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L'âge d'or de la peinture de marine

L'école française

Après le début de la guerre qui oppose les Pays-Bas à la France et la prise de la ville d'Utrecht en juin 1672, le commerce hollandais décline rapidement et les commandes se raréfient pour les peintres. Nombre d'entre eux émigrent alors en Grande Bretagne. C'est ainsi que les Van de Velde deviennent les protégés du souverain Charles II et de son frère, le duc d'York. C'est le début d'une tradition anglaise de la peinture de marine qui est renforcée, comme pour les Pays-Bas, par l'importance capitale de la mer pour la souveraineté britannique. En effet l'Angleterre, au même titre que la Hollande, dépend de son empire maritime pour assurer sa place dans l'équilibre des nations. Cet engouement pour la peinture de marine se diffusera ensuite en France et dans d'autres pays d'Europe.
Toutefois le royaume de France regarde vers la mer comme les autres puissances européennes, mais avec moins d'enthousiasme peut-être. La puissance continentale est en effet la clé du pouvoir royal en France, et l'encerclement du territoire par les possessions des Habsbourg au nord et au sud oriente les priorités militaires vers l'armée. Toutefois les grandes réformes du règne de Louis XIII, initiées par le cardinal Richelieu (Paris 1585 – 1642) servent de première impulsion à l'émergence d'une marine moderne et d'une flotte de guerre efficace.

En 1669 est créée la fonction de secrétaire d'État à la marine, qui s'inscrit dans la continuité des réformes de Richelieu qui avait créé en 1627 la Grande-Maîtrise et Surintendance générale de la navigation et commerce de France.
Le premier secrétaire d'État à la marine est Jean-Baptiste Colbert à qui succède son fils Jean-Baptiste Antoine Colbert. C'est sous leur influence qu'est construit l'arsenal de Rochefort et que celui de Toulon est modernisé. Le secrétaire d'État à la marine est également responsable des flottes de commerce des Indes occidentales et orientales.
Le XVIIe siècle a vu un rapide essor de la puissance maritime et coloniale française, mais la défense des frontières terrestres sous le règne de Louis XIV épuise les budgets de la marine qui est vite concurrencée puis dépassée par la Royal Navy et les compagnies anglaises des Indes orientales et occidentales.

La seconde moitié du XVIIIe siècle voit un nouvel essor de la marine française qui se concrétise par les victoires sur la flotte britannique, principalement dans des combats de frégates, lors de la Guerre d'Indépendance américaine et le lancement de nombreuses expéditions scientifiques autour du monde qui assurent le rayonnement intellectuel du royaume. Mais cette nouvelle marine, dont les officiers sont majoritairement issus de la noblesse, voit ses cadres chassés par la Révolution.
Suite à cela, outre l'aventure du camp de Boulogne et du projet avorté d'invasion de l'Angleterre qui prend fin avec la destruction de l'escadre franco-espagnole du vice-amiral Villeneuve par l'escadre du vice-amiral Nelson au large du cap de Trafalgar, l'Empire ne compte que peu sur sa marine dont la réhabilitation serait trop coûteuse et trop longue. Il faut attendre la Seconde Restauration et surtout le Second Empire pour que la marine française, aussi bien militaire que commerciale, reprenne la place qui est la sienne dans un pays souhaitant développer une puissance économique et stratégique mondiale.

La conception purement utilitariste de la marine de Richelieu, l'importance des guerres terrestres de Louis XIV, les guerres de la Révolution puis de l'Empire ne favoriseront guère ce genre pictural qui occupe de fait dans l'histoire de France une part bien modeste. Hormis les maîtres du paysage que sont le Lorrain, Joseph Vernet, Manglard (maître de Vernet) ou la famille Ozanne, l'Ancien Régime compte peu de peintres de paysage qui se soient exprimés dans la marine. Et c'est au XIXe siècle avec des peintres tels qu'Ambroise Garneray et Eugène Isabey que la peinture de marine émerge en France en tant que genre indépendant.

En effet, en France, la peinture de marine ne sera reconnue comme un genre à part entière que dans la seconde moitié du XIXe siècle, à l'époque de la renaissance de la marine sous Napoléon III. Les compositions plus anciennes ; du Lorrain par exemple, sont considérées comme des peintures d'histoire ou de paysage, car traitant de thèmes classiques, biens que ceux-ci n'aient au final qu'une part congrue dans le traitement formel de l'œuvre. Toutefois Vernet, avec un tableau intitulé Marine, effet de soleil couchant, présenté à l'Académie comme morceau de réception, est reconnu comme « Peintre des marines » de Louis XV, ce qui n'a pas de précédent.