son état originel. Il composait certainement la partie gauche d'un triptyque. Le commanditaire visible ici, se serait fait représenter en prière sur le volet de gauche, tourné vers une scène de dévotion située sur le panneau central.
Posé sur des frondaisons au dessin dynamique se détachant sur un paysage urbain mis en perspective, cet élégant portrait vu de trois-quarts et à mi-corps peut être rapproché de la série des 17 personnifications des provinces des anciens Pays-Bas signée Petrus Claeis. La physionomie du modèle semble adaptée à un schéma idéal de visage féminin au modelé très doux, au haut front bombé. L'apparente sobriété des bijoux et des tissus affecte la discrétion mais souligne la virtuosité du pinceau.

Portrait de femme ou Portait de Charlotte de Bourbon
Ce portrait à l'huile sur bois, daté précisément de 1579, pourrait être celui de Charlotte de Bourbon, troisième épouse de Guillaume le Taciturne et mère de Flandrine de Nassau qui devint abbesse de Sainte-Croix à Poitiers de 1604 à 1640. Son pendant, le portrait de Guillaume le Taciturne, est conservé au Mauritshuis de La Haye. Ils sont attribués l'un et l'autre à Adriaen Thomasz Key.
Le fond sombre et le cadrage serré font ressortir le visage de cette femme aux traits bien marqués dont le modelé ferme, la carnation toute en transparence, témoignent de l'exigence de réalisme de l'artiste.
Le luxe de la fourrure de martre drapée sur les épaules et la finesse du voile de gaze noire qui recouvre la coiffe brodée d'un léger picot de dentelle démentent la simplicité voulue de la robe et de la fraise. Key livre ici le portrait sans concession d'une grande dame à l'expression retenue et un peu froide.

L'austérité de la mise en scène connut un succès continu tout au long du XVIIe siècle dans la Hollande calviniste, où rigueur et honnêteté étaient prisées comme vertus premières. Le Portrait de femme (ci-contre à gauche) qu'on a pu attribuer à Salomon de Bray en est un bel exemple : ce portrait minutieux, saisissant de vérité calme et profonde, exprime totalement les qualités morales attendues dans une société imprégnée d'histoire sainte, modestie et probité.

À Bruges, Jacob van Oost, d'abord influencé par le caravagisme, adopta un style plus personnel emprunt de spontanéité, comme le montre le Portrait de dame âgée signé de sa main où s'expriment tout le savoir-faire et le brio d'un artiste rompu aux subtilités des rendus de matière en même temps que l'acuité de l'étude psychologique.

Le type du portrait aristocratique avait trouvé un interprète exceptionnel en la personne d'Antoon van Dyck, élève de Rubens nourri d'influences vénitiennes et fondateur de l'école picturale anglaise. Le Portrait d'homme attribué à son entourage évoque sa manière de capter la sincérité du modèle, dans des tonalités froides et raffinées, tout en l'enveloppant d'une mélancolie noble et altière. Cette huile sur toile serait la réplique d'un tableau conservé au château de Windsor. Le peintre, et son atelier reçurent un grand nombre de commandes pour des portraits d'hommes et de femmes de société. Il s'agissait alors de satisfaire une clientèle qui réclamait avant tout que ressorte l'expression de sa séduction et son autorité. Ici la commande était visiblement celle d'un homme à la fois vif et réfléchi.

Dans les milieux aristocratiques proches de la cour de La Haye, l'austérité pouvait se draper dans des costumes à l'antique, tel que ce Portrait d'homme réalisé par Gerrit van Honthorst, où l'armure romaine confère au modèle une aura de droiture martiale.
Portraitiste préféré du prince d'Orange, Gérard Van Honthorst est manifestement doué pour sublimer ses commanditaires. Celui-ci, vêtu à l'antique, est inséré dans un cadre architecturé. Une telle héroïsation était très en vogue sous le règne de Frédéric Henri d'Orange-Nassau dont on connaît un portrait à la composition similaire de Van Honthorst. On peut également rapprocher ce portrait de cour de celui du « roi d'un hiver », le prince Palatin Frédéric V exilé à La Haye.

Élève de Rembrandt, Ferdinand Bol, à qui on attribue ce Portrait d'homme, s'éloigna progressivement de la manière de son maître au profit d'un art plus lisse, moins introspectif. Il s'inscrivait dès lors dans un courant européen plus enclin à décrire les atours et la prestance du modèle que sa vie intérieure.
Dans cette toile la présence d'un baudrier, d'une écharpe nouée autour de la taille et la main appuyée sur un bâton (peut-être de commandement) sont autant d'indices suggérant le portrait d'un bourgeois membre de la milice de sa ville.

L'art de Rembrandt, dans le genre du portrait comme dans la peinture d'histoire, eut un impact profond et durable sur ses contemporains. Le Portrait de femme âgée de la collection Babinet s'inscrit dans son sillage.
Ce portrait présenté de face, visage légèrement de trois-quarts, est en grande partie plongé dans la pénombre.
Seule l'ouverture de la capuche est vigoureusement éclairée ainsi que le visage, tout en petites touches contrastées, vibrant sous la lumière ; la pâte, travaillée en épaisseur, sculpte un halo de lumière sur le visage, dont la personnalité est esquissée avec tendresse et humanité.

Fortement sollicité par une clientèle aisée désireuse de se montrer dans un apparat calculé, Nicolaes Maes, installé à Amsterdam à partir de 1674, produisit dès lors quantité de portraits mondains dont les musées de Poitiers conservent deux beaux exemples. L'élégance des attitudes et des costumes, la théâtralité de la mise en page sont les canons du portrait en Europe dans le dernier quart du XVIIe siècle.

La mise en scène soignée du Portrait de famille met à jour une même recherche de valorisation sociale. Devant une fontaine sculptée d'inspiration italienne sur fond de paysage, une femme est assise, entourée de cinq enfants sages et bien vêtus. Vision idéalisée d'une famille saine, vivant dans une opulence discrète. Les occupations des enfants, jeu de bague et composition de bouquet pour les petites filles, jeux de guerre et de chasse pour le petit garçon révèlent les ambitions d'une société bourgeoise prospère aspirant à s'élever vers la noblesse.